Friday Night Lights – Emotional touchdown

Le genre : Série transversale qui combine merveilleusement la chronique, le drame social et le teen soap.
De quoi ça parle : De sport (mais pas que), de romance, du Texas, de l’ennui, du chômage…et de ce truc invisible qui s’appelle l’espoir qui, parfois, nous emporte.
Pourquoi on en parle : Parce que si, un jour, on m’avait dit: «Tu verras, tu vas écrire un papier sur une série autour du football américain qui se passe au Texas », j’aurais répondu :« C’est ça. Et un jour j’arrêterais Gammazik».

FAREADY ? ON ONE !

friday-night-lightsLongtemps, j’avoue, je suis resté sur le banc de touche. De Friday Night Lights je connaissais uniquement le bien que tant de mes connaissances éclairées avaient exprimées au fil des papiers passionnés, d’une longueur avoisinant les deux kilomètres, portés par des compliments au kilo, dithyrambiques, qui mettaient en avant le caractère unique d’une série manquant d’être annulée à chaque fin de saison. Alors, il y a quelques années de cela, j’ai bien essayé de poser mes valises à Dillon, cette petite ville grisâtre du Texas qui semble abandonnée de Dieu et qui, matin et soir, pense au football américain, vit du football américain, joue au football américain, rêve de football américain, mange en parlant de football américain et, probablement, fait l’amour avec des positions de football américain. J’ai tenu un épisode et demi. La vérité, en fait, c’est qu’il y avait de quoi partir en courant. De prendre ses jambes à son cou et d’aller se refugier dans le premier stade communal venu. Friday Night Lights, c’est d’abord tout ce qui nous, petits occidentaux chauvins qui s’ignorent, avons tendance à rejeter catégoriquement en bloc : le football américain donc (c’est quoi déjà plus les règles?), le Texas (beurk), la culture du barbecue (mmm) et du gigantisme (houlà), les cheerleaders (houla la), l’omniprésence de Dieu (pitié), les grands sermons (…n’en jetez plus !). Bref les USA dans tout ce qu’elle peut avoir de cliché, d’insupportable et d’incompréhensible. Rajoutez à cela une mise en scène obligée d’imposer une image secouée dans tous les sens pour faire vrai, ou réel, ou (sortons les beaux mots) naturaliste, et, ni une ni deux, j’ai repris mes valises, sauté dans le premier truck venu – en prenant soin de repartir avec une bonne assiettée de côtes de porc- et je suis allé voir ailleurs.

Puis la série s’est terminée. Dans la foulée, et parce que c’est typique d’Hollywood que de récompenser des œuvres artistiques uniquement lorsqu’elles s’achèvent, Kyle «Coach Taylor» Chandler a reçu l’Emmy du meilleur acteur. Pour autant, je n’ai pas été tenté de retourner à Dillon. Encore une fois, des gens avisés comme Pierre du Monde des Séries ou Thomas du Golb ne cessaient de vanter les qualités d’une série qui se mérite et qui est beaucoup plus/mieux que ce qu’elle semble avoir l’air d’être.

"J'ai un Emmy ! Lord Almighty, j'ai enfin quelque chose à poser sur ma goddam cheminée !"
« God, oh God, j’ai un Emmy ! Lord Almighty, j’ai enfin quelque chose à poser sur ma goddam cheminée ! » – Kyle « Coach Taylor » Chandler

Et puis, il y a de cela quelques semaines, mon camarade Benjamin de Des séries et des hommes s’est fendu d’un papier qui énumérait à peu près toutes les raisons du monde pour lesquelles lui, fan dé séries ET de sport, était complètement passé à côté de l’engouement collectif critique qui portait FNL aux nues. Par esprit de contradiction, ou par curiosité allez savoir, j’ai décidé de redonner une chance à la série. A ce jour, j’entame déjà la troisième saison. Et c’est un euphémisme que de dire que FNL est étrange. Le truc, et c’est probablement ce qui demeure le plus admirable, donc le plus étrange, c’est que tous les poncifs, toutes les idées reçues, tous les clichés les plus célèbres du monde et de l’Amérique que j’ai cité précédemment sont implosés un à un sous vos yeux.

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« Qu’est-ce que je viens faire dans un article au sujet d’une série autour du football américain ? Servir d’argument visuel ? OK, très bien, ça ne m’était jamais arrivé auparavant »

En fait, il ne faut pas dire que le football américain est secondaire dans FNL : cela reviendrait à dire que la chevelure ébouriffée à pleine laque de Robert Smith ne fait pas partie de l’attirail artistique de The Cure. Ou que, de la même façon, dans Urgences, le fait que les personnages soient médecins n’a pas d’importance. C’est important. Ca fait partie de l’essence, du cadre géographique, et de l’identité que véhicule cette œuvre étonnante et surprenante. Que ce soit dans Urgences ou dans FNL, on se fiche bien de ne pas comprendre le vocable des uns ou les règles sportives des autres. On n’a pas besoin d’être médecin ou passionné de sport pour s’attacher à des personnages de série et s’amouracher d’une communauté fictive qui, rarement à la télévision, aura paru aussi authentique. Parce que c’est ça la première des qualités de cette improbable série: rendre authentique, et de la manière la plus poétique qui soit, des gens simples qui n’ont guère d’autres préoccupations que d’attendre l’évènement du vendredi soir. Ce qui ne veut pas dire pour autant que la série se contente d’aligner, de manière répétitive, des bouts de match à chaque fin d’épisodes entre deux scènes intimistes. Elle le fait mais elle fait plus que cela. Avec un certain sens du recul, FNL donne à regarder une contrée qui nous est étrangère. Dillon, c’est la ville où tu n’as pas choisi de naitre et d’où tu veux partir. Dillon, à part le football américain, foirer sa scolarité, devenir pompiste ou vendeur de voiture, il ne se passe rien. Et ce rien, cette attente, cet ennui entre deux matchs où on picole pour passer le temps, et où l’on ressasse ces mêmes rêves de vouloir quitter la petite ville qui nous a vu grandir, fait que l’on finit par frémir à chaque match que donnent les Dillon Panthers. Parce que FNL ne regarde jamais ses personnages avec dédain, mais avec humilité et affection, les personnages principaux une trajectoire imprévisible, touchante, inattendue. Et cette trajectoire permet de tacler les clichés, et autres a priori que l’on peut avoir, avec un aplomb doublé d’une incroyable tendresse. D’où le terme « étrange » utilisé ci-dessus. Du coup, on se surprend à suivre attentivement le quotidien de gens avec lesquels on n’aurait pas forcément engager la conversation. S’il fallait rapprocher l’espoir et l’émotion que cristallisent le sport dans FNL, et histoire de me la péter un peu en ressortant un vieux dossier de la filmo d’Ewan McGregor, on pourrait prendre comme exemple cinématographique ce que symbolise la fanfare des mineurs dans le film Les Virtuoses.

HUT HUT HUT !!!

FA

Je me souviens avoir lu que TF1 avait acheté les droits de diffusion dès le début de la diffusion de FNL. Sans doute pensait-elle avoir acquis les droits d’un teen soap avec des ados bien propres sur eux, qui ne connaissent ni de problèmes scolaires, éthiques ou raciaux, mais qui s’embrassent sur fond de gentilles chansons indie folk. Le produit parfait en somme, prêt à être charcuté par trente coupures publicitaires par épisode. A ce jour, la première chaine nationale n’a jamais diffusé Friday Night Lights.

Friday Night Lights
Jason Street, à la rue…

Il me reste un deuxième et dernier exemple – comme ça, promis j’arrête de pérorer, et je garde quelques cartouches pour d’éventuels futurs billets. Cet exemple est celui du personnage de Jason Street. Parce qu’à lui seul, Jason Street constitue une raison majeure de regarder FNL. Vous me direz, au vu de ce qui suit, il y aurait encore de quoi partir en courant, surtout que les scénaristes n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Jugez plutôt : Jason est le quaterback vedette de l’équipe des Panthers, le prototype du type à qui tout réussit. C’est un beau garçon bien charpenté, calibré au sourire Colgate, modèle de moralité et leader d’exception. Tout lui sourit: il sort avec la pompomgirl la plus populaire de Dillon et il est promis à une carrière glorieuse de joueur professionnel qui le mènera des plus grands stades à la série de cartes que l’on collectionne chez Panini. Tout semble tracé. Sauf que le Destin en décide autrement. Suite à une action mal calculée de sa part, Jason se retrouve paralysé. Fichtre. On se dit qu’avec un tel postulat de départ, le risque est de vite glisser sur une pente exagérément lacrymale.

Eh bien non. La manière dont les scénaristes soigne le cheminement de ce personnage laisse pantois. Traité avec une pudeur et une finesse exemplaires, Jason réapprend à trouver une place dans ce monde. Les seconds rôles qu’il rencontre, et avec lesquels il se lient d’amitié, ne laissent aucune place à la sensiblerie. Le doute, le questionnement, la désillusion sont les principaux contrepoints psychologiques auxquels se confrontent la posture du corps, l’apprentissage, la rééducation. Autant de problématiques soigneusement traversées puis digérées par un personnage spectaculaire dont, encore une fois, on ne donnait guère cher de l’épaisseur. A l’image de cette belle série, non sans quelques défauts, qui emporte par sa foi galvanisante dans l’élan collectif.

Lancé de mots par
Jeoffroy Vincent

FANota Benêt :
Si jamais, cet article d’une improbable longueur ne vous a pas repu, vous pouvez lire le superbe Friday Night Lights – America next door ou Friday Night Lights – Chroniques de l’Amérique ordinaire.  Et si jamais vous en voulez encore d’autres conseils, vous pouvez nous envoyer un mail et nous tenterons de satisfaire vos demandes.

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