Whiskeytown – Ryan Adams et ses amis

Whiskeytown-Strangers_Almanac-FrontalAvant d’être un prolifique songwriter folk reconnu Outre-Atlantique, publiant parfois jusqu’à trois albums par an, Ryan Adams eut, comme beaucoup de ses pairs, un groupe de jeunesse. N’allez pas croire pour autant qu’il s’agisse là d’un détail qui mériterait d’être relégué au placard au profit d’un parcours solo immensément plus vaste, ou bien une sorte de cas d’étude, d’objet de curiosité attisant l’intérêt du fan le plus ardent qui tenterait de décoder, dans tous débuts prometteurs, les marques et les thèmes de l’artiste adulé. Ne serait-ce que pour son démarrage chaotique sur les chapeaux de roues [1], Whiskeytown mérite déjà que l’on s’attarde sur sa (forcément) courte discographie. Avec le recul, il est même étonnant de voir à quel point ce groupe, qui connut son heure de gloire nationale et commerciale aux débuts des années 90, s’est construit un parcours artistique mouvementé en complète opposition avec les mélodies calmes et apaisées de leur répertoire.

A l’époque, Ryan Adams, 22 ans au compteur, est crédité du nom de David Ryan Adams sur le livret de l’album Strangers Almanac. Surtout, il possède déjà une tendance presque insolente à composer avec facilité des chansons folks à la poésie brute [2]. Repéré par David Geffen, dont l’illustre patronyme au sein de l’industrie musicale affole sans doute l’ambition du petit Ryan, le groupe signe en 1997 et enchaîne sur la production de l’album dans la foulée d’une année où les sessions d’enregistrements furent, aux dires des témoignages, pour le moins mouvementées. En effet, les directions ne convergent pas forcément dans le même sens, surtout celui d’Adams, qui s’attache vite à imposer sa définition personnelle d’une composition acoustique. Bref, si en coulisses tout semble aller droit dans le mur, le producteur Jim Scott parvient tant bien que mal à tempérer l’esprit de tempête qui résonne en studio. D’une délicatesse sans fards, si cet équilibre entre beau fixe et orages bruts est le relief de ce qu’il se trame en coulisses, paradoxalement, la météo variable qui ambiance les ballades sentimentales jusqu’aux chansons douces et passionnées est de toute beauté. S’écoutant comme une vraie traversée romantique, Strangers Almanac est un album qui porte aux nues son amour pour l’alliage de la folk et de la country, s’essayant même à une forme de rock débraillé qui ose rompre sa délicieuse vitesse de croisière.

Bien sûr, on sera tenté de retrouver ci et là la signature de l’ami Ryan, notamment au fil de chansons autour de confusions sentimentales souvent noyées par des lendemains éthyliques dans des bars paumés. On pourra également, simplement, apprécier l’apport de Caitlin Cary aux chœurs et au violon, la grandeur simple de morceaux comme Inn Town (splendide ouverture ébréchant l’horizon), Losering (lancinant et lumineux crescendo échafaudé sur un néologisme), Somebody remember the roses, Dancing with the women at the bar, imparables démonstrations de force de la part du petit prodige chevelu issu de la Caroline du Nord. Mais de cet album, où l’idée de collectif fut sans doute atteint mais partiellement dilué dans une bonne gueule de bois, il faut retenir cette perle absolue qu’est Avenues. Inoxydable partition, magnifique nouvelle désabusée à l’espoir relatif, tout, dans cet écrin d’à peine plus de deux minutes, brille de mille feux. Sans doute parce que, quelque part, tout Ryan Adams s’y contient sans que, pour autant, on puisse se saisir du reflet flamboyant qui l’anime.

Verres, tournées, syntaxes folkeuses et syncopées de grammaire par
Jeoffroy Vincent

[1] Départs multiples et instantanés, entrainant un changement du line up presque permanent, y compris en pleine tournée.
[2]: Tendance qui ne s’estompera pas avec les années puisque, comme énoncé plus haut, Ryan Adams publiera pas moins de huit albums en l’espace de cinq ans(!).

Whiskeytown-Strangers_Almanac-FrontalStrangers Almanac (Geffen/Outpost).
Album paru le 29 juillet 1997 (édité ensuite sous une version Deluxe le 4 mars 2008).
En écoute ici.

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