Peter Gabriel – Une question de rythme

cover_3037163172009Ce n’est pas nécessairement une coutume mais cela arrive fréquemment. Un jour ou l’autre. Ce n’est pas pour rien que l’on utilise des termes forts tels que leader ou frontman pour caractériser le moteur d’un groupe de musique. Il y a forcément une personnalité, un tempérament, qui se détache de l’ensemble et qui fait la différence. Avec le recul, savoir que Peter Gabriel, éminence grise du groupe Genesis, allait quitter le nid de la formation qui l’avait propulsé au rang de star n’était pas un scoop. Un nid qui devenait non pas trop étroit pour l’esprit inventif du monsieur (il suffit simplement quelques unes des pistes du double album The Lamb lies down on Broadway pour constater que, même s’il a vieilli musicalement, Gabriel possédait une vision artistique autrement plus démente qu’un Phil Collins) mais de plus en plus inconfortable et éprouvant. Anxiogène. Au point que l’irrépressible tentation d’embrasser une carrière solo n’est pas venue par envie mais par besoin. Histoire d’en savoir plus, je vous invite à visiter à visiter la page Wikipedia qui évoque ce point en particulier… Et à (ré)écouter Genesis bien sûr.

C’est presque étrange de parler de Peter Gabriel. Il faut dire que le bonhomme est devenu assez rare; hormis des collaborations multiples et des projets de reprises en pagaille, son dernier véritable album remonte à 2002. De plus, on a soit cette image vague de gourou obscur de la pop, auteur de tubes multi-diffusés tels que Solsbury Hill ou Sledgehammer, donnant de gigantesques concerts au compte-goutte, ou bien celle d’avoir créé un label dédié aux musiques du monde et dont le catalogue serait riche de signatures aujourd’hui oubliées. Ce qu’on ne le réalise pas sûrement, parce qu’on l’a certainement occulté, c’est que Peter Gabriel a vendu des millions de disques au cours de sa carrière longue de déjà trois décennies – même si So, énorme succès commercial de 1986 aux guest stars encore plus ou moins confidentielles (Youssou N’Dour, Manu Katché…) a beaucoup pesé sur le registre des comptes. Peut-être même plus que certains artistes pourtant phares de l’époque, Gabriel a fait énormément de bien aux années 80 en associant, à l’instar d’un David Byrne, aux sonorités des synthétiseurs (alors révolutionnaires) celles de contrées venues d’ailleurs. Au point d’en devenir presque une forme de marque à lui seul: il n’y a qu’à regarder la pochette assez répulsive de son quatrième disque pour constater que l’artiste pouvait se permettre de capitaliser sur son seul nom. Pourtant, même si elle fait peur cette pochette, cet LP est une réussite parfaite qui catalyse tout le génie du chanteur en huit pistes seulement. Historiquement, il a tout de l’album visionnaire, ne serait-ce que pour son soin apporté à la production. De l’utilisation judicieuse du digital, depuis les effets de samplers en passant par la sacro-saint synthétiseur de l’époque, il est celui qui annonce le mieux la future création de Real World, le fameux label cité quelques lignes plus haut, qui s’évertuera à dénicher des talents issus des cinq continents. Avec le recul, il se fait le double témoin de son temps: sur un plan musical certes mais surtout sur ce qu’il capte de son époque.

On le sait depuis Biko ou Games without frontiers, Gabriel a toujours été un militant farouche des droits de l’homme. Cet album coule dans la même veine, même s’il se garde bien d’afficher frontalement l’engagement qui l’habite de part en part. La question du rythme, de ses variations modernes et ancestrales, témoigne toutefois de l’humanisme du chanteur, et de son talent pour évoquer ce qui pourrait être le sujet de multiples conférences au sein d’Amnesty International: les Indiens parqués dans des réserves (San Jacinto) ou les conditions des prisonniers en Amérique Latine (Wallflower, de loin la plus belle piste de l’album). Au final, alors que l’atmosphère générale demeure plutôt dense et touffue (au point de se sentir souvent comme à l’intérieur d’un étau), en découle un disque extrêmement fluide, tonique, mais pacifiste et désespéré. Une sorte de splendide paradoxe sonore qu’on se doit de (re)découvrir aujourd’hui…

Syncopées de paroles par
Jeoffroy Vincent

cover_3037163172009Peter Gabriel IV dit Security (Charisma/Geffen Records).
Disponible depuis le 8 septembre 1982.

Le site officiel de Peter Gabriel

 

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