Under the skin – À perdre alien

Le genre : Subterranean homesick alien.
De quoi ça parle : D’une créature ressemblant fortement à Scarlett Johansson au volant d’une camionnette et qui demande toujours son chemin.
Pourquoi on en parle : Parce qu’avec Under the skin et Her, Scarlett Johansson réussit un doublé plus troublant que sa combinaison dans Avengers.

187779.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxUne chose est certaine : s’il fait quasiment l’unanimité critique dans la presse spécialisée, Under the skin ne récoltera pas forcément autant de louanges de la part du public. Comment pourrait-il en être autrement ? Clippeur adoubé par Radiohead, Jamiroquai ou Massive Attack (excusez du peu), réalisateur du magnifique Birth (injustement boudé à sa sortie), Jonathan Glazer signe là un troisième film qui possède un début désarçonnant, qui teste d’emblée le spectateur, alors projeté aux frontières de l’expérimental.  Rajoutez une économie de dialogues, un scénario tenant très probablement sur l’équivalent d’une copie double, une absence partielle d’explication, et vous avez à peu près toutes les composantes d’une œuvre qui se dresse à contre-courant de la majorité des productions cinématographiques du moment. De plus, il est probable que le résumé de l’histoire fausse quelque peu la donne sur les attentes: Scarlett Johansson a beau camper une créature venue d’un autre monde pour vamper les hommes dans toute leur faiblesse, Under the skin n’est pas à proprement parler un film de SF. La démarche du film est d’abord visuelle, épurée à l’extrême et pourtant stylisée jusque dans le moindre angle de caméra. L’histoire, elle, se construit en premier lieu selon une forme de rituel. Une routine montrée à la fois de manière réaliste, clinique et obsessionnelle. Après avoir investi un corps comme un acteur pourrait se grimer, le personnage joué par Scarlett Johansson entre en scène pour se mettre au volant d’une imposante camionnette de déménagement. Elle sillonne les petites rues d’Écosse à la recherche de ses proies. Ce rituel, qui consiste à prétendre que l’on s’est perdu puis à prendre en stop celui qui nous vient en aide, tutoie une redondance visible tout en prenant appui sur elle. L’ambiance, nocturne et pesante, est suivie de près par des séquences de séduction, tranchantes et traumatisantes, qui portent la marque d’un cauchemar plastique à la fois érotique et cruel; on y voit Scarlett se dévêtir et inviter ses proies à venir la rejoindre. Nul doute qu’elles hanteront longtemps les adeptes de l’actrice.

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« Cherche refuge désespérément »

Alors que l’on s’interroge sur la nécessité narrative de nous montrer plusieurs fois de suite cette même forme d’approche, le film change de cap sans que l’on ne s’en rende presque compte. D’abord montré comme un prédateur qui traque l’humanité, le personnage de Scarlett Johansson en vient progressivement à s’interroger sur sa propre personnalité. Sur des émotions qu’elle commence à ressentir, à éprouver et à témoigner. De fait, cette étrangère parmi les étrangers délaisse au fil des rencontres son rituel de charme – dans lequel elle domine magistralement- et ne réalise guère qu’elle abandonne ses réflexes de chasse. Troublée ou perdue, ne sachant plus comment agir et que faire pour mener sa mission à bien, elle se lance dans une quête qui la mène loin de la ville, au plus près des paysages pluvieux et verdoyants, jusqu’à en perdre sa identité d’origine. Dans sa construction narrative et cinématographie, Under the skin délaisse du même coup son approche expérimentale pour donner à son récit un ressenti plus charnel, et en symbiose avec le décor qu’arpente le personnage. Le film continue à puiser dans le silence, le regard, l’interrogation et l’éveil qui animent la créature pour acheminer le spectateur vers des questionnements et des ressentis qui lui sont similaires.

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« Recherche abri (air connu) »

S’en dégage une autre forme d’humanité et de sensualité où la découverte du corps se mêle à de la tendresse et de l’empathie; à ce stade de l’article, il faut non seulement saluer la maestria visuelle dont fait preuve Glazer pour aborder la silhouette de Scarlett Johansson mais également la capacité de l’actrice à s’affranchir de son propre corps, et de sa nudité tant fantasmée, pour faire du mutisme une force d’interprétation assez remarquable. Point d’orgue à un itinéraire aussi envoûtant que saisissant, l’issue qu’offre Under the skin est un dénouement d’une cruelle et poétique beauté. Une réponse brutale, violente, diamétralement pessimiste envers l’existence et la nature qui la régit, laissant un goût de cendre dans la bouche. Et sur la rétine.

Atterrissage lexical et syntaxique par
Jeoffroy Vincent

under-the-skin-affiche-sideraleUnder the Skin (Royaume-Uni, 2013, 108 min).
Film de Jonathan Glazer. Scénario Walter Campbell d’après Sous la peau de Michel Faber
En salles depuis le 25 juin 2013.

Le site officiel du film

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