Sunhouse – Le temps d’une virée

SunhouseEn musique, la brièveté fait parfois office de légende, dans le sens où le potentiel d’un artiste est brutalement réduit (souvent pour cause de décès). Elle peut faire aussi preuve d’impartialité et de révélateur artistique : lorsque Sunhouse sorti son premier et unique album en 1998, le groupe était déjà à l’agonie. Ce sont là les choses de la vie. Certaines formations n’ont pas l’envie, le temps ou l’énergie de prendre le train-express d’une industrie du disque qui se dirige à toute allure, sans souvent réaliser ce qu’elle voit devant elle ou ce qu’elle possède de meilleur, et de devenir un produit de plus. Pour ce qui est de Sunhouse, il y avait/a de quoi rester ébahi. Gavin Clarke, songwriter anglais tombé depuis dans un anonymat volontaire [1], portait l’âme mélancolique de Sunhouse jusqu’aux nues les plus noires. Et parfois, le noir aide à y voir mieux. Par exemple lorsque vous êtes un petit crétin de quinze ans et que vous n’avez aucune idée de comment traduire l’émotion qui vous tord le cœur à la vue de votre bien-aimée. Prenez la chanson Lips : musicalement, c’est rien. Un piano délicat, un violoncelle presque maniéré. Et des paroles si simples qu’on jugerait, tel Cyrano pour Christian, qu’elles ont été écrites de votre main pour l’heureuse élue.

Sunhouse 2Isolement, drogue, suicide, amours déçus, errances… honnêtement, il y a là dans ce disque toute une série de thèmes ténébreux (et au demeurant assez récurrents chez la plupart des artistes rock-folk qui se respectent) qui vous donneraient l’envie de vous flinguer. Pourtant, il y a une force dans la plume de Gavin Clarke qui balaye régulièrement toute pesanteur morbide. Une violence suggérée qui sous-tend, même dans une situation aussi malsaine que celle évoquée dans la chanson Monkey dead, qu’il existe peut-être un salut pour chaque pêcheur de ce bas monde.

Produit par John Reynolds (qui a pour seul fait d’arme d’avoir été le premier mari de Sinéad O’Connor), Crazy on the weekend fut donc l’unique virée d’un groupe qui piocha aussi bien dans la discographie de Nick Drake, Van Morrison, Tim Buckley ou celle de Neil Young pour tracer sa route. Un trajet bluesy à souhait, riche en allures sensibles et mélancoliques (Good day to die, Swing low, Hard sun, Spinning round the sun) autant qu’en embardées électriques sévères (Animal, Hurricane) à la bestialité cathartique. Pied au plancher direction le soleil couchant. A l’arrivée, aucun titre à jeter sur le bas-côté. Ou sur lequel on pourrait pinailler quelques fautes de goût ; même le titre caché (une mode qui se raréfie) est un exemple du talent humble de Gavin Clarke dont le potentiel est complètement passé inaperçu. Le disque fut, à l’époque, encensé par une poignée de critiques éclairés puis jeté aux oubliettes. La reconnaissance étant souvent une garce aveugle, il ne serait guère étonnant que ces mêmes critiques aient sombré depuis dans une sévère dépression [2].

Après un bon millier d’écoutes plus tard, Sunhouse demeure un groupe injustement méconnu autant qu’un compagnon fidèle des mauvais jours. Qui est uniquement responsable d’avoir eu le culot involontaire de faire un coup d’essai doublé d’un coup de maître.

[1] : Clayhill, deuxième formation de Gavin Clarke, tint la barre d’un folk de très haute facture pendant 7 ans, de 2002 à 2009. Pour les plus curieux d’entre vous, le club vous recommande notamment le disque Mine at last.
[2] :
Je dois connaitre une personne qui l’acheta à l’époque (ceux qui me connaissent depuis suffisamment longtemps ont déjà eu leur copie).

Embardées, accélérations, coups d’oeil dans le rétro et pied au plancher par
Jeoffroy Vincent

Tourne-DisqueCrazy on the weekend (Independiente Records), paru le 30 mars 1998.

Disponible ici.

 

Publicités

5 réflexions sur « Sunhouse – Le temps d’une virée »

  1. Bonjour,
    C’est la première fois que je viens sur ce blog et je viens de faire une bien belle découverte en écoutant ce Crazy On The Weekend de Sunhouse que je ne connaissais pas et n’avais jamais entendu parler. Je reviendrai donc vous rendre visite et puis on pourra parler de séries par exemple.

    J'aime

  2. Bonjour,
    C’est la première fois que je viens sur ce blog et je viens de faire une bien belle découverte en écoutant ce Crazy On The Weekend de Sunhouse que je ne connaissais pas et n’avais jamais entendu parler. Je reviendrai donc vous rendre visite et puis on pourra parler de séries par exemple.

    J'aime

    1. Bonjour Magali et bienvenue à toi !
      Sois libre de venir quand tu veux: tes commentaires viennent juste d’être lus, rassure-toi, ils n’ont pas été supprimés 😉
      Tu viens depuis Le Golb de mon copain Thomas ?

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s