Rit- Un Inglorious Bastard pour un Western Hip-Hop

rit_western_hip_hopUn apatride musical. Voilà ce qu’est Rit. Depuis ses débuts, l’homme-orchestre marseillais se distingue par une volonté presque farouche à faire la noce avec une multitude de genres sans jamais se marier avec l’un d’eux. Certains diront qu’il s’agit là d’un manque cruel d’équilibre artistique, signe patent d’une identité qui peine à se forger. D’autres y verront au contraire une évolution lente mais présente sur chaque nouveau disque, preuve d’un tempérament turbulent qui ne peut s’empêcher d’aller contre ce que les médias attendent toujours d’un artiste : se caser dans un style pour mieux être étiqueté. Sous le climat bienveillant de la Réunion, à l’intérieur de son «home made» studio et en suivant les rails d’un bluegrass aride et lumineux, Rit a donc attelé son bric à brac sonore jusqu’aux sommets d’un hip-hop galvanisant. Là, depuis ces terres stimulantes au galvanisant relief, cet human quintet a réalisé un Western Hip-hop luxuriant, décomplexé et riche en contrastes. A l’arrivée ? Une vraie virée en CinémaScope où l’artiste retrouve une verve ébouriffante. Et où nul n’a besoin de lunettes 3D pour y apprécier la profondeur de champ.

Loin de ses premières excursions champêtres et bucoliques, où un reggae de bon aloi flirtait avec l’acoustique d’un folk timide et boisé, Rit fait sonner les guitares électriques avec une radicalité si débridée qu’elle pourra surprendre le fan averti. Mais, ce faisant, et en visant aussi bien que G.Love, BeckRobert Johnson ou le MC Solaar des débuts, le musicien prouve à nouveau qu’il dégaine méchamment ses six cordes. Depuis les ondulations animales d’une basse sauvage (A qui profite le crime) jusqu’à un banjo frivole convolant amoureusement avec l’harmonica, le babil de Rit devient lui aussi plus souple, assumant une plume moins duveteuse que de coutume (Chien de garde). En résulte un disque jouissamment anarchique où l’on croise (excusez du peu) Henry Fonda, Homer Simpson, Bip Bip ou encore Terence Hill. Un disque où règnent impartialement ironie, cynisme et humour noir: à une époque où la désillusion est reine, ceci explique sûrement cela…Sans langue de bois, Rit s’interroge autant sur la mécanique rouillée d’un star system qui s’emploie à recycler sans succès les mêmes formules que sur les généralités d’une crise que l’on nous médiatise en permanence. Sans oublier l’hypocrisie, qui reste son cœur de cible, Rit se moque de lui-même (Rit versus Riton) comme des situations tristes que la société actuelle continue, absurdement, de scénariser (Café Clope).

Son discours, autrefois sincère mais parfois naïf, s’actualise dans ce mash up sonore où la philosophie combine les flèches de Robin des Bois et les coups de gourdin de Guignol. Sans doute manquait-il à Rit cette nonchalance iconoclaste  pour habiller de manière plus rugueuse sa parure de baladin des temps modernes. L’human quintet acquiert là une dimension potache assez réjouissante et, de fait, retrouve la poésie qui forgeait toute la force de son disque Sans tambour ni trompette. Tout l’art de bricoler magistralement un bon son brut pour les truands que nous sommes tous.

DJ éditorial et scratchs lexicaux par
Jeoffroy Vincent

Tourne-DisqueWestern Hip-Hop (Super Records).
Disponible depuis le 15 février 2013. En écoute ici.

 

Le site officiel de Rit

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