Friends – Chandler : to Bing or not to Bing

– Joanna : Bing ? Quel nom intéressant !
– Chandler : C’est gaélique. Ça veut dire « la dinde est cuite »

The one with the dollhouse, saison 3, épisode 20

Chandler-Bing-friends-19337886-577-640Drôle. Cela paraîtra évident mais c’est sûrement la première chose qui vienne à l’esprit lorsque l’on évoque le nom de Chandler Muriel Bing au cours d’une conversation. Non seulement c’est la qualité qui le caractérise de prime abord mais c’est ce qui le rend immédiatement attachant. Les vannes en soupapes et l’esprit toujours alerte, Chandler est fondamentalement l’homme par qui le rire arrive. À bien y réfléchir, ses cinq autres amis sont également drôles mais d’une façon presque involontaire : si l’on peut se moquer de la pédanterie de Ross, s’amuser de l’excentricité de Phoebe, tomber des nues devant la bêtise (souvent touchante d’ailleurs) de Joey ou face au tempérament maniaque de Monica, l’humour et le sarcasme chez Chandler sont une affirmation avérée, revendiquée depuis l’enfance et le divorce de ses parents. «Un mécanisme de défense» comme aimera le rappeler l’intéressé.

Alors que l’on célèbre le vingtième anniversaire de la série Friends – et, avec elle, l’apparition de l’un des personnages les plus hilarants de l’histoire de la télévision américaine – nous avons rencontré ce moteur comique d’une puissance folle qui, sous sa réserve humaine de blagues imparables, cache un type sensible, secret, et incroyablement touchant…

Vous avez passé le cap de la quarantaine. Vous êtes marié et vous avez deux enfants…

À vous entendre on dirait que j’ai raté ma vie.

Non, c’est juste que lorsque l’on connait votre peur de l’engagement, on n’aurait jamais pu croire que vous en arriveriez là un jour :

C’est à dire que je sois rangé à ce point ? Moi non plus. Il ne manquait plus que le monospace dans votre description et on l’a acheté avec Monica il y a déjà dix ans. Une bonne marque que je ne citerais pas ici – mais si vous voulez savoir un secret, Volvo est un concessionnaire qui fait des bons prix. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Que je me suis bonifié ? Mais si vous saviez le nombre de litres de café qu’il m’a fallu boire au Central Perk pour comprendre que glander sur un canapé toute la journée n’allait pas forcément m’apporter la satisfaction que je recherchais, vous en auriez la nausée.

Tout le monde dit de vous que vous êtes drôle. Vous-même, vous trouvez-vous drôle ?

003FRN_Matthew_Perry_002Ce n’est pas à moi de le dire. Sincèrement. Et je ne le dis pas par fausse modestie. Je ne me suis jamais regardé dans la glace en faisant des sketchs tout seul dans ma salle de bain pour m’entraîner ensuite à les reproduire en public. Je ne fais pas du stand up ou des spectacles de one man show. Si je fais rire mes amis, tant mieux.

Mais je ne pense pas que je fasse rire tout le monde. Déjà parce que tout le monde ne rit pas des mêmes choses et parce qu’ensuite, tout le monde ne saisit pas forcément mon sens de l’humour. L’humour à froid, le cynisme, ou même le calembour, ne sont pas saisissables autant qu’une blague Carambar. Ce qui est d’autant plus bizarre parce que la plupart des gens se moquent des blagues Carambar, les jugeant faciles et infantiles, alors qu’ils ne peuvent s’empêcher de les lire lorsqu’ils en mangent un.

D’où vous vient cette appétence pour l’humour ?

Ma famille. Je suis un enfant de divorcé. Ma mère est une nymphomane qui écrit des romans érotiques et mon père est devenu un transsexuel qui possède son propre show gay à Las Vegas; si vous ne réagissez pas très vite dans ce genre de contexte, soit vous finissez dans une cellule psychiatrique avec un médecin qui vous facture 120 dollars la séance de thérapie, soit vous vous prenez en main. L’humour a été une réaction quasiment instinctive. Il m’a permis de me défendre sans avoir à me battre dans les cours de récréation. Si vous aviez la bonne répartie et que vous faisiez rire le molosse qui s’apprêtait à vous écraser et à vous humilier publiquement, non seulement vous étiez tranquille jusqu’à la fin de l’année et vous aviez en plus le respect de vos autres camarades.

Qu’est-ce qui vous fait rire ?

Les noms de famille, les noms de ville, les marques de paquet de céréales, la mauvaise foi… n’importe quoi en fait. Je n’ai pas un truc qui me fasse rire en particulier. En fait, j’ai plusieurs choses dont je peux me moquer à ma portée mais qui, ça se trouve, ne feront rire que moi. Et puis il y a mes enfants. Mes enfants sortent des blagues d’une autre dimension. Des choses improbables et des répliques inattendues. La dernière fois, j’ai emmené Jack dans une librairie. Il avait envie d’un livre en particulier – je ne sais plus lequel c’était, c’est horrible, j’ai déjà oublié. Bref, il va dans le rayon, il cherche le livre, il trouve le livre et il prend le livre. Il le retourne, pour voir la quatrième de couverture, et son regard finit par tomber sur le prix. Et le bougre s’en s’étonne à voix haute : « Waow, Papa, à 7 $ 60, il est vraiment cher ce livre !« . J’étais gêné devant le vendeur, je ne vous raconte même pas. On quitte le rayon, Jack va faire un tour et on revient à la caisse. Le vendeur nous prend l’autre livre et il nous demande : « Ah, ben voilà, tu t’es trouvé un autre livre finalement« . Et Jack de répondre : « Oui. Et il est vachement mois cher que l’autre« . (En silence, il sourit) En fait je ne sers presque à rien pour mes enfants. Je me contente de leur tenir la main et ils font le reste…

Vous allez voir des spectacles de stand up ?

Je suis allé voir Louis CK sur scène. Comme tout le monde non ? Je ne sais plus où j’ai lu que l’on trouvait que ce type était malsain. C’est n’importe quoi. Ce type a tout compris. Il adore les gens. Et c’est quelqu’un qui a beaucoup de tendresse derrière toute la cruauté absurde qu’il montre. J’aime bien Lewis Black également. Et je suis affreusement triste de la perte de Robin Williams. J’ai pratiquement grandi avec ce gars là. C’était comme un grand frère, ou une sorte de parrain. En tant que comique et imitateur, il était génial, mais ce que je trouvais beau, c’était cette forme de malice que l’on voyait dans ses yeux. C’était un super acteur. Le Génie dans Aladdin, quand on y pense, c’est quelque chose. Et même si on a beaucoup dit du film qu’il est… comment vous dites ? Gnan gnan ? Eh bien, la scène de Mme Doubtfire où il passe voir un conseiller professionnel est grandiose. Drôle et terrible. Même Monica en a pleuré… tumblr_n5bit8183K1qg82f1o1_r1_500 Comment se passe la vie de banlieusard ? Vous ne vous ennuyez pas ?

Si. Un peu. Parfois. Je veux dire : une fois qu’on a tondu la pelouse et arrosé son jardin – parce qu’il faut le faire pour être raccord avec les autres et surtout parce que, sinon, Monica me tombe dessus- c’est le néant. En banlieue, on y va pour le principe de ne pas être ennuyé par les autres mais on ne vous garantie pas que vous le ferez très bien tout seul.

Vous regrettez ?

chandler-bing-and-friends-galleryNon. Ne serait-ce que parce que les enfants ont un jardin à la place du trottoir new-yorkais pour jouer. Moi et mes petits tracas de petit bourgeois, je viens après. Et puis avec Monica, c’est du solide. Je me fiche qu’elle ressente ce besoin d’être satisfaite en faisant le ménage jusqu’à en respirer du dépoussiérant. Cette femme là est exceptionnelle parce qu’elle m’a sauvée.

Dans quel sens ?

Elle m’a accepté. Elle a vu mon intérieur. Celui derrière l’autodérision, les vannes et tout ce mur d’humour dressé devant moi.  Je peux vous dire qu’elle a d’autant plus de mérite que ma crise d’adolescence a mis du temps à se terminer. Franchement, si elle n’avait pas été là, je pense que je serais sorti avec Janice un bon trillion de fois (rires). Ne serait-ce que parce qu’elle m’a poussé à reprendre contact avec mon père, elle mérite une médaille. Je ne dis pas qu’on voit mon père tous les jours mais il est là. Il passe voir les enfants. J’essaye juste de ne pas trop penser à ce qu’ils font lorsqu’ils partent en journée avec leur grand-père.

Votre vie de New-York vous manque ?

Pour tout vous dire, cela fait une éternité que je n’ai pas bu un café au Perk. Je ne sais même pas si Gunther se teint encore les cheveux. Même quand je me rend en ville pour le boulot, je ne passe même plus dans le Village. C’est triste mais je n’ai plus le temps. Du coup, j’y pense moins. Et puis nos amis viennent souvent nous voir. Ross et Rachel ne se l’avouent pas mais ils viennent seulement pour profiter de notre extérieur. Phoebe vient pour jouer avec les gosses et leur apprendre l’importance d’écouter parler les éléments.

Joey, lui, vient pour le barbecue et le toboggan. Il a sa chambre à lui, au-dessus du garage. Il peut venir quand il le veut mais il se perd à chaque fois qu’il nous rend visite… Du coup, Monica et moi, on lui laisse des signes visibles pour retrouver notre domicile. Au début, on laissait des posters de femmes nues mais le voisinage nous a fait comprendre que c’était déplacé. On a pensé à laisser des boulettes de viande sur le bas-côté (pour qu’il les suive à la trace jusqu’à chez nous) mais on a réalisé que, non seulement, on allait rameuter tous les chiens du quartier mais qu’en plus cela allait nous revenir cher. On a donc opté pour placarder des coupons de réduction pour des sandwichs. Ça marche à chaque fois. Même si, à chaque fois, Joey nous dit presque en colère : « Dites, c’est quoi ce quartier où on nous fait saliver pendant des kilomètres sans que l’on trouve un truc à se mettre sous la dent« . (Il réfléchit) Cela va vous paraître bizarre mais ce genre d’attitude me rassure. Parce que, quelque part, je me dis que ce sont les choses qui changent autour de nous. Pas nécessairement nous.

Propos faussement recueillis par Jeoffroy Vincent

© photos : Warner Bros

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s