Tom McRae – Spleen bichromique

Le genre: Musique indé indétrônable que l’on peut écouter à toutes heures de la journée mais à déconseiller lorsque l’on a un coup de blues.
De quoi ça parle: D’une jeune trentenaire qui hurle en douceur contre le monde.
Pourquoi on en parle: Parce que c’est beau. Parce que c’est l’exemple type d’un premier album qui porte en lui toutes les promesses de son auteur. Parce que ses mélodies sont inusables. Parce que les paroles tranchent de la même façon que lorsque notre cœur se brise. Parce qu’il est et restera inoxydable.

Time has coloured in the black and white of your sin
You cut her hair

tommcraeC’est un disque d’une noirceur quasi absolue. Avec quelques rares moments de lumière. Le premier album de Tom McRae, c’est un peu cela : un enchaînement somptueux, ténébreux, de morceaux qui étreignent des thématiques douloureuses avant de vouloir lâcher prise. De relâcher la pression pour trouver, ne serait-ce qu’un temps, une sorte d’accalmie intérieure. A la nouvelle réécoute de ce disque que j’ai passablement usé pendant mes années de lycée, je me suis surpris à avoir, de nouveau, l’épiderme qui se dressait au garde à vous. Non pas que j’en avais oublié les paroles. J’avais simplement oublié à quel point le déroulement des chansons est d’une logique royale. L’itinéraire est cohérent, sans hasard volontaire, et d’une finesse qui met diablement en exergue toute la force des lyrics du songwriter anglais qui, à l’époque, n’avait que 31 ans. On sent chez lui tout un bouillonnement de réflexions qui exacerbent aussi bien le conflit intérieur qui l’anime que l’incohérence du monde qui l’entoure.

You wake up to the sound of alarm and you’re driving your fabulous car, listening to the music that reminds you, you used to be young…
End of the world news

En effet, il n’y a pas de hasard à passer de End of the worlds news – satire désespérée de notre mode de vie quotidien- avec 2nd law, titre pudique mais véritable plaidoyer pour misanthropes convaincus. La plume de ce fils de pasteur, probablement tiraillé entre les convictions de son père et les doutes qui l’ont portés jusqu’à l’enregistrement de cet opus, trouve ici une résonance hors du commun. D’une franchise presque brutale, les paroles interpellent par leur soudaineté, leur radicalité et les images qu’elles font naître. Cela demeure d’autant plus fort que ce disque, éminemment personnel, ne fait pas forcément la part belle au « je ». Chez Tom McRae, le « je » est à inclure dans une perspective d’ensemble, ce qui rend l’écoute et l’émotion volontairement saisissantes.  Si l’on y réfléchit bien, à de nombreux égards, les vers d’une chanson telle que Bloodless pourra même évoquer l’anonymat bouleversant qui porte la poésie contenue dans Foule sentimentale d’Alain Souchon: « We smell so very clean but we’re the oil in this machine, and this machine, this machine is going wrong ». Même dans ses élans les plus romantiques, c’est lorsqu’il dépeint des situations collectives que le chanteur touche probablement le plus.

If they gave degrees for cheating destiny, then man I got a first
I ain’t scared of lightning

Rarement un songwriter se sera livré avec autant d’honnêteté. De violence. Indéniablement, l’ambiance que réussit à instaurer  Tom McRae est celle d’une atmosphère électrique, où même les moments de paix ne peuvent naître que dans une fougue fiévreuse. Sur Language of fools – peut-être l’une des plus belles chansons de son auteur et l’une des plus bouleversantes jamais entendues – Tom McRae se délivre enfin de tous ses démons.  Pour, toujours, aller vers l’autre. Pour tenter d’y trouver le plus beau refuge qui puisse exister sur cette planète: celui d’une étreinte passionnée et protectrice (Hide me, won’t you hold my weight, hold me through this night), et qui se forme au fur et à mesure que l’orchestration de cordes prend son envol. Et, encore une fois, la conclusion de ce disque majeur et renversant est à l’image de la cohérence évoquée au début. Après le déluge de cordes rock qui inonde Sao Paolo Rain, Tom McRae achève son parcours orageux par I ain’t scared of lightening: une superbe ballade à la guitare, très courte, presque murmurée. Le monde peut donc tonner comme bon lui semble, il faut essayer de gronder aussi fort que lui pour se faire entendre.

Ce billet est affectueusement dédiée à Kathou, Boudou et Clochette.

Jeoffroy Vincent

Tourne-DisqueL’album de Tom McRae s’appelle Tom McRae.
Il est sorti le 2 octobre 2000 sur le label db Records.
Le site officiel du chanteur est .

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