Daredevil – Sonar Man contre le reste du monde

Le genre: La justice est aveugle. Et se bat à mains nues.
De quoi ça parle: D’un avocat atteint de cécité depuis son enfance et qui met des bas noirs sur le visage pour sauver New York d’un large réseau de corruption.
Pourquoi on en parle: Parce que le premier qui cite (encore) Christopher Nolan comme référence aura droit à un gage.

daredevil-tv-series-poster-matt-murdockDernière fiction en date produite et diffusée par Netflix, on peut vraisemblablement dire de Daredevil qu’elle est la première réussite artistique du réseau de streaming américain récemment implanté en France [1]. Certes, elle n’est pas exempte de défauts mais elle demeure malgré ses relatives faiblesses une création intéressante à plus d’un titre. Ne serait-ce que parce qu’elle ne joue pas la carte d’une surenchère pyrotechnique toujours plus destructrice (merci The Avengers) qui caractérise si bien ce type de franchise. Précisément, dans ce contexte ultra compétitif où le spectateur croule sous les propositions audiovisuelles avec des super-héros pour protagonistes (Captain America, Batman vs Superman, Ant-Man etc…), la série s’inspirant du comics créé en 1964 par Stan Lee et Bill Everett tire son épingle du jeu grâce à un traitement contrasté de son personnage et de son environnement. Par bien des aspects, elle réussit là où d’autres séries – Arrow, The FlashMarvel’s Agents of the SHIELD ou même Gotham– échouent sur le long terme.

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Derrière cette silhouette postée devant ce tableau, situé lui-même au deuxième plan, se cache le personnage joué par Vincent d’Onofrio. Wilson Fisk donc…

Pour commencer, son casting ne pioche pas dans la réserve de mannequins ayant troqué leurs talents dramatiques contre un physique avantageux. Evitant le traquenard propre à tout acteur qui se glisse dans la peau de ce genre de personnage, Charlie Cox, déjà repéré par ceux qui ont assidûment suivi Boardwalk Empire, livre une interprétation franche et honnête de Matt Murdock et de son alter ego, c’est-à-dire en ne tombant pas dans la caricature du justicier capable de sauver le monde à lui seul. Son intégrité morale est le terrain d’un conflit intérieur finement acheminé dans laquelle la religion prend une dimension existentielle subtile et nuancée. Face à lui, Vincent d’Onofrio fait du Vincent d’Onofrio, dans le sens où l’on n’attend pas de lui qu’il fasse des bisous à ses adversaires. Massif, imposant, parfois terrifiant, souvent monstrueux [2], l’acteur découvert dans Full Metal Jacket peine toutefois à porter les motivations son personnage de Wilson Fisk sur le long terme. Ceci étant dit, son portrait du Caïd permet d’apporter une soupape presque inattendue dans la dynamique de la série, à savoir celle d’une réalité où les véritables vilains sont ceux qui partent à la conquête du monde en passant par la maîtrise des finances. Sans chercher à servir la cause d’un réalisme quelconque (si tant est que l’on puisse parler de réalisme dans une œuvre où un personnage aveugle possède des sens ultra développés), Daredevil reste crédible pour les méchants qui se dressent sur la route du justicier. Il y a des malfrats, certes, des dealers de drogues, oui, des gangsters, d’accord, mais le principal ennemi demeure surtout le financier qui a la main sur toutes les transactions qui régissent notre petit monde. Tout un symbole qui rapproche le héros davantage de Zorro et de son esprit d’équité sociale.

Douglas Fairbanks jouant Zorro ? Non, Charlie Cox interprétant Daredevil...
Douglas Fairbanks jouant Zorro ? Non, Charlie Cox interprétant Daredevil…

Le Daredevil développée par Drew Goddard et Steven S. DeKnight, tous deux d’anciennes plumes formées à l’école de Buffy contre les vampires, est donc un homme de terrain avant tout, qui n’use aucun gadget si ce n’est de tout son corps comme arme d’attaque. Ce qui fait que les scènes de combat (surtout celles des premiers épisodes) sont aussi percutantes qu’éprouvantes. Et si Daredevil flanque quelques bonnes raclées, il s’en prend également de bonnes; Matt Murdock a beau avoir ses sens ultra développés, il multiplie les points de suture et autres côtes cassées. C’est bel et bien l’homme derrière le masque qui frôle souvent la mort; la démonstration de ses pouvoirs n’étant pas la source inépuisable d’épisodes autonomes où tout finit pour le mieux dans le meilleur des mondes. De fait, et vous l’avez compris, Daredevil s’adresse clairement à un public adulte qu’à celui de la chaîne CW. Sa construction narrative et son identité artistique se rapprochent davantage d’une série policière que d’une série d’aventures fantastique. Mais, si le ton ambiant se veut résolument sombre, Daredevil n’oublie pas qu’elle reste in fine une série de divertissement, parsemant son récit tentaculaire de petites touches d’humour souvent bienvenues (merci Foggy et Elden « Fulton Reed » Nelson ). Elle soigne tous les seconds rôles entourant Charlie Cox avec un souci de l’équilibre tout ce qu’il y a de plus juste: si l’arc narratif entre Ben Ulrich et Karen Page demeure aussi passionnant que la piste que remonte Matt Murdock pour mettre Wilson Fisk derrière les barreaux, il faut également saluer la finesse de l’amour platonique qui lie Fisk à James Wesley, son bras droit et âme damnée. Une fois de plus, sacrée démonstration de l’excellence talentueuse du casting.

Que dire encore ? Que si vous n’êtes pas porté(e) sur les super-héros, vous allez adorer cette série. Que si vous aimez les super-héros, vous allez adorer cette série. Que de toutes les récentes productions Marvel, Daredevil reste la meilleure adaptation de comics actuelle, toute franchise confondue. Que si l’habit ne fait pas le moine, alors le costume ne fait pas le personnage. Et qu’au XXIème siècle, nul besoin de cuirasse ou de bouclier, on peut donc être vêtu d’un simple bas sur le visage et passionner les foules.

Ouie, odorat, vue, goût et toucher syntaxiques par
Jeoffroy Vincent

daredevil-tv-series-poster-matt-murdockMarvel’s Daredevil (USA, 2015, saison 1 – 13 épisodes)

Série télévisée américaine créée par Drew Goddard et Steven S. DeKnight. Avec Charlie Cox, Vincent D’Onofrio, Deborah Ann Woll, Elden Henson, Toby Leonard Moore, Bob Gunton, Vondie Curtis-Hall et Rosario Dawson.

Le site officiel de la série

[1] : House of cards et Orange is the new black ne m’ayant pas du tout convaincus, je précise que je n’ai pas encore vu Bloodline.
[2] : Ah cette fameuse scène de décapitation à coup de portière…

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