Supplique pour ne pas être conspué par ceux qui votent

La naïveté grotesque des enfants fait peine à voir, surtout si l’on veut bien la comparer à la maturité sereine qui caractérise les adultes. Par exemple, l’enfant croit au Père Noël. L’adulte non. L’adulte ne croit pas au Père Noël. Il vote.

Pierre Desproges,  Manuel de savoir vivre à l’usage des rustres et des malpolis

Les gens qui veulent voter ont le droit de voter. C’est leur droit. Je ne les attaquerais jamais, ni ne les raillerais d’ailleurs, pour ce qu’ils pensent être une action citoyenne juste et moralement légitime. C’est également leur droit que de voter pour le candidat de leur choix. Encore une fois, du moment qu’il ne fanfaronne pas son dit choix sur tous les toits, chacun fait ce qu’il veut de son petit bulletin. Sauf que, depuis dimanche dernier, je ne sais pas ce qui m’attriste le plus. Je ne sais plus si je dois déplorer la venue du FN – qui, évidemment, ne me réjouit pas le moins du monde – ou, précisément, ceux qui ont voté et qui procèdent depuis à ce qui est ni plus ni moins qu’une démonstration peu éclairée de démagogie et de culpabilisation. Au XXI ème siècle, je m’attendais au moins à un peu plus de recul et d’analyse sur une situation sociopolitique qui, au moins serons-nous tous d’accord là-dessus, est en décrépitude totale depuis deux bonnes décennies. Je pensais sincèrement qu’on échapperait aux traditionnels couplets lapidaires envers ces « je m’en foutistes d’abstentionnistes » qui, aux dires de certains de mes proches et d’intellectuels supposés érudits, seraient presque responsables de tout ce qui nous tombent dessus actuellement : réchauffement climatique, montée du chômage, hausse des impôts etc.

Je plaisante mais il n’empêche que certains commentaires sont virulents. Très violents. Sous couvert d’instaurer urgemment un élan démocratique et citoyen à l’issue du second tour, on perçoit vite qu’un dialogue est impossible : il n’y a aucune possibilité de pouvoir creuser les raisons de ce qui demeure un immense et tonitruant mécontentement. A écouter les uns et les autres, la situation se résume à « tu votes » ou « tu ne votes pas ». Et si tu ne votes pas, tu es le dernier des idiots. Pour être poli.

Je dois être naïf. Je pensais vraiment que la bienpensance ne s’immiscerait pas d’une façon aussi balourde dans les débats et que l’on ne jugerait pas une fois de plus les abstentionnistes comme étant les pires irresponsables que la Terre ait jamais portée. Parce qu’il ne s’agit pas là d’une poignée. Il s’agit de 49,5% des personnes. 49, 5%, c’est énorme. C’est presque la moitié des électeurs. A un moment donné, il faut arrêter de pointer le viseur dans la mauvaise direction et de s’en prendre aux mauvaises personnes. Il faut remonter à la source et se poser la question de ce que veulent dire ces 49,5%. Pourquoi et comment on en arrive là, ici, maintenant ? On ne peut décemment pas faire abstraction de ce que cela représente et se reposer sur les mêmes clichés éculés; lesquels reposent souvent sur des phrases bien formulées certes, censées être choc et alertes, mais qui ne remontent pas plus en amont sur la question. Vouloir taper sur les mêmes personnes à chaque élection, sans prendre le temps de réfléchir à la raison pour laquelle l’abstention est devenue le premier parti de France, est un non-sens doublé du plus obtus des points de vue. Contrairement à ce qui est régulièrement invoqué dans les discussions, les abstentionnistes ont une opinion. Ils s’expriment. Ils ont leur mot à dire. Ils ont simplement choisis de le formuler d’une autre manière. Il serait temps, mais alors vraiment temps, qu’on les écoute.

Jeoffroy

crédit photo : Jacques Demarthon (AFP)

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