Oasis – (Morning Glory) Jusqu’à plus soif

Oasis - Morning gloryAvec le temps, comme disait l’autre. La mémoire possède ceci de sélectif qu’elle ne retient que ce que lui semble juste. Il lui faut toujours du recul pour faire un tri judicieux (subjectif ?) qui sépare le bon grain de l’ivraie. Cinq ans ou presque après qu’Oasis ait brutalement siphonné l’eau du bain artistique dans laquelle il surnageait plus ou moins adroitement, en dépit des récurrentes bourrasques qui secouèrent la carrière des frères Gallagher à chacune de leurs frasques – frasques dont les médias se repaissaient bien plus que la parution de nouveaux disques – et des inévitables parcours solos [1] qui s’en sont suivis, même le plus ardu des assaillants de la formation mancunienne doit se rendre à l’évidence : Definitely maybe et (What’s the story) Morning Glory ? demeurent toujours les deux albums les plus importants de la pop anglaise des années 90. Qu’un tel impact puisse encore se ressentir plus de deux décennies plus tard n’est pas uniquement le fruit du hasard; même s’il faut reconnaître que les Gallagher Bros n’ont rien inventé (lorsqu’on écoute le début de Don’t look back in anger, similaire à l’introduction immédiatement reconnaissable d’Imagine, on peut carrément dire qu’ils pompent allégrement et sans vergogne), combien d’autres groupes possédant un savoir-faire aussi efficace peuvent revendiquer d’avoir marqué la planète entière en seulement deux albums ? Travis ? Starsailor ? Coldplay ? Keane ? The Verve ? Blur ? La réponse étant quasiment évidente, le débat reste courtoisement ouvert…

Morning Glory 7
Oasis. Avec Noel en train de susurrer au mégaphone qu’en fait c’est lui le cerveau.

Avant même leur séparation prévisible et inattendue à la fois [2], Liam et Noel ne brillaient pas particulièrement par leur sympathie : leur extraordinaire arrogance mise de côté, si l’un n’était pas d’accord avec l’autre, l’autre donnait fréquemment à l’un quelques beignes du meilleur cru. Et s’en vantait publiquement. Une attitude peu orthodoxe dans un univers pourtant habitué à ce genre de codes (alcool, came et autres débordements) mais qui ne collait pas, ou peu, avec l’emballage sucré qui entourait leurs chansons. Tandis que Oasis était coutumier d’exposer en coulisses une relation fraternelle belliqueuse, sur scène et sur disque, c’était un groupe loin d’être aussi beauf. Impétueux certes, hautain parfois, mais jovial également, et à la dynamique presque tendre. Sans se donner l’air de suer une goutte d’effort, Oasis catalysait – condensait- le meilleur des influences musicales dans un pays oh combien prolixe en formations du même genre. Et pour cause : biberonné aux Smith, aux La’s, aux Rolling Stones et aux Beatles, les frères Gallagher n’avaient formé un groupe de musique que pour deux seuls buts : s’échapper de Manchester et se frayer un chemin vers la célébrité. Peu importe comment, tant que le trajet resterait rapide. Un souhait exaucé presque instantanément, mais qui se paya au prix fort d’une assurance démesurée où Be here now, album à la création chaotique, orgiaque pour ne pas dire kamikaze, essuya sévèrement les plâtres.

La suite ? Hormis quelques titres à la réussite presque volée, elle ne fut ni du même goût ni à la hauteur équivalente de cet étendard à multi-tubes qu’est Morning Glory. Il faut dire que l’on ne pardonne guère aux rock stars qui fanfaronnent aussi fort avant de trébucher dans les fils de leurs guitares électriques et de leur risible prétention. Qu’importe, finalement, puisque avec Morning Glory, Oasis atteint ce que l’on peut tout simplement nommer la perfection. Le cap réputé ardu du deuxième album s’effectue avec une désinvolture à l’image des frangins : insolente. Insolente mais non sans charme. Comment ne pas succomber aux roulis de Roll with it, dont la légère quinte de toux finale perceptible en fond sonore s’enchaîne sur les six accords simplement magistraux de Wonderwall ? Wonderwall, tiens, qui doit probablement posséder le titre de la plus belle ballade romantique de ces… quoi, deux dernières décennies ? Une fois de plus, tout comme il n’y eut ni hasard ni surprise à ce que la qualité de cet album perdure, il n’y eut ni hasard ni surprise à voir cet équilibre entre un rock distordu, étiré puis pressé jusqu’à la dernière goutte, et une pop racée se briser aussi brutalement qu’il n’avait vu le jour. À terme, il était presque impossible que pareille recette ne puisse rassasier l’idiotie latente qui agitait ces faux frères mais vrais ennemis. Après tout, on n’achève pas un tel album par une chanson intitulée Champagne Supernova sans posséder un brin d’ironie.

L’ironie, justement, voulut qu’en pleine promotion de leur premier disque, Liam Gallagher, prémonitoire, annonça dans une interview accordée aux Inrocks : « Maintenant si Oasis doit finir dans le mur, alors je crèverai en même temps que le groupe. Et si crash il doit y avoir, alors ce sera le plus grand de tous les temps ». Tout était dit. Il n’y avait qu’à lire dans les étoiles…

what's the story morning glory wallpaper(What’s the Story) Morning Glory? est sorti le 2 octobre 1995 chez Creation Records.
Si vous ne l’avez pas encore écouté, ceci est possible en cliquant ici.

Glucose, colorants et autres agents de saveurs fournis
par Jeoffroy Vincent

[1] : Beady Eye pour Liam et Noel Gallagher’s Flying Birds… pour Noel (of course).
[2] : Programmés pour jouer le 28 août 2009 au festival Rock en Seine, les Gallagher Bros décident de se séparer après une ultime bagarre – et après avoir fait patienter de nombreux fans. À ce jour, personne ne sait qui a mis la dernière beigne.

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