Willow – L’histoire d’un pec

Le genre: Multi-diffusé à Noël.
De quoi ça parle: D’un petit fermier qui trouve un berceau avec une petite fille dedans, d’une vilaine reine qui ressemble à la sorcière de Blanche-Neige, d’un guerrier au grand cœur doté d’un improbable look capillaire, de trolls, et de cette éternelle lutte entre le Bien et le Mal qui se passe, ici, dans une franche bonne humeur.
Pourquoi on en parle: Parce que rares sont les films de jeunesse qui vieillissent bien.

Pec (nom masculin) : Surnom discourtois formulé par les Daikinis, grandes créatures à hauteur d’hommes, envers les Nelwyns, peuplade de gens de petites tailles.

willow-posterIl n’y a pas si longtemps, c’est-à-dire au siècle dernier, à cette époque où Hollywood ne se reposait pas autant sur les fonds verts et autres CGI pour bâtir la narration de ses histoires, existait un producteur zélé auteur de deux des plus grandes franchises que le cinéma américain ait jamais porté. George Lucas – car tel était son nom – n’avait pas encore pris la décision regrettable de saborder sciemment l’une de ces franchises et offrait à qui voulait ses dollars pour des films aussi différents que Kagemusha (Akira Kurosawa), Tucker (Francis Ford Coppola) ou Howard, une nouvelle race de héros (Willard Huyck)[1]. C’était l’époque où l’on osait encore fabriquer des divertissements commerciaux, tout en omettant point d’y ajouter un scénario : on allait au cinéma autant pour réfléchir que se divertir en mangeant du pop corn.

Dans le lot des productions de cette ère reaganienne (Les Goonies, Gremlins, Retour vers le futur, Indiana Jones), Willow forme presque un cas à part. Mésestimé à sa sortie, pas assez rentable selon l’ami Georgie, le film a fini par acquérir un capital sympathie qui dépasse le simple cadre nostalgique pour, enfin, être plébiscité à sa juste valeur. Si Richard Donner, Joe Dante, Robert Zemeckis ou Steven Spielberg ont fini par imposer leur signature auprès des producteurs pour mettre en scène leurs films de manière éminemment personnelle, Lucas a beau placer Ron Howard, l’ancien Richie Cunningham de la série Happy days, derrière la caméra, on sent sa patte dans les recoins des moindres plans qui se déroulent devant nous. Plus que les références empruntées (et assumées) au Hobbit de JRR Tolkien, même si la magie et la tonalité féerique déjà présentes dans la saga Star Wars entourent joliment l’âme dramatique du récit, le souci du grandiose cher à George Lucas s’épanouit au fil d’une aventure au rythme soutenu et, surtout, d’un comique réjouissant. Telle est la véritable réussite de cette production: avant d’être un patchwork héroïque et fantaisiste, Willow demeure un roadtrip déconneur, cocasse, foisonnant de vannes d’une galaxie lointaine, très lointaine, et transporté par la musique efficace de James Horner.

Willow : Tu vois ce gland? Je te le lance et tu te changes en pierre…
Madmartigan : Oh mon Dieu, j’ai peur, arrête. Au secours, au secours, j’ai un pec qui me menace, il a un gland dans la main !

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Rool et Franjean. Ou Hulu et Berlu pour les intimes…

L’argument, ici, est simple : il s’agit de ramener un nourrisson au destin prophétique hors du village Nelwyn dans lequel habite Willow. À l’instar de La Communauté de l’Anneau, au fur et à mesure qu’avance cette randonnée en terrain périlleux, se constitue, pour remplir l’objectif de cette mission, un groupe dans lequel l’association des personnalités contraires donne lieu à moults gags et situations rocambolesques. Quelques exemples ? Le nourrisson en écharpe, les personnages se travestissent dans un tripot, utilisent des boucliers comme des luges avant de se transformer en congère, tombent inopinément amoureux de chats sous l’emprise de « la poudre des cœurs brisés« , s’échappent dans une charrette brinquebalante ou manquent de se noyer dans des futs de bière.

WILLOW
Madmartigan, prenant la pose avant d’affronter un dragon à trois têtes. Tranquille…

Autour, donc, de Willow gravite une bande loufoque de joyeux drilles prêts à braver le danger pour contrer les plans (évidemment) maléfiques la reine Bavmorda [2]. Fées, dragons, magiciens, vilains guerriers aux casques faits de crâne… aucun élément ne manque à l’appel. Au sein de cette bande de parias magnifiques, c’est l’impayable Madmartigan, improbable rencontre entre un samouraï échevelé et un chevalier charismatique, qui incarne la vis comica de ce conte au tracé balisé mais délicieusement familier.

Tout comme Han Solo chipait la vedette à Luke Skywalker, Madmartigan est l’incarnation même du personnage autocentré, faussement individualiste, qui va se révéler dans ce qui pourrait être une cause perdue d’avance. Maladroit, malhabile mais brave et vaillant, sa reconversion altruiste et la drôle d’amitié qui va le lier à Willow font de ce personnage bigarré l’argument majeur, et sans doute l’excuse que l’on avance volontiers pour voir, et revoir, et (re)revoir ce classique devenu culte. Qui, sans mièvrerie et avec une émotion parfois inattendue [3], prône le dépassement de soi.

Formules magiques incantées par
Jeoffroy Vincent

willow-posterWillow (USA, 1988, 126 min).
Réalisation : Ron Howard. Scénario : Bob Dolman, d’après une histoire de George Lucas. Musique : James Horner. Avec Val Kilmer, Warwick Davis, Joanne Whalley, Jean Marsh, Patricia Hayes et Kevin Pollak.

Disponible en DVD/Bluray.

[1] : Non, votre bienaimé serviteur a beau avoir une certaine culture cinématographique, il a tout de même du rechercher sur Wikipedia pour vous donner le nom du réalisateur de cet improbable film.
[2] : Patronyme phonétiquement malfaisant, il est vrai.
[3] : Ah, cette scène où l’épouse de Willow confie sa natte coupée pour porter chance à son mari…

crédit photos Metro-Goldwyn-Mayer ; United International Pictures

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2 réflexions sur « Willow – L’histoire d’un pec »

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