Dawson – Une crique et de vieux copains

DC
© Columbia Tristar/ Sony Pictures

Je pense affirmer sans crainte que c’est la première fois où j’ai donné volontairement de l’audience à TF1. La dernière également, même si j’ai du leur en accorder à l’occasion, c’est-à-dire dès que la chaine diffusait La Grande Vadrouille pour la trente énième centaine de fois. Que voulez-vous, on ne refuse pas ses classiques, même si ceux-ci sont diffusés sur une chaîne qui ne fait rien tant que tronçonner à grand renforts de publicités ce qui a tant soit peu de sacré… Six saisons et quelques dizaines d’années plus tard, dès que j’entends I don’t want to wait de Paula Cole (souvent volontairement, et, je l’avoue, en secret dans mon casque), j’ai obligatoirement une pensée pour mes camarades de lycée. Les vrais, ceux qui m’ont accompagnés jusqu’à l’obtention de mon baccalauréat, et les autres… Dawson, Pacey, Joey, Jen et Jack. Le quintet sacré de Capeside, cette jolie petite ville balnéaire et fictive qui fut le décor de bien des tribulations sentimentales, et autres logorrhées existentielles, me dirigeant fidèlement vers l’âge adulte.Encore aujourd’hui, à de nombreuses reprises, on entend que Dawson pouvait être exaspérante. Parlez série, mentionnez le titre de Dawson dans la conversation, et vous aurez droit à des ricanements (au mieux) ou des soupirs de soulagements (au pire) au sujet d’une série dont, soi-disant, le principal reproche était de ne pas être réaliste. A bien des égards, elle l’était. Mais elle ne le fut pas tout le temps. Il est évident que les héros de Dawson pouvaient être crispants à discourir sans raison, principalement autour du sexe d’ailleurs, et en marchant toujours à reculons envers leurs sentiments ou leurs pulsions. Tout comme il est indiscutable que la fiction développée par Kevin Williamson puis Paul Stupin et Greg Berlanti n’évita pas certains poncifs du genre (l’incompréhension juvénile face au monde adulte, le triangle amoureux, le spleen adolescent, la bande son FM qui met en relief les scènes d’émotions…). Mais, en même temps, si l’on y réfléchit l’espace de deux micro-secondes, vous connaissez beaucoup de lycéens qui, au même âge, ne soient pas crispants ? Les personnages de Beverly Hills, figure tutélaire du teen drama de l’époque, paraissaient-ils plus crédibles avec leurs problèmes de riches californiens ? Il n’y avait guère que Parker Lewis pour projeter une version littéralement plus folle de cette période ingrate du lycée tel que l’on pouvait l’imaginer, ou le fantasmer, vous et moi.Question rhétorique mise à part, vous allez me dire que c’est la nostalgie qui écrit à ma place. Peut-être. Encore que, sur la totalité de ses 128 épisodes, je concède sans résister que tout est loin d’être du même niveau. Si les deux dernières saisons furent clairement du remplissage inutile et larmoyant, les saisons 3 et 4 restent – encore aujourd’hui- de très bonne facture pour une série de ce genre. Certes moins poétiques que ne fut l’incomprise Angela, 15 ans mais plus digestes que ne le fut souvent La vie à cinq, pourtant prometteuse à ses débuts.

Pacey Witter, le héros derrière le héros

Pacey Witter
« On m’a vu en Caroline du Nord/ Sauter au fond des criques » Pacey Witter, revisitant une chanson connue. © Columbia Tristar/ Sony Pictures

En fait, l’ironie concernant la série, c’est que sa véritable raison d’être n’est même pas son personnage principal. Trop moral, trop plat, trop fade. Non, le réel intérêt de Dawson (et de le revoir éventuellement aujourd’hui) est d’observer comment Pacey Witter, le meilleur ami, va lui damer le pion jusqu’à la conclusion de la série. Parce qu’il est l’être imparfait de la bande et qu’il est le seul à ne pas le mettre en avant. Parce qu’il cache sa peur de ne pas réussir, scolairement et professionnellement, sous une attitude désinvolte qui s’associe par des punchlines bien formulées. Pacey Witter, c’est en quelque sorte le Han Solo de Capeside: le genre d’individu sur lequel personne ne parie au début de l’histoire mais qui finit par voler la vedette par son charisme et son humour dévastateur. Le bon copain qui reflète plus que sa bonhomme apparence. Prédestiné aux balbutiements de la série à jouer les faire-valoir comiques, le personnage prend donc vite de l’étoffe, par rapport à un Dawson qui végète sévèrement autour de son nombril. Son indépendance de caractère lui assure une sympathie quasi immédiate auprès du public: Pacey est celui des mauvais coups, celui qui entraîne Dawson à lâcher la bride et à vivre autrement que via ses références cinématographiques. Alors que Dawson demeure un fils unique choyé et aimé de ses deux parents, Pacey est le vilain petit canard qui surnage dans l’eau d’une famille plus instable que celle de ses pairs. Formulé comme cela, oui, c’est touchant. Toujours est-il que les scénaristes comprennent vite le potentiel qu’il y a à développer une intrigue amoureuse combinant les humeurs variables de Dawson, Joey et Pacey. Précisément parce que, s’il reste un clown de première catégorie, Pacey demeure sans doute le seul individu du groupe capable de verbaliser ses pensées romantiques ET d’agir dans la foulée.

La morale du souvenir

Donc ? Ca fait quoi de revoir éventuellement Dawson dix ans après ? Pour tout vous dire, ce n’est pas honteux. Comprendre que lorsque  je tombe sur un épisode en cours, je regarde jusqu’au bout avec un sourire plein de tendresse. Comment pourrais-je couper la parole à un vieux copain que l’on recroise sur le trottoir et avec lequel on va éventuellement prendre un café ? Même si on n’a plus grand chose à se dire. Même si ce n’est que pour le simple plaisir de confronter le temps et de refaire la somme des chemins parcourus. La nostalgie m’aiderait-elle à conclure ? Aussi étrange que cela puisse paraître, avec tous ses défauts, Dawson fut une révélation dans le sens où elle m’apprit l’importance de l’élocution; ce que l’on qualifie d’irréaliste m’aida au contraire à affranchir mon expression et à libérer ma parole; dans un tout autre genre, The Practice m’apprit parallèlement la nécessité de l’argumentation. Rien que pour cela, j’en garde une profonde affection. Elle m’aide également à ne pas regretter cette période où j’avais une dizaine d’années de moins et où tout se ressentait pour la première fois. Elle participe à apprécier cette époque avec un réel recul, tout en gardant en tête la perspective d’un avenir où, peut-être, un jour, je recroiserais un de mes vieux camarades venu se recueillir au bord de sa propre jeunesse.

Aienoouaneway par
Jeoffroy Vincent

DCDawson (Dawson’s Creek, USA, 1998-2003).

Série américaine créée par Kevin Williamson et diffusée sur The WB.
Intégrale disponible en DVD depuis le 25 octobre 2012.

Le site officiel de  Dawson

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11 réflexions sur « Dawson – Une crique et de vieux copains »

  1. En voyant ton article sur Dawson, je me suis dit : soit il va casser la série et c’est sûr il y a de quoi la casser, soit il va en faire l’éloge et bon, bof, comment peut-on défendre cette série sérieusement ? Après lecture de ton article je trouve que tu la défends bien avec la nostalgie de voir une série pour ado quand on est ado. Le fait est que j’ai vu cette série quand j’étais « vieille » et j’ai bien été accroché malgré ses défauts criants. J’ai une tendresse particulière pour Jennifer Lindley joué par Michelle Williams. Reste que ma série pour ado préférée reste Angela, 15 ans.

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    1. Ce serait trop facile de casser une série. Par bien des aspects, ça l’est. Il suffit d’être assassin, limite cynique, et le tour est joué. Je l’ai eu fait, je ne pense pas le refaire, ou alors peut-être, si l’occasion se présente, d’une façon plus lucide. Moins gratuite. C’est toujours plus dur de défendre quelque chose que tout le monde attaque, parfois même par principe ou par facilité, car on peut y voir une forme de faiblesse. Dawson a été très importante pour moi dans mon cursus de spectateur, même si je lui reconnais, et en toute honnêteté, ses défauts. J’en parlais avec un copain qui, par rapport à cet article, disait qu’il était plus tendance de dire qu’on avait vu Beverly Hills car elle accédait à une forme de reconnaissance et de culte. Il est certain que sans elle, le teen drama ne se serait probablement jamais développé de la sorte. Mais la série de Kevin Williamson est pleine de tendresse, très bien écrite, et ne conteste jamais ses références. Ce qui fait que j’ai énormément d’affection envers elle…

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      1. Je ne sais pas si c’est plus tendance de dire qu’on a vu Beverly Hills mais outre le fait qu’il est quand même plus difficile de s’identifier à des gosses de riche et même très riche de Los Angeles, les personnages de cette série sont vraiment caricaturales et insupportables en plus. Dawson est quand même nettement meilleur. Faut dire, c’est pas difficile d’être meilleur que Beverly Hills. Ceci est mon humble avis.

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      2. Ce n’est pas faux mais ceux de Dawson le sont aussi parfois. Angela 15 ans reste un exemple à part pour un teen drama. Quasiment un accident de parcours. D’ailleurs, ce n’est guère étonnant qu’elle ait été annulée.

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    1. Ah cette fin avec Everybody hurts en fond sonore. Superbe personnage que ce Brian. Vraiment. Ce qui est drôle, c’est que par la suite, le peu de seconds rôles qu’il a décroché, il n’a joué que des psychopathes ^^

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  2. Merci pour ce commentaire sur l’une de mes series préférées ! Je viens tout juste de la revoir, 10 ans après.. Entièrement d’accord sur le personnage de Pacey. Malgré ses défauts, elle reste pour moi un modèle. Les répliques soignées et les personnages qui sonnent justes. Le plus frustrant reste à mes yeux l’épisode final, où le concret remplace les longues tirades passionnantes des 4 premières saisons. Quand vient le moment de LA décision, plus de discours.. Ce qui fait un certain charme et donne sûrement comme morale: agissez ! Mais cela paraît tout de même un peu bâclé. Peut-être rendez-vous dans 10 ans pour une 3eme lecture de cette magnifique serie !

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    1. J’avoue que je n’ai pas aimé le double épisode final. J’étais triste de les quitter mais en même temsp, il était plus que temps. C’est dommage parce que boucler la boucle avec la création d’une série inspirée du propre vécu des personnages était une jolie façon de dire adieu. A mon sens, l’épisode final de la quatrième saison faisait parfaitement office de conclusion. Mais bon, je reste quand même le type qui est allé jusqu’au bout de la série même quand celle-ci ne l’intéressait plus 😉

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      1. Je me disais justement que le final de la 4eme saison était sûrement la vraie fin de cette série.. Même si je suis plus fan du duo Pacey/Joey que l’éternel Dawson/Joey. On ne se refait pas!

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