Astérix : Le Domaine des dieux – Fabula est prospere

Le genre : Dessinanimix.
De quoi ça parle : De sangliers qui se font rares, de gaulois qui se romanisent, de romains qui s’humanisent, de glands qui poussent comme des arbres, d’esclaves et de légionnaires qui parlementent, et puis de toutes ces nouvelles habitations qui pullulent pour gâcher le paysage.
Pourquoi on en parle : Parce qu’il ne va pas sans dire que cette adaptation possède un certain relief.

311841Ce qui frappe d’abord, c’est l’immersion. Certes, on pourra avancer qu’elle est due à une savante et discrète utilisation de la 3D ; technique jusqu’ici réservée à une gadgetisation cinématographique cherchant presqu’uniquement à en mettre littéralement plein la vue. Certes. Mais ici, cette technique est au service d’une esthétique à l’élégance fondamentale. Fondamentale pour deux raisons. La première ? Parce qu’elle est la réponse à «une invitation dans une case» située au cœur d’une œuvre populaire et intelligente. La seconde ? Parce qu’on y croit. On y croit vraiment.

Passées quatre adaptations live de la saga du petit gaulois – dont certaines flirtaient sévèrement avec le kitsch et le mauvais goût [1] – voir Astérix et Obélix déambuler dans la forêt, courir après un sanglier ou mettre des gnons aux romains comme s’il en pleuvait, et y croire, c’est rendre hommage de la meilleure des manières à la noblesse d’esprit qui fulmine sous la plume de René Goscinny et le trait rond, et si stylisé, d’Albert Uderzo. C’est également retrouver ce qui faisait la magie des productions de notre enfance avec ce petit plus de réalisme [2]. Oui, de réalisme. Diplômé de l’école des Gobelins, réfugié chez Pixar pendant deux ans, Louis Clichy insuffle à l’univers de nos armoricains préférés une incroyable maîtrise des décors, des détails et des trognes. Ceci dit, il n’y en a pas que pour les gaulois : les scènes d’intérieur, par exemple, dans le palais de César forment un tout aussi impressionnant que terrifiant. Bien sûr, Alexandre Astier veille au bon grain à moudre de l’ensemble, retrouvant plusieurs thèmes de prédilections qui faisaient tout le sel de sa série Kaamelott. Bizarrement, ce n’est pas tellement par son sens affûté de la joute verbale que se distingue Astier dans cet univers aussi familier que ne l’est celui d’Astérix. Là où il pose sa patte, c’est dans la peinture de clans (romains ou gaulois) qui flirtent malgré eux avec leur propre faiblesse et l’incompréhension : conversations absurdes, quiproquos et autres malentendus générant bourdes, bévues et d’inévitables disputes fortes en gueules.

© SND/ M6
© SND/ M6

Ce qui demeure également très appréciable reste cette propension à avoir limité l’anachronisme (autre trait liant aussi bien Goscinny qu’Astier) et les calembours : le film ne repose pas sur une accumulation de vannes et de gags qui forceraient le trait et qui, à eux seuls, justifieraient l’achat d’un billet. À bien des égards, d’ailleurs, Astérix : Le Domaine des dieux n’est pas forcément hilarant. À l’instar de la trame d’Obélix & Compagnie, relecture crépusculaire de la même thématique, il est même profondément dramatique. Il s’évertue patiemment à poser un à un les jalons d’un récit où les conflits reposent sur des enjeux terriblement humains, et où les astuces, telle l’utilisation de l’incontournable potion magique, ne forment jamais des solutions de facilité. Évidemment, l’on sait bien que tout se terminera autour du traditionnel banquet où les sangliers, enfin, seront de retour pour se faire joyeusement rôtir. Mais la beauté, et la réussite tacite de cette adaptation, réside dans le message qu’Astier passe en douceur dans le dernier acte : peu importe comment, la victoire devient pleinement belle que lorsqu’elle est portée par un élan collectif, aussi précipité fut-ce ce dernier.

Le secret de la potion magique, et de notre attachement éternel aux héros, résiderait-il dans ce principe ? C’est pas faux, comme dirait l’autre…

Exercicecritix par
Jeoffroy Vincent

[1] Souvenez-vous des horribles postiches de Claude Zidi et de cet interminable défilé de stars qui concluaient Astérix aux Jeux Olympiques.
[2]
Ce qui, entendons-nous bien, n’empêche nullement à la fantaisie de reprendre ses droits lorsqu’il le faut.

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