Hollywood peut-elle se passer des super-héros ?

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« Je s’appelle Batman » – Ben Affleck dans le texte.

Question rhétorique s’il en est. Il n’y a qu’à se promener en direction de votre cinéma de prédilection pour constater ce que, de manière complètement anodine sûrement, vous avez déjà remarqué depuis quelques temps : les super-héros sont partout. Rien qu’en 2014 sont sortis pêle-mêle les suites respectives de The Amazing Spider-Man et Captain America, le deuxième volet du prequel de la franchise X-Men ainsi qu’une nouvelle tentative de faire rebondir les carapaces des Tortues Ninja de notre enfance sur grand écran. Total des gains ? Plus de 2, 5 milliards de dollars de recettes [1]. Et ce n’est sûrement pas le carton mondial des Gardiens de la Galaxie [2] qui va freiner les délires pyrotechniques des producteurs hollywoodiens: de 2015 à 2017, pas moins d’une dizaine de productions sont attendues.

Jugez plutôt : Ant-Man (aux coulisses de production mouvementées), Batman vs Superman, The Fantastic Four, Doctor Strange ou Captain America troisième du nom. Ne serait-ce que pour le plaisir de l’anecdote, au moment où ces lignes sont écrites, la rumeur voudrait que Kevin Feige, président de Marvel Studios, déclinerait le troisième volet d’Avengers en deux parties; le deuxième n’étant même pas encore sorti puisqu’il demeure prévu dans le courant de 2015. Sachant que chacun de ces films possèdent des budgets monumentaux (entre 200 et 250 millions de dollars en moyenne), il s’agit là de non seulement de rester dans un filon qui- certes- a fait ses preuves mais de rentabiliser également, et au maximum, la coquette mise de départ. Disney – qui a déboursé 4 milliards de dollars pour acheter l’empire Marvel – n’à qu’à se servir dans un catalogue qui contient des milliers de personnages pour l’exploiter à foison.

Comme le dit si bien l’adage d’outre-Atlantique : « If it ain’t broke don’t fix it« . Pourquoi diable en effet, puisqu’ils rapportent des milliards, se risquerait-on à changer une formule dans laquelle les super-héros permettent d’engendrer des bénéfices pharaoniques aux sociétés de production ? Peut-être parce que le risque justement, aussi superficiel fut-il (étant donné que l’on débat ici d’une industrie de divertissement), est que cette même formule ne devienne l’unique proposition de création et d’expression artistique chez les majors. Au point d’en éclipser tout le reste. Ou de le reléguer à une dérisoire existence en salles… Quid alors des autres projets qui ne s’inscriraient pas dans cette logique ? Dans un article de Télérama, Mike Medavoy, le producteur de Raging Bull ou de Danse avec les loups, dresse un constat accablant : « L’histoire de Hollywood a toujours reposé sur la tension entre l’art et le commerce. Mais la bataille est ­perdue. Les financiers ont pris le pouvoir. Hollywood s’est pris à son propre piège. Les studios se concentrent sur quelques films dont les coûts sont devenus ­astronomiques et qui ne visent qu’à la rentabilité maximale. Leur activité est surveillée par les conglomérats, dont ils ne sont qu’une simple division. Au moindre faux pas, les têtes tombent » [3].

"Je savais que je n'aurais pas du faire cette pub pour Lipton"
« Je savais que je n’aurais pas du faire cette pub pour Lipton » – Hugh Jackman dans le texte.

Le pari, le flair ou la prise de risque ne semblent plus légions dans un contexte où, entre deux Wolverine avec ou sans Hugh Jackman, on table sur l’adaptation de best-sellers (Nos étoiles contraires, Le Labyrinthe, Divergente, Hunger Games, 50 nuances de Grey…) et sur la revisite de franchises à succès (Spider-Man, La Planète des Singes, Star Trek etc.). Pour celles et ceux, donc, qui ne voudraient pas forcément se fondre dans le moule, il y a bien la méthode du crowdfunding, procédé de récolte et de financement participatif de plus en plus populaire, et permettant à quiconque ayant un projet de le présenter pour pouvoir le réaliser. Dernier exemple en date : Zach Braff passant par Kickstarter pour financer son deuxième film Wish I was here. Mais tout le monde ne jouit pas de la même notoriété de l’ancienne star de Scrubs.

Certes, depuis les années 40, le petit et grand écran ont toujours fait de l’appel du pied au super-héros. Bien avant le cinéma, Superman, Batman, The Hulk ou The Flash ont d’abord transités à l’intérieur de la lucarne télévisuelle [4]. Lorsque sortirent, à presque une décennie d’écart, Superman et Batman sur grand écran, il y avait évidemment la volonté d’exploiter une licence commerciale. Bien sûr que l’objectif était d’engranger des bénéfices. Toutefois, au vu de la faible concurrence, il y avait également une forme de fantasme, de rêve et de magie à vouloir rendre vrai ce qui n’existait que dans notre imaginaire. À rendre réel et visible le transfert d’histoires contenues dans des cases sur des images en mouvements. Naïveté ou sentimentalisme, les effets spéciaux d’alors limitaient le champ d’action. Aujourd’hui, paradoxalement, alors que l’on pourrait se réjouir des avancées technologiques et numériques dans le domaine du 7ème art, tout est devenu interchangeable. À force de trop les voir, les costumes des super-héros ne risquent-ils pas de lasser l’œil? Peut-être serait-il temps que la mode change…

Cape, supers mots et rayons éditoriaux par
Jeoffroy Vincent

[1]: Source Box Office Mojo.
[2]:
À ce jour, les recettes mondiales des Gardiens de la Galaxie se cumulent à environ 644 millions de dollars (source Box Office Mojo).
[3]: La stratégie des studios mène-t-elle Hollywood dans le mur ? article de Laurent Rigoulet paru dans le numéro 3293 de Télérama.
[4]: Les séries ne sont d’ailleurs pas en reste puisque le reboot télévisuel de The Flash, officiellement le spin-off de Arrow, est prévu sur CW pour le 7 octobre 2014. Est également attendue sur Netflix pour mai 2015 la relecture de Daredevil avec Charlie Cox dans le rôle-titre.

 

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