Gianmaria Testa – Fenêtres ouvertes sur multiples départs

Le genre: Musique céleste.
De quoi ça parle: De trajectoires, de femmes dans les gares, de rues et de villes, d’arrivées et de départs.
Pourquoi on en parle: Parce qu’il n’y a pas que Paolo Conte ou Eros Ramazzotti dans la chanson italienne.

Ma chissà dovè è comminciato tutto
La traiettorie delle mongolfiere

0794881715824Gianmaria Testa méritait que l’on s’intéresse de nouveau à ses débuts. Pourquoi ? Parce qu’en plus de forger une discographie exemplaire depuis une belle majorité, il demeure sans conteste le meilleur représentant musical de son pays. Toutes catégories confondues. Bien sûr, on pourra toujours rétorquer que Paolo Conte et que Vinicio Caposella. Oui, bien sûr. Mais, la vérité c’est que, même si les deux artistes cités sont des figures musicales proches, quasiment paternelles même, Gianmaria les dépasse toujours sur la ligne d’arrivée. Et d’une large distance. C’est comme cela. Ce que chante le Piémontais surpasse largement le simple fantasme d’une Italie ensoleillée, chantante, exotique, où il fait bon se détendre pour mieux vivre. Ses chansons ne manquent pourtant pas de paysages traversés ni de territoires à arpenter; peuplées de petites gens, d’amoureux en transit ou d’émigrants portés par l’espoir d’une vie meilleure, elles ne parlent presque que de cela. La différence étant que, certainement mieux que quiconque, avec une magie indomptable, tacite, et tangible pourtant, Gianmaria parvient à saisir cette dimension intérieure que le voyage finit toujours par prendre au fur et à mesure du temps qui passe. Da questa parte del mare, Extra-muros, Altre latitudini… il n’y a qu’à lire les titres des albums de Gianmaria Testa pour constater, simplement, que ce type là est habité par les distances. Celles parcourues et celles qui ne demandent qu’à l’être.

Aussi est-il peu surprenant lorsque, à l’âge de 37 ans, Gianmaria Testa signe son premier disque intitulé Montgolfières. N’en déplaise à l’intéressé, qui signa par la suite des albums d’une inlassable beauté, cet album reste un coup de maître inégalé. À l’époque, tandis qu’il s’attèle à son activité principale de chef de gare, le bonhomme aux lunettes rondes et à la moustache frisouillante (brassenssienne diront certains) gratouille dans son coin entre deux arrivées et départs de trains. Toute l’essence de la musique de Gianmaria Testa est dans cette logique: rester à quai mais garder le voyage en perspective. La tête dans les étoiles, les yeux scrutant le ciel et les nuages, Testa l’autodidacte abandonne son sifflet pour se cogner les doigts contre les cordes, et accoucher de mélodies limpides, fluides, et délicieusement acoustiques. En arrière plan, protecteur et bienveillant, le jazz veille au grain (Come le onde del mare, Un automobile). Mais la part belle est laissée à la dame à six cordes (Senza titolo), que Testa sait courtiser avec goût. Parce qu’il a su, divinement, l’apprivoiser. Avec elle, il griffonne des histoires où il faut faire ses valises pendant qu’il est encore temps (Habanera, Un aeroplano a vela). Il met en scène des images et des instants volés dans des villes et des gares (Città lunga, Le donne nelle stazione), il croque comme personne la beauté d’un être cher pour tenter d’en garder intacte son inestimable et précieuse valeur (Dentro la tasca di un qualunque matino – bouleversante et inoxydable ballade-, Maria -messieurs si vous voulez courtiser une femme, c’est de cette façon qu’il faut procéder). En somme, il réinvente l’ordinaire pour le libérer de sa routine. Et nous avec. Il n’y a qu’à écouter la partie finale qui conclue La traiettoria delle mongolfiere, véritable moment de grâce et de majesté, pour se surprendre à penser que c’est le type même de morceaux qui font que la musique – celle que l’on ne cesse de réécouter afin d’y trouver quelque chose que l’on ne sait pas encore- nous fait perdre pied pour que notre âme prenne de l’altitude.

Peu sont les artistes qui parviennent à ne plus nous faire toucher terre sans qu’on le réalise vraiment. Mais tel est Gianmaria Testa : un conquérant humaniste d’une poésie simple qui ne demande qu’à être larguée en même temps que les amarres. Un artiste rare, humble et noble, que l’on se doit d’apprécier le long de notre propre itinéraire au tracé inconnu afin de mieux le chérir. Un compagnon de voyage que l’on a l’impression de connaître depuis toujours. Un ami presque. Bref un chanteur d’exception, ne serait-ce que parce qu’il donne autant à voir qu’à entendre.

Parole scritte da
Jeoffroy Vincent

Tourne-DisqueL’album de Gianmaria Testa s’intitule Montgolfières.
Il est d’abord sorti le 9 mai 1995 sur Label Bleu. Puis il a été réédité en 2002 par Le Chant du Monde chez Harmonia Mundi.
Le site officiel de Gianmaria Testa est accessible ici.

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