Friday Night Lights – Dillon, Texas, pour toujours

Le genre : Série culte.
De quoi ça parle : De football américain bien sûr, mais aussi de foi, de loyauté, de solidarité, de rédemption, du quotidien, de la scolarité, de la pauvreté au Texas, et de ces belles personnes que l’on croise en chemin.
Pourquoi on en parle : Parce qu’il faut en parler. Parce que Tim «No regrets» Riggins. Parce que tout commence et tout finit à Dillon, Texas, cet endroit où personne n’est allé mais que tout le monde connaît.

« Tu aimes le jeu du football. C’est juste que tu ne le sais pas encore»
Coach Taylor

10173676_10152012453692657_1327581411376614406_nLe recul étant souvent la meilleure des perspectives, il y a, quand on y réfléchit bien, une forme de magie dans les secondes chances. Je me souviens de la première fois où j’ai commencé à lire L’attrape-cœur de JD Salinger : ce fut un échec absolu. Depuis que j’entendais parler de cet ouvrage mondialement plébiscité – l’unique publié par son auteur – je fus assez déçu par ce que je découvrais alors. Je trouvais cela mal fichu, mal traduit, mal ficelé. Après une quinzaine de pages, j’ai rangé L’attrape-cœur dans ma bibliothèque et je suis passé à d’autres lectures. Puis j’y suis revenu deux ans après. Et le miracle a opéré. J’ai adoré le parcours d’Holden Caufield, j’ai été sensible à ses interrogations, à ses rencontres et ses pensées. Aujourd’hui, je ne le considère pas forcément comme l’un des plus grands romans jamais écrits mais comme quelque chose de précieux, ne serait-ce que pour m’avoir donné la chance d’être redécouvert.

Mon histoire avec la série développée par Jason Katims est similaire. Bottée en touche dès mon premier contact avec elle, je suis heureux d’avoir fait l’effort de lui offrir une seconde chance, tant elle mérite amplement tous les éloges qu’on a pu écrire et lire sur elle. Oui, Friday Night Lights est une très belle série. Une série qui possède ses imperfections et ses défauts mais qui atteint la justesse dans son humilité, sa modestie et, surtout, dans l’extraordinaire tendresse qu’elle dégage à travers ses personnages. C’est une série qui s’apprivoise. Elle se livre d’autant plus difficilement qu’elle immerge le spectateur dans un univers relativement obscur pour le quidam occidental – le football américain et ses règles complexes – qui, a fortiori, n’a rien de séduisant ; l’histoire se situant au Texas, dont la renommée internationale ne brille pas forcément de mille feux. Et pourtant. Qu’importe donc que vous aimiez ou non le football américain, FNL demeure une série pour laquelle il est nécessaire de mettre toutes ses idées reçues sur le bas côté.

L’autre football

timthumb.php« Ceci n’est pas seulement que du sport. Il s’agit de tradition, d’esprit collectif et de maintenir cette ville en vie. C’est le football, et c’est tout ce que l’on possède »
Buddy Garrity

À Dillon, les cieux rivalisent entre l’incandescence solaire et la grisaille la plus triste. Les champs, peuplés de bottes de foin et accueillant parfois quelques forages de pétrole, s’étendent à perte de vue vers l’horizon. À Dillon, il y a l’Alamo Freeze, le Ray’s BBQ, le Sunset Strip, le magasin de voitures de Buddy Garrity…et pas grand chose d’autre. À Dillon, on boit des bières sur des transats, en chemise, la glacière à portée de main. On prend son pick-up pour aller à la chasse, faire ses commissions ou tirer dans des zones désertées, où personne ne va parce que personne, finalement, ne vient vraiment faire du tourisme à Dillon. À Dillon, on attend que le travail arrive, que la vie arrive. On va aux matchs de football avant de se rendre à l’Église. On va aux matchs en famille, avec des amis, avec ses collègues, avec soi-même parce que c’est la seule activité qui fédère et qui fasse réellement vibrer la ville dans son entier. C’est même la seule raison pour laquelle certaines personnes restent à Dillon, là où d’autres auraient déjà fuit. Cette ambiance, cette électricité palpable, est d’autant plus concrète qu’elle contraste avec ce que l’on nous donne à voir d’une fenêtre d’une voiture, à savoir une ville qui donne souvent l’air d’être abandonnée. Dillon donne surtout le sentiment d’être cet endroit qui nous a vu grandir, d’où l’on part parfois mais vers lequel on finit toujours par revenir.

« Je ne t’ai jamais dit que tu devais être meilleur que tout le monde. Mais tu dois essayer. La persévérance est là-dedans. Elle est dans cet essai. »
Coach Taylor

Coach Taylor
Coach Taylor, porte aussi bien la casquette en bleu qu’en rouge…

Au cœur de toutes les pressions et de toutes les attentions qui animent ce beau monde, le coach Eric Taylor s’évertue à entrainer l’équipe des Dillon Panthers d’une main de fer; à compter de la saison 4, et suite à la division de la ville en deux camps géographiques distincts, il s’occupera de l’équipe des Lions. Téméraire, tempéré, borné et intransigeant, Eric Taylor est un type modeste qui inspire respect et admiration chez la majorité des joueurs. La casquette vissée sur son regard froncé, il ne se repose jamais sur ses lauriers qu’il sait acquis par la sueur. Face à l’ébullition hormonale et à l’instabilité familiale de ceux qu’il entraîne, Taylor fait figure d’autorité paternelle, ne serait-ce que parce qu’il impose un cadre et une discipline qui font ressortir le meilleur des personnalités dont il s’occupe. C’est un passionné qui ne déborde presque jamais. Quelqu’un qui sait trouver les mots justes pour attiser les passions et les canaliser sur le terrain. C’est quelqu’un qui marque les esprits de tous ceux qu’il croise. Quelqu’un qui fait la différence dans les parcours de vie et vers lequel il alors logique de se tourner. C’est l’une des âmes fortes de la série, celle qui explique la tension dont vous faites légitimement preuve sur votre canapé lorsque vous assistez aux matchs en fin d’épisodes.

Un teen drama ? Oui, mais pas que…

Par bien des aspects, Friday Night Lights répond à la charte du teen drama: acteurs charismatiques de premier plan, interrogations existentielles, bande originale composée du meilleur de la musique indépendante et une place de choix accordée aux intrigues sentimentales… Sauf que FNL, ce n’est ni Les Frères Scott, ni Gossip Girl, ni Dawson, ni Hartley coeur à vif. Jason Street, Tim Riggins, Matt Saracen, Julie Taylor, Tyra Collette ont beau avoir des physiques avantageux, les scénaristes privilégieront tout autant un personnage comme Landry Clarke, joué par l’excellent Jesse Plemons, pour des scènes d’une beauté absolue.

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Tami Taylor, femme de coach.

Ce qui est admirable, et ce qui rend l’expérience de la série d’autant plus marquante, c’est surtout la manière dont FNL s’immerge au sein d’une communauté où s’entremêlent les archétypes de la culture texane (le barbecue, les bars, les rodéos, la logistique des fermes) sans jamais négliger et surligner le monde qui l’entoure. Même si, par ses audiences confidentielles, FNL souffrira d’une exposition limitée, rarement on aura vu une série américaine grand public faire l’apologie d’une éducation qui se doit d’être ouverte à tous et répondre aux attentes de chacun. Si, pour beaucoup d’élèves, la pratique du football américain est un passeport pour décrocher une bourse universitaire – et donc avoir la possibilité de suivre des études supérieures- la série met l’accent sur l’importance de prioriser le budget sur l’enseignement. D’être à l’écoute des élèves mais aussi de les ramener sur les bancs de la classe lorsqu’ils s’en écartent pour de multiples raisons. D’où l’importance d’un personnage comme celui de Tami Taylor qui, en tant que conseillère d’orientation, agit en complément de son mari sur le terrain éducatif. Il est alors intéressant de constater comment évolue la série sur ce point, notamment au regard de l’importance souvent démesurée que prend le football à Dillon, précisément au détriment des bâtiments et du personnel scolaire, relégués au second plan.

FNL ne néglige donc rien. Ni la pauvreté de ses habitants, ni le racisme ordinaire, ni la violence en sourdine, ni la question de la sexualité, de l’avortement ou même de la politique. Sans afficher son engagement de manière radicale, sans trop se noyer dans un sentimentalisme sirupeux ni se prendre les pieds dans le tapis d’un pathos misérabiliste, elle dévoile, derrière une mise en scène documentariste et découpée sur le vif, une extraordinaire richesse d’esprit et de cœur. De fait, elle rejoint en haut du podium les très grandes séries humanistes (The Wire, Urgences ou Six Feet Under) qui, finalement, en reviennent toujours à la même chose.

Le salut dans la solidarité

« Avant le football, j’allais droit dans le mur. Direct en détention. Jouer pour les East Dillon Lions m’a probablement sauvé la vie. Le lien qui m’unit à mes coéquipiers ne se brisera jamais. J’ai un coach qui a été comme un père pour moi. Il vient  et se donne à 100%, à chaque match et à chaque entrainement. Le football est plus qu’un passe-temps pour nous »
Vince Howard

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Vince Howard, au centre.

Plus que de football, c’est de cela dont parle réellement FNL. De cette solidarité qui transparait dans un esprit collectif souvent mis à mal par les egos et les promesses d’avenir mais qui doit se concrétiser au présent. Il n’y à qu’à voir comment on réagit devant les matchs: l’empathie s’étant forgée sur le terrain et au fil des épisodes, les séquences de football suscitent une ferveur irrésistible. Quasi insoutenables parfois, même quand l’issue est attendue. Matt Saracen, Smash Williams, Luke Cafferty, Tim Riggins ou encore Vince Howard… tous ces héros supposés différents ne sont que la même facette de cette aventure fraternelle qui fait ressortir l’estime individuelle. La camaraderie est essentielle, en sport comme au quotidien. Et la possibilité de se dépasser ne peut passer par une compétition primale, elle se concrétise au nom de la fierté de pouvoir représenter une communauté; et de pouvoir, ainsi, au final, se regarder dans la glace autrement. La leçon qu’il faut tirer de cette série surprenante est là: peu importe les victoires, les championnats, les échecs, les départs, la précarité, les galères et la misère. À Dillon, Texas, les secondes chances existent. Elles vibrent et résonnent pour l’éternité.

Passe en mots quaterbackisée par
Jeoffroy Vincent

1348925586-friday_night_lights_integrale_fnacFriday Night Lights (2006/2011). Série en 5 saisons et 76 épisodes créée par Peter Berg.

Le site officiel de la série

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