Matthieu Côte – Qu’est-ce qu’ils sont cons (ou la fausse chanson engagée de droite)

matthieu
© A. Hauteroche

PETITE INTRODUCTION DIGRESSIVE

Avant d’en venir au choix auditif du jour, les chansons engagées, ça veut tout et ne rien dire. On peut très bien écrire une chanson engagée pour s’insurger contre ces inconscients qui textotent en conduisant, contre l’aberration de l’existence des sodas lights, la prolifération des cigarettes électroniques ou contre l’inutilité sonore des commentateurs sportifs de France Télévisions. On peut également militer en chantant pour que les pigeons arrêtent de nous prendre pour cible, pour la restitution de mon vélo volé, ou pour la sauvegarde de la santé de mon chat, ou contre ces fichus hanses de sac plastique qui vous lacèrent les mains lorsque vous remportez chez vous vos courses. Très chers lecteurs, vous l’avez compris : on peut donc faire une chanson engagée sur à peu près n’importe quoi.

En France, la chanson engagée est presque devenue un passage obligé. Une sorte de rituel, d’étape obligatoire dans toute carrière qui dépasse le cap du premier album. Mickey 3D, Yannick Noah, Zaz, Benjamin Biolay peuvent ainsi être considérés comme des artistes respectables, parce que s’étant engagés sur des sujets sociaux (on évitera de dire politique parce que ce dernier est souvent considéré par les intéressés comme tabou, à défaut d’être un gros mot). La chanson engagée en est devenue un sous-genre de la chanson française, qui par son intitulé même, incarne autant un non-sens qu’un cliché en soi.

EXPLICATIONS EN DEUX POINTS :
(et après, je vous jure, on arrive à la chanson)

1) Avouer qu’on écoute de la chanson est souvent une source d’hilarité chez les interlocuteurs incrédules qui pensent encore que la chanson équivaut à Bénabar + Renan Luce + Raphaël + Alex Beaupain +un peu de fonflon et d’accordéon+ du vin blanc sous les tonnelles (n’oubliez la retenue poétique de rigueur) et que le tout = de la musique pour les vieux chauvinistes du bal musette qui votent Front National sans jamais avoir vu un étranger fiche un doigt de pied dans leur village.
2) À la question « Qu’est-ce que tu écoutes« , on ne devrait même plus répondre « Moi ? Ben j’écoute du rock, du jazz, et j’écoute de la chanson« . Parce qu’en principe, la chanson, c’est quasiment de l’expression française. C’est un tout qui mixe du rock, du rap, de l’accordéon, de la folk, de la musette, du heavy metal… Bref tout ce qui inspire le type qui fait l’effort de chanter dans la langue de Molière.

bonsangFIN DE L’EXPLICATION EN DEUX POINTS

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la chanson engagée n’est pas uniquement un sous-genre exclusivement pratiquée par des artistes de gauche. Oui, la chanson engagée de droite existe bel et bien. Preuve en est que Michel Sardou, Didier Barbelivien, et quelque part même Claude François, tentent d’exister et de donner de la voix (à défaut d’un texte potablement écrit) de l’autre côté de l’hémicycle. Puisqu’on aborde le sujet, vous n’êtes sûrement pas sans savoir que le résultat des dernières élections européennes a fait grand bruit. Plutôt que de s’interroger sur les raisons de l’abstention (qui a touché massivement toute l’Europe et pas seulement notre bienaimé pays hexagonal) voire (soyons fous) sur ce que signifie et représente l’Europe aujourd’hui, le débat s’est majoritairement concentré sur ces « vilains abstentionnistes » responsables du retour de la bête noire.

Le lendemain des résultats, j’ai repensé à cette chanson de Matthieu Côte. Tout en étant un exemple ironique de ce que peut être une grande chanson consciente, ce chanteur -brutalement disparu à l’âge de 29 ans en septembre 2008- résume parfaitement toute la logique de la situation actuelle. Il synthétise ce qu’incarne notre époque, le cynisme de son système économique et la façon dont les rouages de nos réflexions s’articulent; notamment sur le fait qu’il ne faut jamais être dupe de la manière dont on médiatise et oriente le cours des choses.

Chers membres du club, lecteurs vaillants et assidus, voici, sur une musique de Vincent Bolloré et des paroles de Bernard Arnault, une chanson dont le titre donne le ton à lui seul:

Radiophonisé par
Jeoffroy Vincent

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