Mr. Robot – Hacker vaillant

Le genre : Rage against the machine.avi
De quoi ça parle : D’un jeune homme en capuche qui parle en voix off en prenant le métro et qui passe beaucoup de temps sur l’ordinateur. D’un bonhomme mystérieux ressemblant à Christian Slater. De révolution, d’un cadre bien propre sur lui qui a de drôles de mœurs, de conglomérats, de serveurs, de cybersécurité, de réseaux et de systèmes informatiques, et de vous et de moi tentant de survivre dans tout ce marasme économique.
Pourquoi on en parle : Parce que c’est bon. Tout bonnement.

Mon père m’a pris après l’école une fois. Nous avons joué au hockey puis nous sommes allés à la plage. Il faisait trop froid pour se baigner alors nous nous sommes assis et nous avons mangé de la pizza. En rentrant à la maison, mes baskets étaient pleines de sable, et je les ai secouées dans toute ma chambre. Je ne savais pas, j’avais six ans. Ma mère m’a crié dessus pour avoir mis du désordre mais pas lui. Il me raconta que depuis des milliards d’années, le monde évoluant et les océans bougeant ont apporté ce sable sur cette plage et je l’avais emporté ailleurs. « Chaque jour, disait-il, nous changeons le monde« . Ce qui est une pensée sympa jusqu’à ce je pense au nombre de jours et de vies qu’il faudrait pour rapporter une chaussure pleine de sable pour qu’il n’y ait plus de plage. Jusqu’à ce qu’on le remarque. Chaque jour, nous changeons le monde, mais pour le changer d’une manière significative, cela prend plus de temps que n’en ont les gens. Ça n’arrive jamais tout d’un coup. C’est lent. C’est méticuleux. C’est exténuant. Nous n’avons pas tous les tripes pour cela.

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Mr_Robot_TV_Series-978107021-largeRefaire le monde…
Vous vous souvenez de cette expression ?

« La nuit dernière, on a refait le monde ».

Des heures et des heures de discussions, intenses, passionnées, à voir par la fenêtre s’épuiser la nuit jusqu’au matin. A décortiquer notre système de long en large et en travers pour, précisément, mettre ces derniers en relief. Et, chacun, de donner ou d’apporter une solution. Une solution qui pourrait changer le monde. Et si elle existait cette solution ? Et si, en fait, elle était à portée de mains ? Là, sous nos doigts, sous nos touches d’ordinateur. Et si, en l’espace d’un clic, on pouvait vraiment le changer ce foutu monde ? Tout effacer, tout rebooter, tout remettre à zéro. Il n’y aurait plus de dettes, plus d’inégalités, plus d’injustices, plus de castes. Plus de pauvres, plus de riches. Plus rien à subir, tout à reconstruire…

Tel est le point de départ de Mr. Robot, excellente réussite de cet été (pour ne pas dire de la saison) signée par un inconnu nommé Sam Esmail, un auteur qui devrait visiblement faire des étincelles s’il continue sur cette lancée. Un point de départ séculaire, ancestral, mais qui s’inscrit pleinement dans l’actualité de notre quotidien. Si notre monde s’est mué pour devenir à lui seul une sorte d’amas de disques durs, de serveurs, de câbles, où tout un chacun met en scène sa vie sur divers réseaux sociaux – quitte à donner une image de soi erronée, car embellie et irréelle – où toutes nos données sont traçables et, donc, facilement accessibles si on s’en donne la peine, les maillons de la chaine sociale s’imbriquent toujours dans le même sens. Le haut et le bas de l’échelle restent toujours à la même place. On aurait donc tort de présenter la série uniquement comme l’histoire d’un hacker qui tue le temps en piratant la vie privée de son entourage. Si elle ne rassure en rien de ce côté là (du moment que l’on surfe et/ou que l’on poste quelque chose sur la Grande Toile, on s’expose forcément d’une manière ou d’une autre), Mr. Robot prend appui sur une idéologie prônant une équité sociale et économique pour développer un récit faussement cérébral, où chaque rebondissement n’est pas forcément celui attendu…

D’entrée, on remarquera qu’il y a beaucoup à dire au sujet de cette œuvre diffusée sur USA Network  (chaine qui ne se vantait jusque là de n’avoir que Monk ou Suits dans sa besace) et cela uniquement sur le plan politique. La seule série récente qui s’amusait similairement à flirter avec le réel, et à avoir une portée aussi folle que crédible dans son analyse, fut la regrettée Utopia; les deux fictions ont beau planter le décor de leur histoire au cœur d’univers radicalement différents, elles se ressemblent dans leur façon de regarder notre monde avec ambition et intelligence, sans prendre de haut le spectateur qui suit le mouvement. Alors oui, dans un contexte où la télévision américaine est à la fois rattrapée par l’adaptation galopante de comics et mise beaucoup sur des concepts éculés (on reconnaitra qu’il est difficile, aujourd’hui, d’imposer quelque chose de nouveau /d’original lorsque l’on s’attèle au registre du cop show ou de la sitcom), pareille série se détache forcément du lot. Au risque d’attirer malgré elle tous les feux de la rampe critique…

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– Angela ? – Oui, Elliott ? – C’est triste mais je crois que tout le monde n’aime plus True Detective…

Tandis que la nouvelle cuvée de True Detective se faisait vilipender en place publique, Mr. Robot a chipé, avec un minimum de moyens et sans stars aucune, la place de celle qui récolta tous les éloges l’été dernier. A raison ? A raison, même si la deuxième saison de la série de Nic Pizzolatto n’est pas non plus le Titanic artistique que l’on veut à tout prix nous solder. On y reviendra si le temps nous le permet. L’une des raisons pour laquelle la série de Sam Esmail a connu un engouement… disons viral est la qualité radicale de sa mise en scène. Sa droiture est telle qu’elle vous tient par le col dès les premières secondes. Les premières secondes vous dis-je. Le cadrage, la profondeur de champ, la contre-plongée, les visages serrés de si près de l’écran qu’on voit régulièrement les plafonds, des plans séquences centrifugesques… Le langage cinématographique de la série est posé avec un tel aplomb qu’il fascine l’œil et inspire l’admiration. Mais cela ne serait qu’enrobage si le contenu n’était pas à la hauteur. Car l’on se surprend à les aimer ces personnages, à commencer évidemment par son héros en tête : Elliot Alderson (Rami Malek, révélation toutes globules ouvertes). Introverti, les yeux aux aguets, ce jeune homme mystérieux de prime abord, et limite sociopathe à tendance schizophrène vue sa prédilection pour la voix off, se mue peu à peu en un magnifique oiseau blessé. Qui ne fait rien d’autre que de tuer une solitude incurable en trouvant sa place dans le monde. A ce titre, et si elle n’est guère surprenante dans son déroulé, sa relation avec Mr Robot (Christian Slater, que l’on n’attendait plus dans un tel rôle) est subtilement peaufinée. Là où l’éternelle soif de vengeance nage en surface, se cache dans les profondeurs un motif autrement plus poétique qu’on ne dévoilera pas ici…

Autre révélation, doublé d’une aura si éclatante qu’on la suit d’emblée avec beaucoup d’affection, est la pétillante Portia Doubleday, qui incarne Angela, l’amie d’enfance d’Elliott. Quelque part, on peut dire qu’elle est le premier véritable élément humain dans tout cet entremêlement de vieux briscards corrompus et de techniciens corporatistes ne jurant que par leur jargon de nerds. Elle combat le même ennemi qu’Elliott mais par des voies autrement plus laborieuses : celles de la justice. Le cheminement de la jeune femme est identique à celui que traversent les héroines dans les contes : touffu, sombre, semé d’embûches, où chaque mouvement est susceptible d’être le faux pas qui fera basculer son éthique et sa bravoure du côté obscur. A sa façon, elle aussi tente de trouver sa place. On peut dire la même chose au sujet de Tyrell Wellick, jeune cadre si ambitieux qu’il est prêt à virer sa cutie pour atteindre le haut de l’échelle. Finalement, et s’il fallait absolument chercher un point noir à cette série, c’est avec ce personnage que la fiction convainc le moins. Martin Wallstrom a beau s’en tirer relativement bien dans sa composition, on sent que les scénaristes priorisent leurs atouts; Tyrell reste intriguant, dérangeant au mieux, mais se cantonne pour l’instant à n’être q’une possible nemesis d’Elliott. Mais c’est vraiment chercher la petite bête au sein de ce qui reste, avant tout – et avant d’être, comme on a pu le cataloguer de manière un vaine, un cyberthriller paranoiaque – un formidable et redoutable drame humain.

Encodage lexical et autres fichiers par
Jeoffroy Vincent

 

p11682476_b_v9_aaMr. Robot (USA Network, 2015). Saison 1. Dix épisodes.

Série télévisée américaine créée par Sam Esmail. Avec Rami Malek, Christian Slater, Portia Doubleday, Carly Chaikin et Martin Wallström.

Le site officiel

 

crédit photos: USA Network

 

 

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