Les Ogres de Barback – Vingt d’honneur

Ogres - 20 ans - @Pierre Wetzel
© Pierre Wetzel

Quinzième opus d’une discographie régulièrement entretenue, Vous m’emmerdez marque le sceau d’un double anniversaire: celui d’un groupe populaire à la longévité tenace et celui d’une noble et atypique carrière, toujours ignorée des médias. Les Ogres de Barback ont vingt ans, et l’on se devait bien d’ajouter un  article élogieux au menu.

Vingt ans. Voilà une longévité qui laisse presque rêveur, au regard d’autres formations populaires (La Tordue, Les VRP, La Ruda, Marcel & son orchestre), toutes aussi adulées en leurs temps mais qui ont fini par tirer leur révérence. En deux décennies, Les Ogres de Barback ont arpenté les époques, connu trois présidents et traversé plusieurs courants musicaux, sans jamais se noyer dans le tumulte d’un monde qui résonne souvent au son du chaos. En quinze albums, somme discographique attestant de leur extraordinaire acharnement boulimique, la fratrie menée par Alice, Fred, Sam et Mathilde Burguière continue de bourlinguer en étant, toujours, hélas, injustement boudée par les masses médias.

Les-ogres-20-ansMais qu’importe. Qu’importe finalement puisque la reconnaissance est là, présente et visible depuis le début. Il y eut celle des aînés, celle des Têtes Raides, qui leur offrirent leurs premières parties. Puis celles des collègues, des copains, celles des groupes naviguant plus ou moins dans les mêmes eaux, comme Les Hurlements d’Léo, Tryo, La Rue Kétanou et tant d’autres. Celle de la scène, enfin, où les Ogres continuent d’affirmer en sueur et en chants une présence incroyable. Une présence et un tempérament qui débordent de toutes parts, au fil de spectacles à la scénographie réinventée, suivis par un public fidèle,  heureux de retrouver une formation qui expose une musique qui se doit d’être polygame. Car si les Ogres demeure une belle histoire de famille, c’est grâce à un héritage qui digère des influences aussi diverses que Les Négresses Vertes, NTM, Noir Désir, Georges Brassens, Pierre Perret, Mano Negra ou encore Renaud. Oui, Les Ogres, c’est un peu cela: un feu d’artifices de couleurs, d’explosions, de tendresse et de franc parler. Et même s’il faut avouer que ce nouvel opus ne possède pas vraiment la poésie charmeuse qui faisait la force d’Irfan (le héros), de Terrain Vague ou Du simple au néant, l’émerveillement dans la prise de conscience et la prise de parole reste, certainement, l’un des secrets d’une telle réussite.

Les Ogres, c’est aussi une attitude en marge d’une industrie du disque qui ne sait plus sur quoi parier. D’abord par la création d’Irfan, modèle parfait du label indépendant, qui annonce avoir vendu «près de 450 000 albums (…) dans toute la France par l’intermédiaire d’un très dense réseau de disquaires, mais également en Suisse, en Belgique et au Canada »[1]. Une stratégie associative, forcenée, jouant depuis 2001 le jeu du collectif, et qui donne certainement envie à n’importe quel artiste qui débute. Ensuite par une tarification de places de concerts à un coût qui, au vu de leur renommée, défie presque toute concurrence[2]. Certes, on pourra rétorquer que le groupe privilégie les petites salles et les jauges moyennes au détriment des Zénith. Tant mieux, quelque part, parce que cette proximité qui perdure de la sorte a quelque chose de rassurant.

Avec le temps, le parcours des Ogres de Barback serait-il devenu un modèle ? Et pourquoi pas ? Après tout, les routes ont toujours été libres d’être arpentées selon le sens désiré; et celui des Ogres est toujours à l’affût d’une nouvelle tournée. Avec l’argument de ce vingtième anniversaire, il n’y a aucune raison pour que cette affaire s’arrête en si bon chemin. «Tant que l’appétit va, tout va», comme dirait l’autre…

croqué par
Jeoffroy Vincent

Tourne-DisqueÀ écouter :

Irfan (le héros), Terrain vague, Du simple au néant, Comment je suis devenu voyageur et Vous m’emmerdez (tous parus sur le label Irfan) et disponible via la boutique officielle.

À voir :
10 ans d’Ogres et de Barback (DVD live, édité en 2005)

[1] Source : Irfan le label.

[2] Moins de 30 euros pour une place (hors festival) contre une fourchette de 30 à 50 euros pour voir Benabar, Thomas Fersen ou Vincent Delerm. Source: France Billet.

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