Moon – Sam Bell contre le reste de l’espace

Le genre : Petit budget pour grande portée.
De quoi ça parle : D’un astronaute qui, après avoir trimé dans un espace clos pendant trois ans, voit arriver la quille au bout de son hublot. Sauf que…
Pourquoi on en parle : Parce qu’à l’époque, l’alunissage fut mis de côté.

– Two weeks to go Sam…
– Two weeks to go, buddy !

moon-duncan-jones
© Sony Pictures Classics

Dans un futur proche, la Lune est devenue le meilleur moyen pour alimenter la Terre en énergie. Tous les trois ans, un astronaute est envoyé sur la station Sarang pour veiller au bon déroulement des opérations. Sam Bell est l’un de ces hommes, choisi pour donner à notre planète de quoi continuer à la faire tourner. Un travail routinier, endurant et exigeant (car exécuté dans une grande solitude) mais d’intérêt public. Sam Bell est impatient de rentrer chez lui : à deux semaines de l’échéance de sa mission, on le comprend. Pourtant, quelque chose ne tourne plus rond sur la station. Sam commence à avoir des hallucinations…

Sorti il y a un peu plus de cinq ans, Moon a connu dès sa diffusion dans plusieurs festivals indépendants (Sundance, Tribeca) un élogieux bouche-à-oreille de la part des critiques. Pourtant, il n’a jamais trouvé de distributeur en France; il n’a donc pu être découvert par un public qui l’aurait certainement portée aux nues. Depuis sa sortie en DVD en juin 2010, ce dommage peut maintenant être réparé. Et il se doit de l’être, tant cette première réalisation de Duncan Jones (le fils de David Bowie) est une véritable pièce maîtresse qui séduit par son étrangeté, sa poésie et son ton prophétique. Il est périlleux d’analyser ce film car, à défaut de multiplier les fausses pistes et d’atteindre son climax par une quelconque révélation finale censée tout bouleverser, Moon se doit d’être apprivoisé dans sa (courte) durée pour, progressivement, y revenir et en apprécier les nuances. Loin des ressorts mécaniques éprouvés par M.Night Shyamalan (Sixième sens, Le village, Phénomènes), la trame coupe court à toutes théories à suspense pour devenir un vrai film libertaire. Il ne s’agit donc pas, comme on pourrait le croire, d’un croisement entre 2001, l’Odyssée de l’espace et Shining, c’est-à-dire d’un film qui disserterait autour de l’obsession d’un homme dans un espace clos et qui finit par en perdre (ou non) la raison. Moon emprunte le postulat inverse. Il parle d’un être qui retrouve son humanité après avoir tourné trop longtemps dans sa cage.

Doté d’un petit budget, Moon surprend par sa maîtrise géo-cinématographique et son méticuleux choix du cadre. Alors que l’on serait en droit de s’attendre à un film qui multiplierait les plans de grands espaces oniriques, Duncan Jones équilibre sa mise en scène en primant sur l’évolution de son personnage, isolé sur lui-même, et sur la sensation d’enfermement dans un espace aussi démesuré que silencieux. Pour autant, Moon n’a rien d’un film austère et d’une lenteur suspendue. Son intérêt réside entre autres sur notre aptitude à réagir face à la vérité que sur la notion de vérité en elle-même. Profitons d’ailleurs pour saluer la brillante performance de Sam Rockwell (découvert dans Confessions d’un homme dangereux de George Clooney) qui prouve une fois de plus qu’il demeure l’un des acteurs hollywoodiens les plus sous-employés. Sans en dévoiler davantage, Moon se doit absolument d’être redécouvert car, en plus d’être une œuvre à l’atmosphère unique, il insiste sur l’importance de faire valoir son unicité. Non par suffisance humaine mais pour souligner l’importance du libre-arbitre dans un monde uniformisé, trop empêtré dans ses idéologies économiques et ses belles formules politiquement correctes.

Combinaison, manœuvres techniques et autres pas gravitanionnels par
Jeoffroy Vincent

moon-duncan-jonesMoon (Royaume-Uni, 2009, 97 minutes).

Réalisation : Duncan Jones Scénario : Nathan Parker et Duncan Jones d’après son histoire. Avec Sam Rockwell  (Sam Bell) et Kevin Spacey (voix de Gerty le robot)

Le site officiel du film

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2 réflexions sur « Moon – Sam Bell contre le reste de l’espace »

  1. Un film de SF qui emprunte aux classiques du genre (Alien, 2001, Total Recall, Blade Runner) pour prendre une voie nouvelle et surprenante en tout point. Un pur régal ! A redécouvrir, comme tu dis. D’ailleurs, j’y vais de ce pas ! 😉

    Et un super article au passage !

    Aimé par 1 personne

  2. Merci Phil 🙂

    Oui Moon emprunte mais il possède en son écrin un joyau narratif assez original je trouve. Et qui dépasse le simple gimmick de base, ce que Duncan Jones n’arrivera pas – ou moyennement- à faire avec son deuxième long-métrage, Source Code, pourtant très prometteur sur le papier…

    Aimé par 1 personne

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