Homeland – Drone nation

Le genre : Bouge pas, reboot, ressuscite.
De quoi ça parle: De géopolitique au Pakistan, de bombes mal ou bien placées, de drones, d’idéaux favorables selon les uns ou les autres, de géopolitique, de drogues aussi fortes que le LSD, d’ambassade sans Ferrero Rocher, de traîtres… et d’espionnage aussi.
Pourquoi on en parle : Parce que c’est encore mieux que bien. De nouveau.

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CET ARTICLE PEUT CONTENIR ET RÉVÉLER DES ÉLÉMENTS DES SAISONS 1 À 3 !

homeland-photo-promotionnelle-de-la-saisonNous vivons dans un monde de fous. À un rythme si effréné et si démentiel que c’est à peine si l’on se souvient que Homeland fut l’une des séries les plus encensées de l’année 2011. Peut-être un peu trop, ou un peu trop rapidement, égard à une fringale des critiques s’enthousiasmant parfois bien vite sur un genre qui, inévitablement, est appelé sur la durée à connaître des hauts et des bas. C’était il y a seulement quatre ans, et l’on découvrait alors ce remake américain d’une série intitulée Hatufim [1] ayant fait grand bruit lors de sa diffusion sur les ondes israéliennes. Signé par deux anciennes plumes de 24 heures chrono, Homeland suscitait alors des éloges critiques dithyrambiques et des analyses thématiques fouillées sur les dérives sécuritaires d’une Amérique se relevant à grand-peine des attentats du 11 septembre; la série récoltant au passage des diverses cérémonies rassemblant le gotha de la télévision américaine une pluie de récompenses venant parfaire ce couronnement médiatique. Aujourd’hui donc, en ces temps où l’offre sérielle est plus que jamais pléthorique, il est difficile de croire que la fiction de Showtime figurait parmi celles qui se devaient d’être suivies sous aucun prétexte, sous peine de passer pour un nigaud en société dans le cas contraire. À défaut de séduire totalement, Homeland suscitait de l’intérêt parce qu’elle dissertait avec un certain brio sur le fait qu’on ne naissait pas terroriste mais qu’on le devenait pour des raisons extrêmement brutales – l’intérêt étant d’appliquer cette thèse en prenant pour exemple le retour délicat à la vie civile du marine Nicholas Brody, parti en Irak lors de la seconde guerre du Golfe, et converti à la religion musulmane pendant sa détention. Les doutes de l’agent de la CIA Carrie Mathison, quant à la véracité du traumatisme du soldat et des raisons réelles de sa libération, ajoutait du suspense mais également une vision assez courageuse de ce sujet sensible où l’on a vite fait de résumer la situation par des clichés raciaux.

Sans doute ébaudis par ce triomphe critique et public, il n’en fallut pas plus pour que les auteurs, l’année suivante, se prirent une bonne volée de bois vert à la hauteur de l’attente démesurée que la deuxième saison suscitait. Grosses ficelles, rebondissements ridicules, excès de rythme et absence de finesse, Homeland manqua complètement le virage de sa poursuite narrative et fut un joli exemple de fiasco en bonne et due forme, où même l’excellence de son casting (Claire Danes, Damian Lewis et Mandy Patinkin) ne servait pas la crédibilité que la série tentait de viser [2]. Enterrée aussi rapidement qu’elle ne fut encensée, la saison 3 se recentra à la fois sur ses atouts (c’est-à-dire son trio de choc Brody + Carrie+ Saul) et proposa une intrigue passionnante, tout en contre-temps et en fausses digressions, dans laquelle la cadence effrénée des premiers instants laissait place à la surprise et l’émotion. Tandis que le récit déroulait le fil rouge d’une trame centrée sur les tractations ambiguës entre la CIA et le terroriste Javadi, le public suivait en alternance les errements existentiels de la fille aînée de Brody, Dana, se remettant difficilement d’une tentative de suicide.

La médiatisation de la culpabilité de son père n’arrangeant pas forcément le choses, on critiqua beaucoup les scènes où intervenait la jeune adolescente, actrice au demeurant très juste, tout en omettant qu’elles étaient in fine l’élément déclencheur de la rédemption du marine. Une rédemption officieuse puisque la mort de Brody, parti au combat pour une mission suicide visant à imposer Javadi à la tête du régime iranien, ne sera pas reconnue aux yeux de la nation. De manière inattendue, culottée, pour ne pas dire kamikaze, Homeland semblait avoir bel et bien vidé toutes ses cartouches. Surtout, elle mettait là une forme de point final mélancolique à son chapitre mouvementé, laissant perplexes les spectateurs quant à la suite de son avenir.

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Brody, les yeux fixés sur le point de mire de sa rédemption…

Il n’y a que des mauvais choix et, pour la première fois, je le réalise seulement maintenant. Rien de bon ne peut arriver dans ce monde pourri que nous nous sommes fabriqués.
Carrie Matthison, Déséquilibres et pouvoirs (saison 4, épisode 8)

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Carrie, ou l’art risqué du tourisme au Pakistan.

De fait, la série pouvait-elle renaître de ses cendres et poursuivre son existence sans l’élément pivot de son identité ? Étonnamment, la surprise débouche sur un oui franc. Et cela in medias res. Déplacée au Pakistan, l’intrigue remise ainsi au placard ses rebondissements à l’emporte-pièce pour analyser la crédibilité de la position américaine en matière de géopolitique internationale. Tirant désormais profit au maximum des capacités techniques des drones – ces drôles de petits aéronefs survolant le ciel et surveillant nos moindres faits et gestes- la CIA continue, quitte à provoquer de sérieux dommages collatéraux, sa traque des ennemis publics. La forme et la mise en scène de la série jouent d’ailleurs beaucoup sur la mise en abyme visuelle des images que les agents observent en permanence, permettant à la fois d’installer, de dérouler et de relancer le fil rouge du récit.

Au sens propre comme au figuré, la saison 4 frappe donc très fort puisqu’elle débute par un échec militaire cuisant, symbolisant tristement l’illusion des USA quant à leur éternelle quête de la sécurité, et dont les répercussions personnelles et professionnelles vont se poursuivre avec pertes et fracas. Le tableau, souvent amer et critique envers une Amérique dépassée, montre une Carrie tempérée dans la douleur jusqu’au bout de ses cheveux blonds : le sentiment d’irritation et d’agacement que l’on pouvait ressentir à l’égard de ce personnage survolté s’efface pour laisser place à une femme déboussolée par le deuil et incapable d’embrasser son nouveau rôle de mère. De là à y lire une métaphore sur la propre logistique des USA, il n’y a donc qu’un pas que les scénaristes franchissent avec une certaine droiture. Moins calqués sur 24 heures chrono et plus hitchockiens que jamais, les épisodes alternent savamment une facture classique (l’éternelle taupe connue du public mais dissimulée au sein de l’ambassade américaine) et des retournements de situations audacieux. Feuilletonesques certes mais plausibles, et qui parviennent à prendre le spectateur à revers; les épisodes 6 à 8 formant une sorte de triptyque dramatique assez redoutable. Tendu comme un arc sec et noueux, le récit lance ses flèches avec verve et efficacité, tout en donnant à de solides seconds rôles (Quinn, notamment) la profondeur qu’ils méritent. De manière globale, Hassad Haqquani étant le nouveau « méchant » de cette saison, Homeland dépeint peut-être mieux que jamais une société condamnée à chasser des terroristes qu’elle a elle-même engendré. Au sein des contrées pakistanaises désertes, le spectaculaire s’efface prudemment devant une actualité qui reste à peine fictionnelle et où l’on peine à entrevoir un quelconque espoir. On a beau savoir qu’au final ceci n’est rien d’autre qu’une série grand public, on aura rarement vu un divertissement mettre en lumière autant de pessimisme.

Mise en orbite syntaxique par
Jeoffroy Vincent

 

homeland-photo-promotionnelle-de-la-saisonHomeland – saison 4 (USA, 2014).
12 épisodes diffusés sur Showtime, entre le 5 octobre et le 21 décembre.
Avec Claire Danes, Mandy Patinkin, Rupert Friend, Tracy Letts, F. Murray Abraham et Suraj Sharma.

Le site officiel de la série
[1] Les saisons 1 et 2 sont désormais disponible en DVD.
[2] Entre nous, le personnage totalement dérangé de Carrie Matheson aurait du être mis sur le banc de touche à l’issue de la saison 1.

 

 

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