Alexandre Astier – Du savoir, du savoir-faire et du faire-savoir

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J’aimerais bien que de temps en temps, sur les grandes chaines, on puisse voir des gens brillants qui nous inspirent quelque chose. Qui aient un truc de plus que nous, qui nous filent l’envie de comprendre des trucs sur le monde, sur ce qu’on est. Parce que de mettre en scène, comme cela, le discours abscons et la médiocrité, ça me saoule…

Invité il y a quelques années à une table aussi plate que ne pouvait l’être l’émission éponyme de Jean-Marc Morandini, Alexandre Astier tenta à l’époque de mettre un peu de rondeur intellectuelle quant à la place de la télé-réalité dans notre quotidien. Et, par extension, du divertissement et de l’exigence en général. La réponse qu’Astier asséna face à ses convives à la mine aussi étonnée qu’interdite porte en elle la flamboyance qui, d’études de musique au théâtre en passant par la télévision et quelques crochets via le cinéma, propulse sa carrière depuis ses débuts. Une carrière n’hésitant pas à faire le grand écart entre les genres et témoignant d’une appétence forte pour une multitude de domaines. Oui, c’est peu de dire qu’Alexandre Astier est un adepte de la pluralité artistique. Un touche-à-tout hésitant ? Un tâtonneur convaincu ? D’aucuns diraient un vrai prodige. Et ils auraient raison. Résumons : à sa diffusion dès 2005, Kaamelott a mis tout le monde d’accord. La chaine M6 y a vu un succès d’audience, le public une bulle d’air les portant loin de leur grisaille, et les critiques la preuve d’un vrai savoir-faire en matière de télévision. Astier ? Lui y a certainement vu de quoi mettre ce qu’il avait envie de voir. De quoi titiller le bord du cadre de notre bonne vieille boite cathodique pour tenter de donner sens à l’espression « agité du bocal ». D’une pastille d’humour initialement choisie pour remplacer le créneau laissé vacant par Caméra Café, Kaamelott est devenue au fil des saisons un vrai feuilleton comique dotée d’une ambition narrative évidente. Et qui, en cours de chemin, opéra une mutation aussi réussie que culottée, la série s’allongeant en durée pour finir sur un format de 45 minutes par épisode. Le ton aussi évolua, passant d’un humour franchouillard à celui d’une dramédie sensible et même poignante par moments. Forte de ses cinq millions de téléspectateurs par épisode, Kaamelott demeure plus qu’un simple cas d’école qui servirait d’exemple à quiconque voulant produire un divertissement populaire et érudit : la série incarne également la clé d’une maitrise créatrice totale, confortant son créateur dans sa démarche d’explorer le champ d’autres possibles en toute liberté.

QueteDuSavoirCar il y a bien, chez Astier, la présence d’une démarche. Peu lisible au départ et pourtant très claire par la suite. Dans son excellent ouvrage consacré à la série, Nicolas Trufinet aborde la thématique du savoir qui irrigue Kaamelott de part en part; la quête du Graal devenant une sorte de route métaphorique vers la pédagogie, la connaissance et, par là-même, le progrès. De fait, toute la répartie d’Astier citée ci-dessus résonne d’autant plus fort qu’elle provient de la bouche d’un type qui vénère Louis De Funès et Pierre Mondy comme des idoles sacrées, et qui déclame à qui veut l’entendre qu’il regarde au moins un à deux films dialogués par Michel Audiard par semaine. Un type qui ne considère pas le divertissement comme quelque chose d’infamant mais tel un support permettant de passer du bon temps sans forcément dénigrer l’intelligence du public auquel il s’adresse. Depuis la suspension de la série qui l’a rendue immensément populaire, Astier emprunte un itinéraire surprenant qui témoigne de sa curiosité pour des univers auxquels on ne l’aurait pas forcément rattachés.

Ainsi, lorsque d’autres comiques s’exercent dans le registre souvent balisé, et répétitif, du one man show, Astier tente d’orienter le seul en scène vers autre chose que la relecture du quotidien et des petits tracas de l’existence. À la fois vif et tragique, Que la joie demeure, son spectacle sur Jean-Sébastien Bach, mettait en scène un compositeur endeuillé qui, entre deux digressions intimistes et touchantes, prodiguait avec véhémence quelques notions de solfège et de grammaire musicale. On assistait là à la prolongation de l’illustre épisode de Kaamelott intitulé La quinte juste où certains des protagonistes débattaient à coup de tierces et d’intervalles chantonnées, tout en usant du vocabulaire approprié.

Tout aussi inattendu, L’exoconférence creuse avec intelligence le même sillon d’intérêt et de curiosité; Astier avouant, dans les interviews qu’il a pu donner à ce sujet, se diriger de préférence vers ce qu’il connait pas. Pour s’informer d’abord, s’enrichir lui-même d’un point de vue personnel avant de pouvoir transmettre ce qu’il a acquis sur un plan artistique. Ce nouveau spectacle questionne donc en riant la vie extraterrestre, revisite le domaine d’un paranormal devenu familier (Roswell, la zone 51…), réinvente de possibles conversations (celle, notamment, entre le jeune Copernic et un membre de la papauté ou celle d’Enrico Fermi et ses comparses), le tout en s’appuyant sur des faits réels, des travaux scientifiques du CNES, et en vulgarisant à merveille, par exemple, la théorie de la relativité. Sans jamais oser prétendre donner la leçon.  On y apprend, entre autres, que la voie lactée aurait le goût de la framboise. Tout cela, pêle-mêle, donne un spectacle où la scène est imaginative, enlevée, fulminante et poétique. Un spectacle qui sonde la place de l’individu sur cette bonne vieille planète et dans lequel Astier incite à orienter notre regard au-dessus de notre petit nombril. Là haut dans les étoiles, vers l’infini et l’au-delà.

Lentilles, télescopes, échantillons étoilées et autres voies lactées lexicales
par Jeoffroy Vincent

ExoconferenceAlexandre Astier – L’exoconférence, en tournée dans toute la France. Dates disponibles ici.

Le site officiel d’Alexandre Astier

 

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