Ca ira peut-être mieux en le disant…

Écrire un truc…

Oui mais quoi ? Mettre des mots mais pour dire quoi ? L’horreur, ça s’écrit comment ? Il y a tellement de choses à dire qu’il n’y a pas assez de mots pour panser tout ce qui vient de se passer. On n’a même pas le temps de réaliser tellement cela hurle toujours dans un coin de nos têtes. Cela brûle, cela pique, cela secoue si fort qu’on a difficilement la possibilité de pouvoir accuser le coup. Tout est allé vite et tout va trop vite encore. Parce qu’on dit quoi aux personnes qui cherchent encore leurs proches ? A celles qui pleurent leurs copains ? A celles qui pleurent simplement aussi pour des êtres qui leurs sont inconnus parce que ce qui est arrivé était si violent ? Si soudain. Si lâche. Si facile, si injuste. Cela aurait pu être toi, moi qui mangions là, sans rien à craindre ou à redouter. A rire de nos retrouvailles parisiennes avant d’aller apprécier le retour d’un groupe qui n’avait rien enregistré depuis 7 ans. On se serrait délecté d’une bonne bière, à parler de nos petites vies sans se douter vraiment qu’elles sont si fragiles. Parce qu’elles le sont et c’est parce qu’elles le sont qu’elles sont si précieuses. On aurait discuté des conditions de nos boulots et des travers de ce pays – de ce monde- qui tourne dans le mauvais sens sans qu’on arrive à comprendre pourquoi et d’où cette absence de logique s’est érigé comme une évidence. Au dessert, on se serait dit qu’on devrait se voir plus souvent. Qu’il ne faut pas que le temps s’installe de manière un peu trop cavalière sous prétexte qu’on est à plusieurs centaines de kilomètres de distance. Et puis, allez, viens, faut pas être en retard au concert. Vous savez quoi ? A une semaine près, j’y étais au Bataclan.

Fait chier. Voilà ce que j’ai envie de dire. Fait chier parce que l’on vient à peine de se remettre de ce qui s’est passé dix mois plus tôt. Fait chier parce qu’on ne nous laisse même pas le temps de réaliser que c’est déjà récupéré. Instrumentalisé, brancardé, banniérisé, copyrigthé sur les réseaux sociaux. Au risque d’en choquer certains, je ne me sens pas parisien ou Français parce que ce qui s’est passé s’est passé à Paris et en France. Je me sens choqué. Meurtri, dégoûté, bouleversé, nauséux, ému, indigné. Fatigué aussi. Terriblement fatigué. J’ai eu 32 ans hier mais j’ai l’impression d’habiter le corps d’un homme qui en aurait 64. Fatigué parce qu’évidemment, ils n’ont pas attendus. Ils ? Les médias, les politiciens de tous bords et de tous poils, ceux qui font leurs choux gras sur la peur, ceux qui diffusent des images indiffusables, ceux qui frappent du poing sur le bord de la table alors qu’il faudrait se la donner, ceux qui clament qu’il faut fermer les frontières ou rétablir la peine de mort ou faire une bonne guerre aux responsables parce que, oui, évidemment, face à la barbarie, il n’y a que la violence qui puisse rétablir l’ordre. Tous ces cons qui ouvrent grandes leurs bouches pour déverser leurs lots d’insanité crasse alors qu’ils devraient juste faire preuve de pudeur. De respect. De silence. Juste d’un putain de silence pour que l’on puisse réaliser ce qui s’est passé. Pour faire notre deuil. Ensemble.

Pourtant, on en parle et il va falloir en parler. Il va en falloir du courage pour ne pas tomber dans la facilité de la peur ou pour tout prendre comme argent comptant. Il va en falloir de la patience pour dialoguer afin que tout ce pays ne sombre pas dans une guerre civile. Il va falloir parler entre nous, avec nos proches, avec nos collègues, avec nos voisins. Parler parler parler. Ouvrir l’esprit un maximum, ne pas fermer les yeux et tolérer ne serait-ce qu’une once de violence. Quelle qu’elle soit. Parce qu’on en a trop eu. Parce qu’il est hors de question que la barbarie ait le dernier mot. Ni aujourd’hui, ni hier, ni demain.

Jeoffroy

 

 

 

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