Coldplay – Céleste fut la descente

We never change, do we?
No, no.
We never learn, do we?
We never change

tumblr_litrcqT2Lr1qfc3jeC’était il y a quinze ans. Chris Martin avait de belles boucles dans ses cheveux longs et une forme de candeur touchante dans ses compositions. C’était il y a quinze ans et personne, sans doute, n’aurait parié sur une pareille évolution. Du statut de petit prodige signé sur le label Parlophone, il aura finalement fallu deux albums pour que Coldplay se transforme en une sorte de mégabarnum orchestral de regrettable mauvais goût. Qui, aujourd’hui, affiche un penchant certain à jouer de la musique prémâchée pour être consommée dans l’énormité impersonnelle des stades.

A l’écoute de leurs récentes et catastrophiques productions (Ghosts stories ou Mylo Xyloto), le passage d’une pop harmonieusement blessée à une resaucée dance impersonnelle et formatée demeure si effarant, et si audiblement douloureux, que l’on est en droit de rappeler à notre lectorat et aux langues assassines à quel point le quatuor formé en 1996 ne fut pas tout à fait l’imposture que l’on connait et qu’il portait en lui de belles promesses. Et que, même s’ils puisèrent allégremment dans tous les canons de la pop anglaise – pour mieux, quelque part se tirer une balle dans le pied- A rush of blood to the head et X&Y restent des disques honnêtes qui n’eurent comme faiblesse que celle de passer après le raz-de-marée quasi surprise de Parachutes.

Par bien des aspects, Parachutes fut (et reste) un album très prisé des critiques et des radios; ces dernières, toujours avides de remplir leurs bonnes vieilles ondes d’une playlist tournant quasiment en boucle, s’emparèrent du tubissime Trouble pour le diffuser sans temps mort. Au point de réussir à ne pas affadir ce qui reste certainement l’essence même de cet album : une humilité chez Chris Martin dans sa manière d’aborder le chant, une mélodie nuancée à la note près, et une sobriété si minimaliste dans les arrangements que l’on jugerait que le groupe s’excuse d’ajouter un peu de caisse claire dans l’ensemble. Ce premier disque garde intact son charme et son atmosphère si particulière qui évoque autant les premiers temps de Pink Floyd que les penchants jazzys qui s’agitaient parfois sous les doigts de Nick Drake (Sparks avec sa ligne de basse si parfaite). A savoir un enchainement funambule, gracieux, céleste oui, entre les chansons. Certes, le tout s’apparente d’abord à de la pop (terme finalement réducteur tant il veut tout et ne rien dire à la fois) mais il dégage de ce coup d’essai un parfum d’étrangeté poétique que le groupe ne réussira plus jamais à retrouver. Même si, en son sein, Parachutes possède des titres un tantinet plus pêchus (Shiver ou Yellow), le groupe est au-dessus de la grandiloquence grotesque qui les agrippera ensuite violemment face contre terre. Viva la vida, Clocks ou Speed of sound… tous ces morceaux que l’on croirait presque composés par U2 ne valent pas un dixième de l’élégance discrète qui liait habilement ces dix chansons.

Quant à la suite, et s’il continue de vendre des disques par wagons, il n’en résulte que mascarade, vacuité et fadeur sans nom; le duo avec Rihanna étant probablement l’exemple type de ce qu’est devenu le groupe. Coldplay a donc sagement attendu d’atterrir sur le sol pour dilapider son âme dans les airs. Rarement un album n’avait aussi bien porté son nom.

Lâcher de signes et autres tournures verbales par
Jeoffroy Vincent

 

ParachutesColdplay, Parachutes (Parlophone/ EMI)

Disponible depuis le 10 juillet 2000. En écoute ici.

Le site officiel de Coldplay

 

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