Ty Segall – Twins remonte le courant

TS TwinsDans la catégorie « jeune prodige » qui en impose tellement qu’il en devient fascinant, quasiment adopté par tous les rocks critiques depuis son double album Manipulator [1], nul va sans dire que Ty Segall tire assez finement son épingle du jeu. Chez lui, pas de buzz internet sur Youtube avec les compteurs de vues tendus vers la centaine de milliers. Pas de promotion canapé ni de patronyme familier qui viendrait asseoir prématurément une réputation surestimée. Non, rien que du son. Du lourd, du puissant, du vibrant. De celui qui vous secoue si méchamment les neurones qu’il vous retourne l’esprit comme une crêpe sur laquelle on aurait versé de la mélasse chaude. De celui qui vous donne le courage de pogoter dans votre salon à en faire déplacer les meubles, et tant pis si vous devez vous coltinez un ménage monstre ou les protestations exaspérées de vos voisins. Oui, rien que ça. Parce que le début de Twins vous agrippe si violemment par le colbac qu’il vous faut réaliser l’évidence : avec ce disque, pas de demi-mesure. Où vous allez sagement vous soumettre ou vous allez vous débattre. Dans les deux cas, cela vous donne un aperçu du violent déluge qui va s’abattre sur votre pauvre personne.

Pied au plancher sur la pédale de distorsion, Ty Segall est un chien fou qui n’a pas peur de grand-chose. Et qui a suffisamment de talent et de conviction pour ne pas perdre pied dans le courant démentiellement électrique qu’il alimente. Il parait qu’importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse ? You’re the doctor est un bon exemple de rock comme on en fait peu. Court, coquin, impressionnant. Enivrant donc. On se dit que ce type, dont on ne sait guère de choses à part son insatiable soif de musique [2], ne va pas tenir le rythme.  Et peut-être même nous noyer à force de vouloir défier les éléments. On a tort. Album à l’animale sensualité qui déborde de sueur et de sauvagerie (The Hill et Love fuzz, ébouriffantes), Twins électrise même jusque dans ses parties fines (Gold on the shore). Imaginez un peu John Lennon qui ferait l’amour avec David Bowie, et vous aurez une petite idée de ce qui se trame sous les doigts de ce talent brut. Après tout, un album qui commence par une chanson intitulée Thank God for Sinners (« Merci Dieu pour les Pêcheurs » pour les non anglophones) ne peut être mauvais.

Assourdissant, galvanisant, planant, Twins sonne comme une plongée cellophanée sous acide. On en ressort abruti, vidé et complètement dompté. On n’est pas loin d’en redemander.

Solos de signes par
Jeoffroy Vincent

TS TwinsTwins (Drag city/ Fargo).
Disponible depuis le 8 octobre 2012.

Le site officiel de Ty Segall


[1]: Paru en août 2014.
[2]: Californien d’origine, ce multi-instrumentiste alliant la sainte trinité guitare/basse/batterie possède à son actif au moins cinq albums solo et plusieurs formations musicales en parallèles. Le tout à moins de 30 ans.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s