Aloha – La beauté des imperfections

Aloha_posterIl y a quelque chose de pourri au royaume d’Hollywood et rien, pas même un film au casting quatre étoiles (Bradley Cooper, Emma Stone, Rachel McAdams et Bill Murray), ne peut actuellement changer une donne entièrement accaparée par des films avec super-héros.

En deux décennies, soit le temps qui sépare la sortie triomphale de Jerry Maguire et Aloha (idiotement retitré Welcome Back), Cameron Crowe se voit tout bonnement refuser la sortie de son film sur le territoire français. Les raisons ? Principalement, et pour aller vite, un échec commercial retentissant aux USA doublé d’une polémique totalement absurde sur le choix d’Emma Stone au casting. Comme quoi, posséder un curriculum internationalement reconnu n’incombe pas le fait d’être fermement éconduit sans plus de justifications cohérentes. Si Aloha n’est assurément pas le film de l’année 2015, il ne mérite pas non plus toutes les rancœurs qui ont pu jaillir de la main des critiques anglo-saxonnes. Visiblement, ces dernières ont oublié que le réalisateur de Jerry Maguire ne fait rien d’autre que répéter la même histoire depuis, quasiment, ses débuts de metteur en scène. En bon disciple de Frank Capra et de Billy Wilder, Cameron Crowe est un idéaliste. Il affectionne les récits ultra balisés lui assurant le confort de recycler sa trame favorite : narrer l’itinéraire tout tracé d’un homme juste, égaré par une ambition dévorante, et qui se retrouve sauvé in extremis par l’amour.

De fait, Aloha ne déroge pas à ce canevas, et tel un reflet allégé de son personnage d’American Sniper, le rôle tenu par Bradley Cooper -vraiment excellent, même avec une partition aussi simple- est à l’image même du film : un être imparfait qui se bonifie malgré tout. Certes, on ne va pas se leurrer, plusieurs faux départs plombent sévèrement un film qui n’a pas besoin de grand-chose pour décoller. Maladroit par fragments, doté d’une interprétation dont on ne sait si elle est assumée ou totalement involontaire (Rachel McAdams, décidément à la peine depuis la deuxième saison de True Detective), Aloha finit par emporter le spectateur pour ce qu’il défend tout au long du récit. Ce que plaide Crowe relève davantage d’une profession de foi que d’une énième comédie au taux de glucose beaucoup trop élevé. Faire revenir le personnage de Bradley Cooper sur son sol natal (en l’occurrence Hawaï, excusez du peu) et de le placer en sandwich entre son amour de jeunesse et un flirt naissant est vite délayé par ce qu’incarne le personnage d’Emma Stone: un sens moral et humaniste qui s’offusque contre le mercantilisme d’une armée américaine peu regardant sur le contenu de la marchandise qu’elle est censée mettre en orbite. Le happy ending a beau être de rigueur et l’honneur sauf, ce combat mené entre deux amoureux (qui se cherchent à tâtons puis se trouvent comme de par hasard au dernier moment) est le coeur de ce film quelque peu étouffé par le formatage de son contexte et du genre auquel il appartient.

Aloha s’insurge, donc, mais en sourdine, derrière le gentil chahut adulescent qui se joue entre le triangle amoureux de rigueur. Sa conviction que la victoire du petit être face au gigantisme est possible en devient si inébranlable qu’elle excuse tous ses défauts. Une fois encore, avec ses faux départs, ses maladresses et plusieurs thèmes survolés, Aloha peut apparaitre comme imparfait. Voire nul si l’on est de très mauvais poil. Les mauvaises langues crieront au cliché, au ringard et s’empresseront de ranger ce petit film dans le carton des navets. Les autres ne bouderont pas leur plaisir (honnêtement, un film avec Bill Murray n’est jamais mauvais en soi mais alors un film avec un Bill Murray en crapule…)  et seront même surpris de l’émotion inattendue, soulevée par le seul pouvoir de la musique, qui vient les cueillir lors de la très belle scène finale. Elle seule justifie que l’on pose ses valises dans ce monumental espace insulaire où la magie provient toujours de la fragilité des êtres.

A hui hou par
Jeoffroy Vincent

Welcome Back (Aloha), USA, 2015, 105 min)
Comédie romantique américaine coproduite, écrite et réalisée par Cameron Crowe.

Disponible en streaming sur Netflix et en VOD.

 

 

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