Publié dans L'INTERVIEW VRAIMENT FAUSSE MAIS TOTALEMENT EXCLUSIVE

Gizmo – L’interview vraiment fausse mais totalement exclusive

AVANT QUE LA lecture ne commence, il faut savoir que le mogwai étant malheureusement une langue de moins en moins enseignée à l’université, on remerciera chaleureusement le traducteur bénévole de cette interview exclusive pour la qualité de son travail. On le remerciera également pour sa patience, l’intéressé auquel les questions étaient posées étant enclin à fredonner régulièrement une mélodie, certes charmante mais agaçante à la longue, quand bon lui chantait.

Intronisé dans un film dont le pitch serait risible n’importe où ailleurs, il est devenu l’une des figures phares de la culture populaire. Derrière son apparat de peluche soyeuse qui lui vaut bien des élans d’affection, il est le seul personnage sensible qui se démarque au milieu d’un sac de bons sentiments noué par les Peltzer, famille d’humains gentillette qui, malgré son improbable nom pouvant inspirer une crédibilité relative, prouve aujourd’hui qu’on peut adopter n’importe qui et n’importe quoi. Face à une bande de lézards goguenards et anarchistes, qui met à sac la tranquille ville de Kingston Falls, il est le véritable et unique héros d’une oeuvre fauchée, iconoclaste et satirique, qui- sans parler du fait qu’elle a assis confortablement la réputation de Steven Spielberg en tant que producteur-  a marqué le début des années 80. Il, c’est Gizmo (oui, la bébête ravie, là, juste au-dessus), mogwai d’une trentaine de centimètres et star incontournable de Gremlins. A l’occasion du trentième anniversaire de la sortie du film, le Baxter Club a l’immense honneur de vous proposer à l’ordre du jour cette interview vraiment fausse mais totalement exclusive.

Avant toute chose, votre prénom s’écrit Guizmo ou Gizmo ?

Tout dépend de qui le prononce. Mais, de manière générale, et en anglais dans le texte, c’est Gizmo. Que l’on prononce Guizmo. Comme Guy.

Avec le recul, comment trouvez-vous le premier Gremlins ?

Il vieillit bien je trouve, contrairement à moi qui perd de plus en plus de poils.  Non, vraiment, je trouve qu’il vieillit bien. Je trouve que son humour et sa férocité ne se démentent pas avec les années.  Joe (Dante, NDA) a su s’imprégner du caractère sentimental de Steven (Spielberg, NDA bis) sans renier son tempérament iconoclaste. Ce qui est assez fascinant, c’est de voir comment les mômes qui ont grandi avec le film le mettent plus en avant que n’importe quel film produit par Steven. Plus que Les Goonies même…

La trilogie de Retour vers le futur ou Qui veut la peau de Roger Rabbit appartiennent également au patrimoine…

Oui, c’est sûr. Mais ce sont des films très familiaux malgré tout. Des films qui, entendons-nous bien, possèdent leurs petites excentricités mais qui s’inscrivent en général dans un registre tout public. Regardez le premier Gremlins: il est assez terrifiant. Mettez un gamin de six ou huit ans devant, il y a de grandes chances pour qu’il fasse des cauchemars. Pour avoir joué avec eux, j’avoue que les Gremlins étaient assez spéciaux. Ils restaient entre eux, dans leurs coins. On les entendait souvent ricaner, à se raconter des blagues salaces, mais personne véritablement n’osait les approcher. Je pense que l’équipe, en plus d’en avoir peur, faisait du délit de faciès. Seul Chris Walas était vraiment copain avec eux. Il passait des nuits entières à jouer au poker en leur compagnie. A leur parler, à les conseiller, à leur dire qu’ils faisaient du bon boulot. Du bon boulot de sape quoi (rires).

Et Joe ? Il s’entendait bien avec eux ?

Joe ? Bien sûr! Mais ce n’était pas la même chose. C’était professionnel avant tout, il ne pouvait pas se permettre un rapprochement trop fort. Parce que fallait réussir à canaliser leurs énergies à ces gars là. Pour qu’ils puissent saccager ce qui devait être saccagé. Joe instaure toujours de bons rapports avec les gens avec qui il travaille. Mais il sait rester distant. C’est, paradoxalement, quelqu’un de très timide.

On dirait que vous êtes surpris que Gremlins soit devenu une référence…

Honnêtement oui. Très franchement, je ne sais pas ce que Chris (Colombus, scénariste du film NDA) et Steven avaient en tête à l’origine. Peut-être voulaient-ils simplement créer un film familial, tranquille et moral ? Un film qui, à l’instar de Star Wars, aurait été un support permettant ensuite de vendre des produits marketing à foison ?Joe s’est chargé de mettre un tel bazar sur l’écran que cela se remarque encore. Sérieusement: qui aurait pu prévoir qu’un film avec des peluches puisse être aussi subversif ? Personne. Le film est devenu un succès commercial énorme mais il est devenu culte dans le sens où ce succès repose sur des choses insidieusement amorales. Joe lui-même ne s’en est jamais remis : Gremlins a été son ticket d’entrée à Hollywood mais il l’a déchiré presque immédiatement. Les films qu’il a réalisé ensuite n’ont jamais fonctionné de la même façon. Et regardez ce que font Chris et Steven aujourd’hui: Maman j’ai raté l’avion et Indiana Jones 4. C’est assez triste quand on y pense. Que fait Joe ? Plus rien. A mon avis, cela ne doit pas l’empêcher de rigoler dans son coin.

Qui est venu avec cette idée de vous faire fredonner cette petite mélodie qui vous caractérise dans le film ?

Steven bien sûr! Il était persuadé qu’il fallait me rendre encore plus attendrissant que je ne l’étais à l’époque. D’ailleurs, sur le plateau, je détestais fredonner cet air. J’en avais ras-le-bol de refaire la même prise où je devais chanter pour distraire le personnage de Billy. Tant et si bien que, dans la scène où Billy reproduit au piano les notes de ma mélodie, j’étais tellement lassé que j’ai fini par quitter le plateau. Joe m’a couru après en me disant « Reste, on fait une dernière prise et on remballe« . Je lui ai répondu que cette mélodie était complètement idiote et qu’elle ajoutait inutilement du sentimentalisme à mon personnage. Je suis parti, je suis allé dans ma loge et, le lendemain matin, Steven est venu me voir. Moyennant finances, il a su me convaincre. Le problème, c’est que, souvent, il m’arrive de fredonner cette satanée ritournelle sans m’en apercevoir. Mes amis me l’ont signalé – ils pensent d’ailleurs que c’est pour me faire remarquer, afin de rappeler aux personnes que j’ai joué dans un film célèbre- et c’est quelque chose sur laquelle je travaille pour m’en débarrasser. Old habits die hard.

A l’époque, étant donnée la façon dont on combat les créatures auquel votre personnage donne vie, on a pu entendre que le film était raciste.

Balivernes. De toutes façons, les critiques disent n’importe quoi. Et puis, il faut voir comment les Américains sont présentés. Regardez Gerald Hopkins, l’ami de Billy: ce type est un prototype parfait de l’Amérique à la Reagan. C’est une sorte de wonder boy terne ultra ambitieux mais sans saveur. Qui, en plus, est convaincu qu’il va sortir avec la fille tout ça parce qu’il a le câble à la maison. Quant à Madame Deagle,  la vieille dame acariâtre qui double tout le monde au début du film, dans la banque, la scène où elle est défenestrée est d’une violence comique terrible. Super efficace. On pourrait se dire que c’est hors de propos, que c’est purement gratuit, alors qu’en fait, non seulement on rit de bon coeur mais on pense très fort qu’elle l’a méritée. C’est génial.

(Nous avons retrouvé dans nos archives la dite scène dont Gizmo fait mention. Afin d’asseoir la crédibilité de ses propos – si tant est qu’une peluche qui parle puisse être crédible- nous vous proposons de la revoir pour votre plus grand plaisir)

Pourquoi un troisième volet n’a-t-il jamais vu le jour ?

Petit gros plan d’un Gremlins en 2D, présenté ici comme argument visuel réfractaire d’un éventuel troisième volet en relief.

Parce que…Vous avez vu le 2? Après un tel carnage, c’était impossible. Tout le monde voulait une suite après le premier volet et Joe a eu une idée de génie: déjà mettre quelques années entre le premier et le deuxième film, et ensuite obtenir la liberté et tout le champ libre pour faire un énorme hara-kiri à une franchise qui était en train de naitre. Dans Gremlins 2, tout le monde en prend pour son grade. Parfois, c’est un peu trop, mais, il n’empêche, Joe a tout dynamité de l’intérieur. Il n’y a qu’à voir l’intrigue du film, où tout le monde est séquestré dans la tour mégalomaniaque de Clamp Enterprises, pour comprendre où Joe voulait venait en venir. Encore une fois, tout est mis à sac, y compris la notion même de suite au cinéma qui repose, avant tout, sur un principe de profit et de rentabilité que Joe déteste.

Bon, on me proposerait le tournage d’un troisième Gremlins, j’avoue que j’aurais du mal à refuser. Il faudrait que le scénario soit à la hauteur.  Sauf que maintenant, avec les effets de mode, la Warner serait tenté de faire un nouveau volet en 3D. Car franchement, entre nous: qui aurait vraiment envie de payer pour voir en relief des créatures reptiliennes, visqueuses, et aussi repoussantes que ne peuvent l’être les Gremlins ?

C’est sûr, présenté comme ça, on n’a guère envie. Une dernière question qui m’a toujours intrigué: partant du fait que, si vous êtes mouillé vous donnez naissance aux Gremlins, comment diable faites-vous pour vous hydrater ?

Hmm. Je pense que vous ne voulez pas le savoir…
Propos faussement recueillis par
Jeoffroy Vincent
© Warner Bros/Amblin
 
Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s