Stoner – Et tout le reste est littérature

Le genre : Keep calm and have a book.
De quoi ça parle : De révélations, de soif de savoir, de la famille, du monde, de la transmission, de la vanité, de l’échec, de la beauté, de la bêtise et des regrets…
Pourquoi on en parle : Parce que rares sont les livres qu’on ne veut pas terminer trop vite.

« Un roman qui ne s’adresse pas aux gens qui aiment lire, mais aux êtres humains qui ont besoin de lire » Anna Galvalda

1345758-gfDans la postface de son livre, John Williams, ancien professeur de littérature à l’université de Denver, précise au sujet de Stoner qu’il s’agit là d’une œuvre de fiction. Une précision malicieuse qui vaut ce qu’elle vaut, et que l’on pourra tacitement remettre en question tant au fil des pages on trouve des composantes pouvant revêtir une allure autobiographique et, ainsi, facilement faire le lien entre le cursus de l’auteur et celui du personnage principal. En effet, John Williams et le personnage de William Stoner possèdent en commun les mêmes origines paysannes, un amour inconditionnel pour les livres et une prédilection pour l’enseignement. Ce sont sûrement là de simples détails, qui n’enlèvent en rien les remarquables qualités romanesques de l’histoire, mais qui confèrent à l’ensemble une forme d’authenticité et de justesse qui agrémentent la mélancolie présente au fil des pages.

Si Stoner est avant tout le parcours d’une vie, c’est également un livre dont le parcours artistique a lui-même connu plusieurs existences : une parution chez Viking Press, datée de 1965, qui connaitra un petit succès d’estime avant d’être oublié pour, ensuite, bénéficier d’un regain d’enthousiasme et de considération de la part de plusieurs critiques littéraires internationaux dès les années 2000. Autant de particularités qui ont tapé dans l’œil et le cœur de l’écrivain Anna Gavalda, qui s’est alors empressée d’appeler son éditeur pour acquérir les droits du dit roman afin d’en établir une traduction; laquelle est impeccable, simple et merveilleusement exemplaire.

Stoner, donc, relate l’histoire d’un homme qui pensait que la vie n’avait guère à offrir d’autre qu’une perspective agricole faite de labeur, de sueur, et de terre poussiéreuse. C’est l’histoire d’un jeune garçon qui quitte son nid de la campagne du Missouri pour suivre des études d’agronomie, uniquement dans le but de rendre l’exploitation familiale riche et prospère. Lui qui ne parlait pas, ou peu, qui ne connaissait que les quatre murs de sa ferme et le visage fermé de ses parents, découvre avec émotion un dédale composé de couloirs, de salles de cours, de lieux d’études et d’espaces de savoir. Un monde entièrement basé sur la réflexion, la pensée et le dialogue et où la connaissance ne possède théoriquement aucune frontière. Son bouleversement est tel qu’il en abandonnera tous les espoirs qu’on portait en lui pour embrasser la cause intellectuelle et celle de la magie des mots. Le hic, c’est que s’il trouvera dans la littérature un refuge d’érudition et de rempart salutaire contre la tristesse et la médiocrité, William Stoner ne sera jamais raccord avec les modes, les conventions et les courants. Dans la vie en vrai, Stoner sera sempiternellement cet outsider magnifique à qui peu de choses souriront. Même lors des rares moments d’accalmie, de réussite professionnelle et personnelle, le lecteur guettera le moment où le Destin (cette guigne) rappellera Stoner à son bon souvenir. Comme enseignant, lorsqu’il ne se heurtera pas à la bureaucratie ou aux crises d’ego, il peinera souvent à insuffler sa passion des auteurs qui lui auront ouvert l’esprit, tentant tant bien que mal à transcender ses cours pour qu’ils paraissent moins laborieux. Comme mari, il ira de désillusions en désillusions, sa femme Edith étant plus ou moins présenté comme une personne ayant un sérieux terreau dépressif sur lequel poussera une psychologie fragile dont Grace, leur fille, payera durement le tribut. Exigeant, obscur, froid, admirable, détestable, culotté, lâche, fatiguant, poussif, contrariant, humble ou passionné, Stoner sera une forme de plusieurs tout pour ses collègues, ses étudiants ou ses proches amis. Une sorte de paria rebelle, éternellement incompris, alimentant malgré lui ragots, quolibets et légendes.

Splendide ode à l’échec, gracieuse variation sur les évènements qui façonnent les choix et les regrets, l’histoire de Stoner pourrait aisément mise de côté pour la latence de son spleen. Pourtant, en dépit de cette tristesse qui tapisse le contexte et le fil rouge de toute le récit, le roman vit au rythme de saisons qui passent, en distillant une jolie réflexion sur le caractère éminemment précieux de l’existence. La fin, d’une luminosité sans fards, est à l’image des pages parcourues : poétique, terrible et incroyablement délicate.

Lectures, prise de parole, corrections et mise en mots par
Jeoffroy Vincent

1345758-gfStoner (1965)

Roman de John Williams paru aux éditions J’ai Lu et disponible depuis le 4 janvier 2013. 377 pages.

Prix indicatif : 7,60 €

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