Laura Marling – Take the night off

Onceiwasaneagle
© Virgin

Je n’ai jamais visé une carrière musicale. Sans parler de ma propre pudeur, j’ai assez de respect pour les oreilles des autres pour ne pas vouloir imposer à un quelconque public le peu d’accords que je parviens à accomplir avec une guitare. J’arrive à peu près à me débrouiller, seul dans mon salon, où je ne ridiculise personne d’autre que moi-même. Mais, tout de même, le hasard me rappelle parfois que nous ne sommes pas tous nés sous la même étoile. Et qu’il y a une raison pour laquelle certains sont doués et d’autres pas du tout. Un peu comme lorsque l’on écoute Once I was an eagle. Non seulement on se dit qu’au fil des chansons que cet album est vraiment superbe, mais qu’il est en plus magnifiquement injuste que Laura Marling ait seulement 23 ans. Moi, au même âge, je finissais à peine mes études, j’arborais un bouc pour manifester une ridicule virilité capillaire et, comme un bon galérien précaire, je cherchais ma voie. Celle de Laura semble non pas tracée en direction de cieux prometteurs (la miss en est quand même à son quatrième disque) mais enchanteurs.

Il faut que dire que sa voix y est pour beaucoup. Apaisante, caressante, elle étonne par sa maturité précoce, et prend forme au milieu d’un cocon tissé par une acoustique enjôleuse. Prenez Take the night off par exemple. Une sacrée première piste de décollage, faussement calme, à l’érotisme frondeur, tribal, et qui libère un souffle si lumineux que ce dernier rayonne sur cinq titres d’affilée. Par son titre, Once I was an eagle suggère un rapport évident à l’oral, et au fait de raconter plus que de chanter. Pourtant Laura Marling parvient à allier les deux en permanence, créant un chant pleinement volatile, où la mélancolie la plus ténébreuse (Little Love Custer, époustouflante) vacille ensuite vers des chutes en piqué, au vertige kamikaze et réjouissant. A l’instar de Master Hunter, piste qui prend un envol subitement plus rythmé pour trancher radicalement, mais joliment, avec la délicatesse du début. « Take me somewhere I can grow/ Give me something let me go« ; Laura exulte tant et si bien son désir de liberté, et d’être femme, que ce dernier consume tout sur le passage de son animal instinct.

Là, tout de suite, en bon critique qui respecterait les codes de toute bonne chronique qui se respecte, il serait de bon ton d’enchaîner sur les influences qui habillent les mélodies de la jeune anglaise. Avec sa parure ornée de guitare, de violoncelle et de légères percussions discrètes, c’est presque une évidence que de citer Bob Dylan, Leonard Cohen, Joni Mitchell comme étant les stylistes apparentés à la texture composant la griffe (la serre devrais-je dire) de ce disque. Mais la miss semble s’en fiche comme du résultat de la dernière Palme d’Or. Elle ne compte pas emprunter l’itinéraire de ses aînés pour faire aussi bien qu’eux. Non, Laura Marling veut créer le sien à la force seule de ses propres arpèges. Quitte à y laisser quelques plumes en chemin mais pour mieux voler par la suite de ses propres ailes. Ne pas être un mouton mais un aigle. Un bel oiseau que l’on admire pour sa prestance et une certaine forme de noblesse. Visible, accessible mais toujours indomptable.

Coups de serres et autres griffes de vocabulaire par
Jeoffroy Vincent

Once I was  an eagle (Virgin), disponible depuis le 27 mai 2013.
En écoute ici.

Le site officiel de Laura Marling

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