Interstellar – Vers l’infini et l’au-delà

Le genre : Virée spatiale.
De quoi ça parle : De maïs, de poussière qui se dépose, d’une planète en décomposition, de trous noirs, de mondes parallèles, du temps qui passe, et d’un astronaute ressemblant furieusement à Matthew McConaughey.
Pourquoi on en parle : Parce que vous ne regarderez jamais plus Saturne de la même façon…

Le monde est un trésor mais il nous pousse vers la sortie…
Cooper

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© Warner Bros/ Paramount

Même lorsqu’il était à la tête de budgets hauts de 2 $50 (Following ou Memento), la capacité de Christopher Nolan à mettre en scène des mondes exponentiels (Inception) et des terrains de jeux de massacres, qu’ils soient urbains (la trilogie Batman), ruraux (Insomnia) ou théâtraux (Le Prestige), laissait finalement peu de place à l’émotion. L’humain y était souvent faillible, fragile, corruptible ou apathique, et on en revenait presque toujours à ce même constat : les visions crépusculaires de Nolan faisaient de lui un réalisateur indéniablement doué, où l’intime finissait par être terrassé par l’immense.

On pouvait se laisser porter, séduire par ce style grandiose – quoique froid et clinique- mais pour ce qui était des sentiments, mieux valait passer son chemin et se louer un bon vieux mélo des familles. Les critiques n’aimant rien d’autre que de cataloguer les petits nouveaux avec des filiations prestigieuses, parfois prématurées, on affirma de Nolan qu’il était le disciple de Stanley Kubrick et de Tarkovski réunis. Un réalisateur cérébral. Le seul capable de se hisser à la tête du box-office tout en imposant à un public gavé de super héros des films à l’ambition manifeste, susceptibles de ramener les spectateurs à cette époque bénie où les majors alliaient le divertissement de masse avec, parfois, aussi, de la réflexion.

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© Warner Bros/ Paramount

L’ironie du sort veut qu’Interstellar porte l’empreinte discrète mais prégnante de Steven Spielberg; le réalisateur d’ET fut, d’ailleurs, un temps associé au projet. Son postulat de départ (face à une déliquescence des ressources naturelles, l’Homme doit trouver un autre territoire que la Terre pour survivre) rappelle les évènements météorologiques du Dust Bowl, que l’Amérique connut pendant La Grande Dépression, et qui se manifestaient par des tempêtes de poussières dues aux surlabourages. Si l’écho historique n’est pas anodin – en termes de symbolique, notre monde est un espace entièrement dédié à la surconsommation- il permet également de donner au personnage joué par Matthew McConaughey (très sobre, et ressemblant décidément de plus en plus à Paul Newman) la trempe d’un héros tel que Spielberg les affectionne. À savoir ? À savoir un père de famille ordinaire qui s’apprête à avoir un destin extraordinaire. Un homme de la terre. Un fermier. Un type éminemment sympathique, dévoué, drôle, américain (dans le bon sens du terme), humble et altruiste. Là où le film surprend – dans un premier temps- c’est dans cette manière de prendre à rebours ce que le réalisateur anglais avait pour habitude de nous montrer: dans Interstellar, l’Humain, même infiniment petit, reste à l’épicentre de l’immensité; et pour cause, il est l’objectif premier de la mission qui pousse Cooper à abandonner sa famille pour sauver le monde…

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© Warner Bros/ Paramount

Sans doute fallait-il à Nolan une histoire lui permettant de quitter la Terre pour lâcher la bride et s’autoriser, enfin, l’embrassade sincère d’une histoire prônant l’importance d’avoir du cœur dans un monde de raison. Le tout, sans renier la grandeur et l’immensité de ces espaces où tout est possible. Car bien que s’appuyant avec sérieux sur le travail du physicien Kip Thorne, consultant du film, Interstellar place l’émotion au cœur du voyage qu’il propose. Plus les astronautes s’éloignent des êtres qu’ils aiment, plus Nolan redouble de foi dans ce sentiment d’empathie et d’amour qui unit l’équipage. Le film étonne également par son absence volontaire de sensationnalisme, privilégiant la poésie d’images « inédites » aux scènes d’actions ébouriffantes. En témoigne notamment ce passage d’une déconcertante beauté: on y voit Cooper circuler dans le vaisseau, détendu, les écouteurs aux oreilles. Il s’arrête pour discuter avec Romilly, l’un de ses compagnons de voyage. Le scientifique, visiblement anxieux, avoue être angoissé quant à l’immensité sourde et mortelle qui se cache derrière le mur de sa cabine. Cooper lui explique que la majorité des explorateurs, du temps où ceux-ci voyageaient par bateau, ne savaient pas nager. Mais ils y allaient, mus par un irrépressible désir d’aller voir à quoi ressemblait l’ailleurs. Et Cooper de lui céder alors ses écouteurs qui ne diffusent pas de la musique mais un enregistrement où, au loin, l’on entend l’orage et la pluie tomber. Ce son, d’une familiarité bien terrestre, s’enchaîne sur un plan d’ensemble où l’on voit le vaisseau errer au sein de l’immensité des anneaux de Saturne. Et c’est magnifique.

On pourra, si l’on veut pinailler, trouver à redire sur l’utilité de certains personnages secondaires, sur la façon dont finalement l’Homme ne peut s’empêcher de reproduire les mêmes schémas qu’il a épuisé ailleurs, ou sur ce court épilogue (tout est relatif lorsque votre film avoisine les trois heures) qui gâche presque l’incroyable force des derniers instants. Néanmoins, le fait est que Interstellar demeure non seulement un grand film de SF mais un magnifique mélodrame. Qui, non content de rendre concret nos rêves d’enfants les plus fous, se fait l’éloge de ce que le cinéma sait faire de mieux : nous transporter.

Combinaisons, théories et programmes appliqués par
Jeoffroy Vincent

Interstellar_ALT_ArtowrkInterstellar (Royaume-Uni/USA, 2014, 169 min).

Produit, coécrit et réalisé par Christopher Nolan. Scénario : Christopher Nolan et Jonathan Nolan. Photographie : Hoyte Van Hoytema. Sociétés de production : Syncopy Films et Lynda Obst Productions.

Avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Michael Caine et Casey Affleck.

En salles depuis le 7 novembre 2014.

Le site du film

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