The Offspring – Smash et fin de partie

After all, music souls even the savage beast
(Intro) Time to relax

SmashD’aucuns vous diront que si vous écoutez encore cet album, c’est parce qu’il a bercé les oreilles et l’âme rebelle de votre juvénile condition de collégien. Certes.

Certes, vous étiez boutonneux, vous aviez un peu de duvet entre le nez et la lèvre inférieure, vous ne compreniez rien à l’assemblage vestimentaire du quotidien, vous parliez à peine anglais et, pourtant, en découvrant pêle-mêle Nirvana, Rage Against The Machine, Rancid et The Offspring donc, vous aviez la conviction d’écouter quelque chose de bien meilleur que les compilations M6 Dance volume 12 000 qui faisaient loi dans toutes les boums prépubères de l’époque [1]. Depuis, alors que tout le monde a bazardé ces compilations comme on se débarrassait des actions en bourse lors du krach boursier de 1929, et que, depuis longtemps, The Offspring ont sombré dans l’indigence répétitive la plus totale, un bon petit Smash de derrière les fagots remplit toujours son office. Si vieillir sied à peu à de personnes, il en va différemment pour le vin, certains objets et nombre de disques. Météorite fulgurante au sein d’un parcours plus en dents de scie qu’en grâce absolue (si tant est que l’on puisse parler de grâce dans le registre du punk), Smash est donc un album qui vieillit diantrement bien. Peut-être parce que, quelque part, c’est à la fois le premier et le dernier disque réel d’un groupe qui n’avait pas forcément encore le même capital sympathie qu’un Rancid ou qu’un Green Day.

Dexter Holland
Dexter Holland, encore inconscient…

À l’époque, Dexter Holland n’est pas encore l’empâté richissime qui se shampouine les cheveux à l’eau oxygénée : en bon punk qui se respecte, l’inconscient se fiche probablement de son attirail vestimentaire comme de ses nattes africaines qu’il arbore fièrement. Tout comme vous ? Peut-être. Toujours est-il que les quatre trublions passent de deux albums gentillets à une sorte de… De quoi exactement ? D’illumination ? De coup de folie? De génie passager ? D’un disque engagé ? Enragé ? Fun ? Sombre ? Violent ? Désespéré ? Paranoïaque ? Il y a un peu de tout cela dans cet album qui, incontestablement, et alors qu’il fut réalisé avec la même équipe, possède quelque chose en plus. Un quelque chose qui va faire que les trois quarts des ados de l’époque vont se précipiter chez leur disquaire du coin.

Pour commencer, une énergie musicale à revendre et des choses à cracher; on n’ira pas jusqu’à dire « revendiquer »même si, sur certains titres (l’indéboulonnable Come out and play notamment), le point de vue posé sur la société américaine est peu flatteur. Des exemples ? Smash parle de guerres de gangs, de jeunesse paumée (thème classique mais toujours efficace), de mecs tarés qui se prennent pour Dieu à la seule tenue d’un flingue dans leur main (Bad Habit) ou qui ne se font pas prier pour coucher avec des filles à moitié saoules (Self esteem). Pour finir, une ambiance où la fièvre est palpable, fébrile et qui semble imprimer une forme d’air du temps pestilentiel. Kurt Cobain étant mort depuis à peine une poignée de jours lors de la sortie, on peut se dire que les années 90 ne furent pas aussi joyeuses que celles que l’on vit maintenant.

Tant et si bien que si l’on peut aisément fustiger allégrement les facilités avec lesquelles le groupe vendit son âme par la suite [2], ce disque est quasiment un document historique. Un accident heureux donc mais, aussi, une forme de collision inattendue qui, à l’instar de Nirvana ouvrant une brèche libérant toutes les formations grunge de Seattle, ramena le punk au devant d’une scène moins confidentielle. Oui, quelque part, pour tous ces services rendus à la communauté, on peut remercier les Offspring. Même s’il est certain qu’à ce stade, en ayant vendu contre toutes attentes un album à plus de 16 millions d’exemplaires, personne ne pouvait se remettre d’une telle partie. Ni Dexter Holland et ses amis (qui, presque malgré eux, furent des références pour Sum 41 et toutes les copies de Sum 41), ni vous et moi. Comme quoi, il est impossible de garder une attitude de vaurien si on décide de plonger dans le grand bain du mainstream

Jeu, set et mots
par Jeoffroy Vincent

© photos : Epitath records

[1] : Si toi aussi, tu subissais poliment Ace of Base, John Scatman, Ophélie Winter et autres Charly & Lulu en ayant des remontées acides, tape dans tes mains.
[2] : Ixnay on the hombre gentiment mis de côté, tous les albums qui succédèrent à Smash ne furent qu’une pénible resucée de tous leurs tics musicaux jusqu’à n’en devenir plus qu’une coquille vide, dénuée de tout intérêt. Le premier qui me sort « Americana » aura pour une punition. Genre copier 1000 fois « Je n’écouterais plus jamais Christophe Maé en cachette ni ne le chanterais sous la douche en cachette aussi« .

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