Y a t-il encore des antihéros dans les séries ?

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Qui, de Billy Bob Thorton et de Colin Hanks, raccompagne qui ? – Fargo, saison 1 épisode 4. © FX

Dr House, Breaking Bad, Dexter. Les antihéros qui occupaient massivement le paysage des séries sont en train de déserter progressivement le territoire de la télévision. Bientôt, ce sera au tour de Californication puis de Boardwalk Empire, Mad Men ou encore Sons of Anarchy de disparaître également. Est-on en train d’assister à la fin d’une ère ou simplement à une accalmie passagère?

Dans les années 90, rares étaient les séries qui mettaient au premier plan des personnages tourmentés et en proie avec leurs démons. Au regard de la prolifération qui aura lieu la décennie suivante, NYPD Blue, Un flic dans la mafia ou Profit apparaissent presque comme anecdotiques.

Pourtant, dès les années 2000, la télévision américaine s’enrichit de créations portant au cœur de leurs histoires des protagonistes atypiques, borderline, ambivalents ou ambigus, parfois gauches ou antipathiques. En cela, jamais la figure du antihéros n’aura occupé autant de place ni revêtu autant de facettes qu’il n’est de scénaristes pour en inventer. Au point d’en devenir quasiment une nouvelle norme cathodique. Chacun à leurs manières, les networks et chaines du câble ont tour à tour dégainé Les Soprano, The Shield, Dexter, Weeds, Nurse Jackie, Dr House, Californication, Damages, Chuck, Sons of Anarchy, Homeland, Mad Men pour surfer sur une sorte de vague qui a écumé le petit écran durant toute une décennie. Quelque part, on peut même prendre The Big Bang Theory comme l’exemple triomphal d’une série populaire mettant en scène des individus loin de posséder l’étoffe de Magnum, MacGyver, Sam Beckett, et autres incarnations positives qui œuvraient autrefois pour le bien commun. Le retour de Jack Bauer (24 live another day) et la résurgence simultanée de plusieurs supers héros (Flash, Arrow, Marvel’s Agents of SHIELD) tendent à vouloir penser que les défenseurs de la justice veulent reconquérir un territoire laissé en berne.

Cependant, volontairement ou non, l’antihéros n’est pas totalement vaincu. Voici quelques récalcitrants, qui résistent encore et toujours aux bonnes volontés de l’ordre établi, et qui amènent à croire que les beaux jours ne sont pas forcément pour demain…

tl-horizontal_main_2xFrank Underwood, House of Cards (2013, 2 saisons, Netflix)

Très certainement, et actuellement LE personnage machiavélique par excellence. Son interprétation exécutée par l’illustre Kevin Spacey – déjà habitué à des rôles similaires (Usual Suspects, Se7en) – reprend, non sans clichés, nombre d’archétypes du politicien ambitieux et corrompu prêt à tout pour aller à ses fins. Si l’on peut lui préférer l’ambiguïté et la magistrale cruauté dont faisait preuve Tom Kane, personnage principal de la regrettée Boss qui naviguait dans les mêmes eaux troubles et ténébreuses, nul doute que Frank Underwood a permis à Netflix d’asseoir sa réputation et sa notoriété. Et, parallèlement, de remettre l’acteur d’American Beauty sous les projecteurs.

tvrage00507Lester Nygaard/ Lorne Malvo, Fargo (2014, 1 saison, FX)

C’est l’un des tandems phares de cette incroyable surprise que fut Fargo cette saison; si incroyable et si inattendue que l’on en reparlera prochainement. Le premier est un personnage ordinaire tel que les frères Coen les affectionnent: un homme banal, médiocre, à la routine désespérante. L’un de ces perdants absolus qui se retrouve les pieds dans le plat d’un crime qui, de nouveau, ne fait que révéler toute leur pitoyable médiocrité. Un type fade que l’Amérique aime tant recracher. Le second est une relecture classique, mais malicieuse et fascinante, du tueur à gages solitaire. Les deux, ensemble, font des étincelles. Et de Fargo un saisissant jeu de massacres.

Stuart-BloomStuart Bloom, The Big Bang Theory (2007, 7 saisons, CBS)

Et si, plus que n’importe lequel des membres du gang de geeks qui fait les beaux jours de CBS, le véritable antihéros de The Big Bang Theory était Stuart Bloom ? Propriétaire peu convaincu du comic shop dans lequel se réfugient souvent nos héros, solitaire et hypocondriaque, chacune des apparitions de ce dépressif complètement atone provoque une hilarité folle, créant souvent un contrepoint mélancolique avec le rythme ciselé partitionnant la sitcom. Un personnage qui assume tellement sa malchance qu’il finit par se réjouir de devenir l’aide infirmier de la mère de Wolowitz le libidineux. C’est dire.

Louie-03Louie CK, Louie (2010, 4 saisons, FX)

« Au début de chaque nouvelle journée, mes yeux s’ouvrent et je recharge mon misérable disque. J’ouvre les yeux, je me rappelle qui je suis, de quoi j’ai l’air, et je dis juste «Beurk» »

Louie, c’est l’histoire d’un comédien. Non, excusez moi, c’est l’histoire d’un célibataire. Non, en fait, c’est l’histoire d’un père divorcé. Bon, en fait, Louie c’est un peu tout cela, et c’est aussi autre chose. Plein d’autres choses. C’est une vision de la vie à la fois drôle et terriblement triste au fil de laquelle certaines vérités, triviales et cruelles la plupart du temps, sont assénées comme des claques. Louie, c’est l’incontestable preuve d’une autofiction réussie autour d’un clown blanc qui se regarde vieillir, devenir gros et chauve, et qui lève le regard au dessus de son nombril pour sonder le monde. Avec une lucidité désespérée. C’est l’antihéros moderne parfait: empêtré dans ses défauts, mais riche et conscient de toutes ses imperfections.

 Et vous, qui vous auriez choisi ?

Sélection non machiavélique opérée et éditée par
Jeoffroy Vincent

 

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