Journal de bulles #1

Lundi 9 novembre 2015 – Phylactère numéro 1

serveimageCher journal,

Pendant que l’on s’attarde à vouloir refondre le Code du Travail, il parait que les régionales se rapprochent. Avec les mêmes problématiques, les mêmes slogans et la même garantie que rien ne s’apprête à changer. Et sinon quoi ? Apparemment on feint toujours de s’inquiéter de la bonne santé de notre planète, le nouveau single d’Adèle caracole à plus de 296 millions de vues en moins d’un mois (oui, oui, cher journal, tu as bien lu) et les livres de Philippe de Villiers et François Fillon culminent en tête des ventes. De là à prévoir ce qui va se passer dans les prochains mois, il n’y a qu’une première de couverture à tourner. Autrement, le Goncourt et le Renaudot sont tombés il y a peu: je suis content pour les auteurs.

Mais ? Mais de tout cela, je n’en ai cure ou presque car les mots à forts caractères, je les préfère au cœur de phylactères…

Astérix papyrusAstérix – Le papyrus de César (Dargaud)

Bonne nouvelle pour les actionnaires de Dargaud : le nouvel opus des aventures du petit gaulois se sont écoulés à quelques 600 000 exemplaires dans sa première semaine de sortie. Voilà.

Et sinon ? Il n’y a malheureusement plus grand chose à attendre des aventures d’Astérix, si ce n’est réveiller la part d’enfance à chaque nouvelle retrouvaille. Deux ans après le très sage Astérix chez les Pictes – qui avait notamment créé l’évènement suite au passage de relais entre Uderzo, le dessinateur d’origine, et Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, le duo désormais responsable de la prise en charge de la bonne teneur de la suite- Le Papyrus de César part pourtant du bon pied. Son postulat présente un César peaufinant son illustre Guerre des Gaules en compagnie de son éditeur. Ce dernier, jugeant le chapitre consacré aux irréductibles gaulois trop dissonant au regard de toute la gloire qui ressort du reste, somme l’empereur de retirer l’ingrate partie de ses mémoires. Convaincu, César accepte. Bien sûr, le chapitre va fuiter et Promoplus, l’éditeur aux dents longues, va devoir ruser pour remettre la main dessus. Si l’on omet que Promplus est un vil cousin éloigné de Detritus, succulent personnage du génial La Zizanie, on se dit que, chouette, il y a là une bonne matière dramaturgique et que l’on va passer un bon moment. Sauf que…non. Passé le pitch, il n’y a plus rien à se mettre dans la poche. Les auteurs ont visiblement une lecture de l’œuvre limitée, voire très clichée, de l’univers peaufiné par Goscinny et d’Uderzo : un quota de jeu de mots, un peu de bagarre par ci, un peu de satire par là mais guère de relief dans l’agencement d’un récit qui stagne sévèrement.

Je précise ici que je n’ai rien contre l’idée de vouloir reprendre un personnage phare et d’en poursuivre les aventures (la preuve avec l’album chroniqué en dessous): même si je ne suis pas dupe de la manoeuvre commerciale qui se cache derrière, on peut très bien parfaire une oeuvre en bande dessinée lorsque le créateur d’origine n’est plus. Après tout, Spirou et Les Pieds Nickelés sont devenus ce qu’ils sont aujourd’hui grâce à Franquin et à Pellos. Idem pour Batman: Bob Kane a raccroché les gants mais Alan Moore, Scott Snyder ou Jeph Loeb s’en sont emparés avec joie et génie. Pour en revenir à Astérix, ce qui en faisait sa réussite c’est que Goscinny n’avait cure de vouloir placer des calembours gratuits à chaque fin de planche. Le calembour, c’était un bonus. Une forme de point d’orgue adressé avec malice au lecteur attentif qui pouvait se régaler d’une histoire délectable, subtilement construite, et qui se faisait l’écho rusé de notre époque tout en restant intemporel. Là où l’on reste impressionné devant la maitrise formelle de ce qui pourrait être un excellent exercice de style, on s’attriste d’en arriver à la conclusion suivante : passé l’évènement de la sortie en soi, personne ne se souviendra de l’intrigue le mois prochain.

9782203092112Corto Maltese- Sous le soleil de minuit (Casterman)

Plus réussi est, en revanche, le retour du marin italien à la boucle d’oreille. Sous le soleil de minuit n’est pas une suite à proprement parler, plutôt une revisite, ou une relecture assumée du personnage de Corto Maltese.

Sans vouloir comparer Corto à Spirou ou au Pieds Nickelés, Sous le soleil de minuit est l’exemple type d’une poursuite inspirée de l’oeuvre originale: on y retrouve cette saveur identique d’un exotisme fort et d’un contexte politique toujours chargé, sans que l’appui du rêve et de la force du destin (deux caractéristiques incontestables qui poussent le marin à garder en lui ce moteur apatride) ne soient perdus en route. Là encore, le synopsis de base servant de matrice au récit est d’une limpide simplicité : à la recherche de son ami Jack London, troubadour et globe-trotteur aventurier devant l’Eternel, Corto se voit confié par son compagnon écrivain la remise d’une lettre en main propre à l’un de ses amours du moment. Si la suite des évènements emporte Corto aux confins du monde, noyant quelque peu (et c’est regrettable) l’élégance des enchainements, l’âme et le caractère incorrigiblement charmeur du marin n’ont pas été trahis par le créateur de l’excellent Blacksad, Juan Diaz Canales, ici aux commandes d’un opus dont le principal défaut serait d’avoir vu trop grand. Au dessin, Pellejero s’en sort avec les honneurs; le trait de Pratt (et son découpage surtout) étant quasiment un exemple de précision et de maitrise absolue dans le 9ème art.

On reprochera également un dénouement un tantinet précipité, dans la mesure où l’on n’a jamais totalement le temps de s’acclimater d’un pays à l’autre et l’on presque déçu de finir déjà l’album quand arrive la dernière page. Après tout, la frustration est forcément de mise lorsque l’on se rappelle qu’il a fallu plus de vingt ans pour cette histoire puisse voir le jour…

the-sixth-gun-tome-5-270x397The Sixth Gun – La malédiction du Wendigo (tome 5 , Urban Comics)

Que voulez-vous que je dise ? C’est génial. Vraiment génial. Comics chaudement recommandé par ce blog depuis sa parution en France (lire ici et ), The Sixth Gun reste une saga encore méconnue en France. Dans le décor d’une Amérique qui se remet péniblement de la Guerre de Sécession, Drake Sinclair est à la poursuite de six pistolets aux pouvoirs dévastateurs qui, une fois réunis, donneraient l’accès à un mystérieux « trésor ». Avec ses compagnons de voyages, Drake Sinclair ira de surprise en surprise, croisant à l’occasion revenants, spectres, zombies, fantômes, esprits malins et autres créatures issues de l’imaginaire exponentiel du scénariste Cullen Bunn.

Après cinq tomes parus, l’ensemble est d’une densité intelligente, passionnante et conserve une envie folle de raconter une histoire accessible et hautement populaire. Cela fourmille de références que le lecteur peut glaner au fil des pages sans être déconcentré du récit. Il y a plusieurs intrigues menées frontalement avec le même niveau d’exigence, un but à atteindre qui prend une épaisseur tragique toujours plus ample et un sens de l’aventure rarement prodigué avec autant d’entrain. Les personnages dérivent quelque peu de leur point de départ assez cartoonesque pour acquérir une profondeur insoupçonnée. Qu’ajouter ? Qu’avec la myriade de comics proposé sur les étals, The Sixth Gun est de loin un tour de force absolument fabuleux dont la matrice feuilletonnesque ne connait aucun temps mort. Vous avez donc saisi le message : courez chez votre libraire préféré…

Embullé rien que pour vos yeux par

Jeoffroy Vincent

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