The Sixth Gun – Des flingues, des fantômes, et des hommes aussi

Le genre: Nouveau western.
De quoi ça parle: De groupes de personnes mal intentionnées qui poursuivent des personnes plus ou moins bien intentionnées qui, elles-mêmes, sont à la recherche de six armes aux redoutables pouvoirs. Que tout le monde, évidemment, convoite…
Pourquoi on en parle:  Parce que The Sixth Gun n’est pas loin d’être le meilleur comics en activité.

The 6th Gun tome 3D’abord, avant toute chose, rendons à César ce qui appartient presque à César : on se doit de saluer l’extraordinaire travail de publication d’Urban Comics qui, en plus de publier dans nos contrées le catalogue de DC Comics (Batman, Superman, The Flash, Arrow etc.), offre au plus exigeant des lecteurs certainement ce qui ce fait le mieux dans le genre : du plus classique (V pour Vendetta) au plus récent (on vous recommande le superbe Daytripper de Fabio Moon et Gabriel Ba ou encore le très réussi The Wake scénarisé par Scott Snyder). L’excellente maison d’éditions poursuit donc depuis février 2015 la parution de The Sixth Gun dont on avait adoré les deux premiers tomes.

Conçu comme un extraordinaire récit d’aventures mariant adroitement des références populaires telles que Les Mystères de l’Ouest, Jules Verne, Le Seigneur des Anneaux ou encore Indiana Jones, le feuilleton pensé par Cullen Bunn et dessiné par Brian Hurtt raconte la quête de six pistolets aux pouvoirs magiques dont la réunion permettrait d’accéder à un trésor hors du commun. L’histoire, située quelques temps après la guerre de Sécession, et menée tambour battant avec ce qu’il faut d’humour et d’action pétaradante, est une relecture classique mais dynamique de l’éternel combat entre le Bien et le Mal qui secoue le monde depuis la nuit des temps. À l’instar du pays morcelé par les ravages de la guerre, découvre plusieurs groupes d’individus, nécessairement intéressés par le(s) pouvoir(s) que représente(nt) les six armes prodigieuses, sillonnent l’Amérique dans son entier comme on le ferait sur un jeu de plateau. Parmi eux figure le charismatique Drake Sinclair, sorte de dandy de la gâchette au grand cœur. Fort d’un passif trouble (dans une période aussi troublée que ne le fut la guerre de Sécession, c’est presque une évidence), Sinclair est secondé dans sa chasse au trésor par des personnages hauts en couleurs (Becky Montcrief, Billjohn O’Henry ou encore Gord Cantrell) afin de contrer le plan démoniaque du général confédéré Hume; ce dernier étant une espèce de zombie sanguinaire que les pistolets réunis pourraient ramener d’entre les morts.

Certes, énoncé comme cela, il y a de quoi sourire et passer son chemin. Et pourtant !

Gord Cantrell
Gord Cantrell, portant barbe et chapeau.

La grande qualité d’Enchainé, troisième tome de la saga, est précisément de recentrer majoritairement l’intrigue sur les seconds rôles qui structure le récit et sa charpente. Tandis que l’ensemble de cette course collective ne cesse de se déployer tout en s’affinant, Enchainé ralentit légèrement sa cadence effrénée pour s’intéresser de plus près à ce qui fait de The Sixth Gun un récit à la fois totalement ludique dans sa forme et assurément dense dans son fond.  Ainsi, si l’histoire située aux lendemains de la guerre de Sécession demeurait relativement anecdotique, l’époque prend ici un relief plus tragique. L’équilibre du pays étant à reconstruire, il est alors pleinement sensé de lire une histoire où les hommes demeurent divisés par leurs différences et par leurs manières de vouloir reconstruire leur nation. Tout en précisant l’étendue des possibilités des pouvoirs que peut conférer la possession d’un des pistolets, le tome 3 en accentue également la menace. Il offre alors un large et bel espace à Gord Cantrell, dont la trajectoire mise en avant ouvre une brèche dramatique inattendue dans la perspective de cette aventure.

6th gun Les frères de PenanceTout aussi réussi, Les Frères de Penance accorde quant à lui une place plus importante au personnage de Becky. Dans ce quatrième tome, la jeune femme suit la trace de Sinclair pour arriver dans un village énigmatique où les habitants s’abreuvent continuellement à l’eau d’un puits douteux. Évidemment, ce qui apparait toujours sans lien avec la trame générale prend ici un rebond inattendu. Épique par moments, doté d’un rythme assez remarquable lorsqu’il n’est pas éprouvant le reste du temps, cet opus peaufine à merveille la psychologie de tous les personnages qui découvrent peu à peu les enjeux de leur quête. Une quête dont, rappelons-le, l’échelle ne cesse d’augmenter sa perspective dramatique; ce qui n’est pas sans redoubler l’intérêt du lecteur.

Qu’ajouter de plus ? Qu’encore une fois, l’univers artistique dessiné par Brian Hurtt est croqué à la perfection et tranche net avec de nombreux autres ouvrages du même style. Que Cullen Bunn est un as de la narration feuilletonnesque et que The Sixth Gun s’améliore de numéro en numéro. Que tous les personnages, y compris les vilains, ne sont pas réduits à leurs simples fonctions et que rien, rien, ne semble joué d’avance. Que c’est virulent, intense mais non dénoué d’humour. Que, bon sang, la partie peut durer aussi longtemps qu’elle voudra, on prendra le même plaisir à tourner les pages de ce western à l’imaginaire affûté. Et passionnant.

Six coups, cartouches et ceinturons par
Jeoffroy Vincent

The Sixth Gun (Urban Comics) – Scénario: Bunn Cullen – Dessin: Hurtt Brian
– Enchainé (tome 3), paru le 6 février 2015 .
Les Frères de Penance (tome 4), paru le 10 avril 2015.

crédit photo : Urban Comics

 

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