All you need is blog

©Mike Licht

J’adore écrire. J’adore cela. Mais écrire prend du temps et en demande autant. Ecrire est un investissement énorme. C’est un contexte particulier, précieux, hors du…temps précisément. C’est un effort fabuleux, unique, où l’on avance à tâtons puis à une vitesse si faste que l’on se demande si l’on n’a pas été doté de super-pouvoirs qui nous électriseraient les doigts. Les plus fidèles lecteurs vous le confirmeront peut-être mais, du temps de Gammazik, le précédent blog pour lequel j’officiais, j’étais capable d’abattre trois à quatre articles par semaine. D’abord par jeu puis par addiction et, enfin, par obligation. Comme si cette cadence allait m’apporter crédibilité et renommée, il fallait que j’écrive pour garder les pieds dans une actualité tourbillonnante. Et pour cela, il fallait que j’écrive vite.

En résultait malgré moi une forme de pression – absurde, certes, puisque n’étant obligé de rien et ne répondant à aucune contrainte – qui me poussait toujours à envoyer plus de charbon sous le clavier. J’étais devenu obsédé à l’idée de me faire un nom dans l’immensité démentielle de l’espace Internet que plus je gardais les yeux rivés sur ce vain objectif, plus je devenais obnubilé par l’audience que pouvait brasser le blog à sa meilleure époque. Ce serait mentir que de dire qu’aujourd’hui, je ne m’en soucie pas. Je regarde et consulte tous les jours pour voir et me tenir informé des statistiques que génère le Baxter Club. Mais disons que j’avais perdu en chemin ce plaisir immense que l’on peut retirer lors de la rédaction d’un article. Lorsque l’on passe de cet état de tâtonnement à celui de la droiture, de la maitrise du discours, et de ce que l’on arrive à vouloir faire passer derrière soi, pour la ou les personnes qui vont lire le tout derrière l’écran. Cela est en était devenu si maladif que je prenais très mal le fait qu’un article ne soit pas lu à la hauteur de l’effort enduré pour pouvoir le publier. Quelle prétention, quand j’y pense. Comme si les gens avaient autant de temps libre qu’ils ne pouvaient se le permettre et qu’ils étaient obligatoirement à l’affût du nouveau billet. Et lorsque j’ai fermé le blog, j’ai réalisé qu’il y avait des lecteurs anonymes. Ceux qui passent occasionnellement mais qui ne postent pas forcément de commentaires sur le pavé de signes lancé face contre écran. Pour la première fois, ceux-ci se sont exprimés. Et, quelque part, ce qu’ils m’ont dit de gentil m’a également fait de la peine. Certains suivaient le blog de loin en loin, en prenant le temps de lire avec plaisir les babillages culturels que je m’efforçais de rendre le plus intelligles possibles. Ironiquement, le dernier billet fut le plus commenté…

On ouvre un blog pour plusieurs raisons : par ennui, par envie, par intérêt, et parce que, a priori, quelque part, on a le besoin de prendre du temps pour exprimer quelque chose. Un sentiment, une opinion, et puis, tiens, pourquoi pas, un idéal. Parce que quelqu’un, quelque part, se retrouvera peut-être dans cet enchaînement de phrases et que, tout ça, finira par faire sens pour une personne d’autre que soi. Mais le tout nécessite de la patience. Du temps. Beaucoup de temps. Et, précisément, lorsque l’on est blogueur, c’est-à-dire quelqu’un qui a besoin de combler un manque, et soyons honnête, une forme d’ego assez prononcée, le temps demeure paradoxalement la plus rare et la plus belle des denrées. Lorsque j’ai ouvert le Baxter Club, il y a un peu plus d’un an, l’idée était donc de retrouver cet état. De ne plus avoir de pression futile à l’égard d’une activité qui n’est rien d’autre qu’un passe-temps prodigieux. D’écrire quand l’envie me prenait sur ce que je voulais et quand je le voulais. Nul besoin d’être à la page pour tenter de traduire une partie de sa personnalité. Etonnamment, si je ressens le besoin de m’exprimer sur ce qui m’anime au plus haut point, je reste quelqu’un de pudique, de réservé, à la recherche de reconnaissance mais qui, paradoxalement, trouve toujours une parade pour éloigner la gêne lorsqu’on lui fait des compliments.

Cette longue mise en saison mise à part, je voulais juste vous dire que, vue l’identité dans laquelle s’inscrit ce blog, et je l’espère le plus longtemps possible, dans un contexte où l’on montre plus à nos chères têtes blondes comment lire le résumé d’un livre sur un iphone dernier cri plutôt que d’essayer d’en ouvrir un qui puisse se parcourir posément, il me semble nécessaire de rappeler que la culture abat des murs que l’on pensait infranchissables. La récente et importante fréquentation du festival d’Avignon montre bien que la curiosité, si elle est attisée correctement, attire l’oeil et l’esprit. Contrairement à tout ce que nos têtes hautes pensent tout bas, les gens sont loin d’être idiots. Il sont loins de gober tout ce qu’on leur propose la gueule ouverte. Je suis convaincu que c’est la culture – et le soin qu’on pourra lui apporter- qui sauvera le monde. Le tout reste, encore une fois, qu’une question d’implication. D’implication et de temps. De mon côté, j’ai suffisament faim pour moissonner mon esprit et parsemer l’espace web de plusieurs dizaines d’articles. Tant que le temps est avec moi, j’espère que vous aimerez prendre un bout du votre. Histoire de le passer au sein de ce club qui accueille bien qui veut. La bise et une bonne rentrée à tous.

Jeoffroy

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5 réflexions sur « All you need is blog »

  1. Petit commentaire d’une lectrice anonyme…;-)
    Vous adorez écrire et moi, j’ai envie de vous dire que j’adore vous lire!
    En voyant le soin que vous prenez à choisir chacun de vos mots, tourner chacune de vos phrases, j’imagine bien le temps que cela doit vous demander …sans parler bien évidemment de la maîtrise de vos contenus: toujours très détaillés et analysés avec finesse!
    Votre « langue » est belle, et c’est surtout elle qui m’a attirée jusqu’ici… (Via un de vos commentaires postés sur le monde des séries.). Pour la petite anecdote, nous avions partagé en son temps sur la fin de « Treme » 😉

    C’est vrai, je pourrais peut-être plus souvent prendre le temps de réagir et partager mes impressions quand je lis un article qui m’a interpellé… Mais je suis bien souvent trop timide pour le faire 😦
    Il faut dire que vous fixez la barre haut, et moi, je parle mieux que je n’écris… (je suis prof de théâtre)
    J’adorerais pourtant être bloggeuse mais je suis un peu paresseuse et rien que pour écrire ces quelques phrases, il m’a fallu un temps fou! J’admire votre vocation…

    Enfin, je voulais vous dire que je partage vos idéaux sur l’importance de faire vivre, transmettre, diffuser la culture par tous les canaux possibles. Rassurez vous, vous faites bien votre part du job, et vous le faites même brillamment!
    Merci

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    1. Bonjour vie,

      Honnêtement, je ne sais que vous répondre, si ce n’est que votre commentaire me va droit au coeur. Merci d’avoir pris du temps (beaucoup apparemment) pour répondre 🙂
      Et même s’il est très flatteur, il ne me laisse nul autre choix que de ne pas me reposer sur mes lauriers 😉

      Je me souviens en effet que nous avions déjà dialogué via un article que j’avais rédigé sur LMDS ainsi que sur ce blog, au sujet de Rectify il me semble. Je voulais vous dire qu’il n’y a aucune honte à ne pas avoir envie de partager ses impressions, ni même de vouloir les partager : Internet est un espace parfait pour cela. On y passe et on y glane ce que l’on veut. Encore une fois, c’est une question de temps ou d’envie. Et ne vous dénigrez pas trop, je respecte les professeurs de théâtre. Depuis le lycée… Mais cela, c’est une autre histoire 😉

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  2. A quand un article sur la dernière saison de « Rectify »? Je vais m’atteler à la regarder en prévision… Là je termine « Show me a hero » (un peu déçue de ce choix de format court de la part de D Simon…) et j’entame Mr Robot…
    Allez, au boulot Jeoffroy !!! 😉 J’ai hâte de vous lire…

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      1. Je patiente, je patiente… 😊
        C’était une manière (peu subtile je l’avoue) de vous suggérer un thème pour vos futurs articles 😜 !
        A bientôt donc…

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