The Verve – Urban hymns, au coeur de la bataille

The Verve Urban Hymns
© Virgin Records

1997, Royaume-Uni.

Pendant que quelques journalistes zélés qualifient de «britpop» la recrudescence de groupes prenant plumes et guitares pour s’exprimer musicalement, entre Blur et Oasis, c’est la guerre, la bataille absolue. La tribu Gallagher devrait craindre leurs ainés, Damon et Graham, si ce n’est les respecter, mais elle n’en a cure. Pompant sans vergogne sur les canons de la pop allumés par Lennon ou McCartney, affichant une arrogance agressive à nulle autre pareille («The Beatles are good, Oasis is much better» disaient-ils), Oasis vide tout son contenu créatif en deux albums seulement. Tant et si bien que l’on comprend rapidement que les deux frangins n’arriveront jamais à dépasser le cap de leurs influences, ne serait-ce que pour gagner du terrain en dehors des tabloïds. Preuve symbolique s’il en est, sur la pochette de Be here now, une Roll Royce est noyée dans une luxueuse piscine. Aux dernières nouvelles, non seulement le véhicule n’a toujours pas été sorti mais on pense y voir là l’origine de l’éternelle discorde entre Liam et Noel qui déboucha sur la séparation que l’on sait. De son côté, Blur brouille les pistes, et livre avec leur album éponyme un condensé stratégique de styles amplifiés : un sommet explosif et protéiforme dans leur discographie. Or, cette année-là, ce n’est ni Blur ni Oasis qui remporta la victoire mais The Verve. Un groupe à l’équilibre si fragile qu’il ne se remettra pas d’avoir damé le pion à deux mastodontes en un seul disque. Pas même Richard Ashcroft, drôle d’olibrius pas glamour pour un sou, et dont la carrière solo ne décollera jamais véritablement…

Le disque, parlons-en tiens. On aurait tort, mais vraiment tort, de résumer Urban Hymns aux nombreux tubes qui furent multi-diffusés à la radio. Urban hymns vaut bien plus que Bitter Sweet Symphony, Sonnet ou The drugs don’t work, ballades bien gentilles sous tous rapports et à l’architecture sans failles. Rien que The Rolling People est un pas en dehors des clous qui vaut son pesant de cacahouètes pour ses brisures de rythmes, ses élans anarchiques débordants, et qui laissent derrière elle des pelures électriques un peu partout. Encore mieux: Catching the butterfly, titre onirique au psychédélisme cotonneux qui vous donne l’appréciable sensation de flotter au-dessus d’un déluge de couleurs, et d’atterrir lentement le long d’une plage mélodique infiniment étendue. Le tout de manière parfaitement légal, et sans avoir pris aucune drogue. Entendons-nous bien : par bien des aspects, et ne serait-ce que par son propre titre, Urban hymns est un disque pop calibré pour cartonner, se situant à mi-chemin entre l’envie frénétique d’imposer à chaque quart de piste un riff bien cadré (tel Lucky man) et l’ambition d’offrir une musique moins terre à terre. Accessible certes, mais qui s’autorise des digressions jubilatoires, longues et étirées jusqu’à la seconde près, tout en visant les cieux. Plus on les écoute, plus les compositions de The Verve nous égarent dans des méandres complexes, aux recoins aussi obscurs que lumineux, et tout à fait passionnants. Parce que The Verve, c’est ça aussi : faire diversion. Créer une sensation d’énergie galvanisante, familière, mais qui déboussole ensuite les schémas ou les attentes par l’immersion d’une lenteur inattendue, complètement assumée.

Imperturbable puis électrique, la voix d’Ashcroft donne du corps à cet instinct qui nous pousse irrémédiablement à vouloir chercher un refuge en pleine tempête. Avant d’abandonner. Pour mieux se ressaisir et recommencer. Enfin.

scansions par
Jeoffroy Vincent

Urban hymns (Vernon Yard, Hut Records,Virgin Records).

Disponible depuis le 29 septembre 1997. En écoute ici.

Le site officiel de The Verve

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s