Frightened Rabbit – I feel like a haemophiliac

Tourne-Disque

Aujourd’hui, en fond sonore : Yes I would


(Frightened Rabbit, The Winter of Mixed Drinks, 1 mars 2010, Fat Cat Records)

 

Avant toute chose, il faut savoir que Frightened Rabbit appartient à deux catégories :

1) Celle, très répandue parmi les musiciens anglo-saxons, de posséder un nom de groupe rigolo dont la traduction littérale en français serait une preuve flagrante de manque de crédibilité pour créer une carrière artistique pérenne.
2) Celle, très répandue également, et faisant office d’amorce à l’argument avancé dans le paragraphe ci-dessous, d’être connu d’une poignée.

CECI ÉTANT DIT,
ENCHAÎNONS…

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Je ne sais pas si c’est une fatalité mais l’histoire de la musique est pleine de types, et de types de groupes, dont la renommée ne dépassera jamais un cercle restreint composé de la famille, d’amis, de proches de parents et de cousins éloignés, de critiques inspirés, de journalistes blogueurs bénévoles qui se vantent de dénicher chaque semaine – et c’est un boulot encore plus dinguement hardu que celui d’archéologue – la perle rare qui sera oubliée la semaine suivante. Tous autant que nous sommes, nous possédons une besace pleine de disques en pagaille dont chaque auteur possède un talent honteusement ignoré par les masses média. Est-ce grave ? Non docteur, puisque nous sommes là pour continuer à les chérir. Précieusement, religieusement, amoureusement. Et puis, ça nous permet également de nous donner une certaine constance auprès de nos relations encore non initiées. Par exemple, devant quelqu’un qui s’interrogerait sur ce qu’est les Frightened Rabbit, on pourra rétorquer : « Quoi? Tu ne connais pas ce groupe ?« ; phrase qui s’enchaînera bien souvent sur une vanne tendre, et précisément pleine de la constance en question :  » Si tu ne connais pas ce disque, c’est que ton étagère à CD doit être bancale ».

CECI ÉTANT DIT,
CONTINUONS D’ENCHAÎNER…

nick_drake
« Bonjour, je m’appelle Nick Drake. Je suis désolé de me taper l’incruste dans un article qui ne m’est pas concerné, mais comme tous les chanteurs de folk, je suis autant dépressif que chevelu »

Quand on voit qu’un type comme Nick Drake n’a pas reçu l’accueil qu’il méritait lors de son vivant, et qu’on le célèbre désormais comme le génie sensible qu’il était et qu’il sera encore dans cent ans, on se dit après tout que la renommée est finalement comme tout le reste : une perception subjective qui varie d’un sujet à l’autre. Toutefois, je reste persuadé que la popularité posthume est quelque chose d’assez déprimant. Par conséquent, il est de notre devoir que dès que quelque chose nous transporte au plus profond de nous-mêmes (en dehors, ça marche aussi), il faut l’époumoner sur tous les toits du monde jusqu’à s’en égosiller nos petits cordes vocales. Par écrit, c’est un peu plus dur mais je vais m’efforcer de l’exprimer du mieux que je peux.

Donc, non content d’avoir terminé la décennie 2000 par l’un des albums les plus merveilleux qui la composent, Frightened Rabbit multiplie sur ce disque des morceaux de bravoure dont la fougue n’a d’égale que l’émotion qu’elle dégage : The Loneliness and the scream, Swim until you can see land, Nothing like you, Yes I would… sont des titres porteurs d’un lyrisme imprévisible, épidermique, et incroyablement galvanisant. On va encore dire que j’exagère, que je suis trop passionné, et que je m’emporte pour ce qui m’importe, mais The Winter of Mixed Drinks est un opus magnifique, que tout être vivant devrait écouter au moins une fois dans sa vie.  Si l’oreille aime l’harmonie, elle aime également sonder ce qu’il y a derrière la mélodie. Elle scrute, ou tente de scruter, ce truc improbable, ce je ne sais quoi qui nous bouleverse et pour lequel, inlassablement, on y revient. Ce truc inexplicable pour lequel on s’amourache d’un morceau au point de l’écouter presque dix fois d’affilée. Il faut dire que Scott Hutchison, le frontman de ce superbe scottish band, est un type qui réussit à transcender et à balayer, en quelques notes et avec une voix incroyablement sous-estimée, ce brouillard tout moisi qui s’installe dans nos esprits lorsque l’on se sent comme la dernière des chiures étalées sur le trottoir. On a tendance à l’oublier, ou à le banaliser, mais la musique est plus qu’un art, c’est une thérapie.

Vous souriez ? Vous trouvez peut-être que j’en fais trop ? Écoutez donc le morceau ci-dessous. Un type qui écrit « The loss of a lonely man never makes much of a sound » prend précisément la musique pour ce qu’elle est : un appel vers l’autre, doublé d’un besoin urgent d’exister auprès de lui pour trouver une raison d’être en ce bas monde.

Jeof

 

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