Fantasio – Un sidekick très discret

fantasioLongtemps il fut celui qui fut à côté. À côté de Spirou, le petit groom rouquin qui, même en devenant reporter, ne voudra pas abandonner son costume de travail. « Par superstition » confiera celui reste son fidèle ami. Puis à côté de Gaston Lagaffe, pour lui rappeler qu’il fallait, encore et toujours, trier le courrier en retard.

Droit comme un i, fumeur de pipe et légendaire défenseur du nœud papillon, Fantasio est un drôle de bonhomme qui se fiche de l’étiquette de faire-valoir qu’on veut bien lui attribuer. Dandy à la blondeur vive, ses mèches capillaires aussi éparpillées que ne peut l’être sa personnalité seraient presque révélatrices de son tempérament affable. Gaffeur, volontiers bougon quand cela est nécessaire, aussi sérieux qu’il peut être plaisantin, Fantasio sort aujourd’hui de sa réserve pour nous parler du métier de journaliste qu’il connut bien, et pour nous confier par la même occasion quelques savoureuses anecdotes.

Vous êtes à la retraite depuis plusieurs années déjà. Comment se passent vos journées ?

Vous me demandez si je m’ennuie et si je me languis de mes années passées à courir le monde en compagnie de Spirou ?

Euh, oui, c’est un peu cela.

Eh bien, disons que je suis assez occupé. J’habite une grande demeure mais je me refuse à m’offrir les services d’un employé pour me l’entretenir. Je m’occupe de mon jardin tous les matins, je collecte quelques éléments issus de mes carnets de reporter que j’envoie aux éditions Dupuis – éléments qui pourront servir ou non de points de départ à de nouvelles aventures en bande dessinées, et j’écris sur ma machine à écrire en fin de journée. C’est important pour moi de continuer cette activité rédactionnelle. C’est comme garder la main.

C’est vous qui suggérez aux scénaristes qui continuent la série de Spirou les éventuelles histoires qui seront racontées ?

Oui, bien sûr ! Il s’agit d’un commun accord entre Spirou, Dupuis et moi-même. Mais, vous savez, je dois peut-être fournir ce qui correspond à 5% du résultat final; le reste, ce sont les scénaristes et les dessinateurs qui fournissent le gros de l’œuvre. N’allez donc pas croire que je suis la source de tous les albums.

Certes, mais vous devez éventuellement faire office de consultant privilégié si jamais, par hasard, les auteurs buteraient sur le déroulement de l’histoire…

Cela peut arriver oui. Mais en général, ils se débrouillent parfaitement sans moi.

Vous dites conserver une activité rédactionnelle. Sur quoi écrivez-vous ?

Oh, je débute à chaque fois des projets de romans qui finissent par former des boules de papier visant exclusivement à remplir ma poubelle. Je n’ai pas la prétention d’être écrivain mais, comme ces personnes qui occupent leurs temps libres à colorier ou à faire du sport, moi j’écris. Cela me détend et vide la tête.

C’est devenu une chance, d’ailleurs, que de pouvoir exercer le métier de journaliste dans des conditions privilégiées. Il y a une précarisation très importante de ce secteur.

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© Dupuis

Vous qui étiez reporter, quel regard portez-vous sur le métier de journaliste ?

Je reste assez distant. Ce métier n’a plus trop à voir avec celui que je pratiquais avant. Il nous arrivait, à Spirou et moi, de partir parfois sans avoir de sujet de reportage en tête et de le trouver en chemin. Bon, bien sûr, il nous arrivait quelques péripéties en plus mais j’ai ce sentiment de moins en moins voir, ou de lire, des évènements et des faits qui soient traités avec une réelle profondeur. Il existe encore cette envie mais j’ai l’impression, fausse ou non, que l’on privilégie plus la rapidité de l’annonce que le traitement des faits. Peut-être est-ce du à l’évolution de notre société où la vitesse du flux d’informations a pris le pas sur son contenu ?

L’effet scoop a toujours existé dans ce métier…

Oui mais il s’est accentué. À mon sens. Il est vrai qu’un scoop peut donner un sérieux coup de fouet à votre carrière. Mais encore faut-il savoir sur quoi on consacre l’effet d’annonce…

Vous vous tenez informé de ce qui se passe dans le monde ?

Bien sûr ! Mais je n’ai pas de conseils particuliers à donner pour réussir dans ce métier. C’est devenu une chance, d’ailleurs, que de pouvoir exercer le métier de journaliste dans des conditions privilégiées. Il y a une précarisation très importante de ce secteur qui multiplie le nombre de stagiaires au profit de contrats plus stables et plus confortables. Je ne dis pas que l’on choisit ce secteur pour l’oisiveté et pour son prestige, mais il me semble important de pouvoir l’exercer tout en pouvant se projeter à long terme dans sa vie privée.

Vous n’êtes donc pas partisan des réseaux sociaux ?

Je ne dis pas cela. Twitter, par exemple, me semble très intéressant dans ce qu’il apporte comme contenus et comme choix que l’on fait de ses propres contenus. Il y a une sélection que l’on établit dès le départ, mais si l’on désire générer de l’information, il faut simplement appréhender cet outil avec un minimum d’investissement et ne pas chercher à tout prix le clic pour le clic.

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© Dupuis

Comment est arrivé le moment où vous êtes devenu le secrétaire de rédaction du journal de Spirou ?

Le privilège de l’expérience. D’avoir démontré mes talents de reporter sur le terrain. Cela va vous surprendre mais je suis d’un naturel assez casanier. Et lorsque Monsieur Dupuis est arrivé avec cette proposition, je l’ai saisie sur le champ. Bon, il faut dire que cela n’a pas été de tout repos. Être secrétaire de rédaction, c’est diriger toute une équipe de personnes plus ou moins compétentes qui n’avancent pas au même rythme que vous désirez. Et pourtant, il faut arriver au même endroit et au même moment, en temps et en heure. Mais j’étais bien entouré : Lebrac, Jeanne, Punelle et même Boulier, le comptable, étaient des gens investis. Même Gaston, finalement, est devenu un ami. Il faut juste ne pas l’avoir comme collègue de travail (rires).

Le courrier était-il autant en retard que cela ?

Vous n’avez pas idée. C’était un calvaire doublé d’un crève-cœur. Un calvaire parce qu’on recevait du courrier qui nous disait qu’on n’avait pas répondu aux précédentes lettres envoyées à la rédaction et un crève-cœur parce que Gaston, qui est un type adorable, ne faisait pas son boulot. Allez l’enguirlander pour qu’il le fasse a fini par me miner le moral; j’ai donc pleinement passé le relais à Prunelle par la suite.

Donc vous, vous êtes casanier ?

Demandez à Spirou. Si je le suivais, c’est parce qu’il fallait bien que quelqu’un raisonne ce garçon. Autrement, je ne sors pratiquement pas. Je vais peu au cinéma et je me rend très peu au théâtre. Je ne sors même pas pour me faire couper les cheveux.

Pourquoi ?

Parce que j’ai une aversion particulière pour les coiffeurs. Je n’aime pas leur conversation. Je n’aime pas leurs jeux de mots pitoyables avec lesquels ils bâtissent leurs enseignes. Je trouve cela horriblement cher et, surtout, comme je ne suis jamais satisfait de leur ouvrage, je n’aime pas ressortir de chez eux avec la furieuse envie que mes cheveux repoussent.

Qu’aimez-vous faire par-dessus tout ?

Concocter des gaufres. C’est simple comme tout de préparer des gaufres. C’est simple, c’est agréable, ça emplit la maison d’un parfum délectable et cela vous met en liesse. Pour peu que vous invitiez des amis à boire le thé ou un chocolat chaud en même temps, vous êtes le roi du monde.

Propos faussement recueillis par Jeoffroy Vincent

 

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