Gianmaria Testa – Au delà des terres et des cieux

… E non sapremo mai da che segrete stanze scaturisca il canto
e da quali lontananze, paure, rabbia, tenerezza o rimpianto
e da quale nostalgia prenda voce e parta questa lunga scia
che ancora adesso
e imprevedibilmente
ci porta via

Canto (segrete stanze) – Extra-muros (1996)

(c) Daniela Crevena
(c) Daniela Crevena

Je n’ai plus de héros. Depuis longtemps. Soit ils sont morts soit ils ont viré de bord vers des contrées où il ne m’intéresse pas de mettre ne serait-ce qu’un bout de semelle. J’ai bien quelques artistes pour qui j’ai un respect infini, doublée de la plus grande estime, mais ils se comptent sur les doigts d’une main. Lui, si je puis dire, tenait le haut de la phalange.

Il ne remplissait pas de Bercy, ne faisait ni de passages télévisés et encore moins de publicité pour une marque quelconque. De reconnaissance il en aurait mérité davantage mais il possédait tout de même son petit public. Alors oui, j’avais bien lu quelque part, au cours d’une interview, qu’une tumeur s’était sournoisement logée dans son cerveau. Moi, tendre naïf, j’espérais bien qu’une absence de nouvelles laissait forcément prévoir une possible convalescence. Et voilà que le 30 mars dernier, on m’apprend qu’il est mort. Comme cela.  Sans tournée d’adieu, sans album posthume. Sans bruits et en toute discrétion. Ma première réaction est l’incompréhension. De quoi on me parle ? De qui on me parle ? Non, pas de lui. Ce n’est pas possible: j’ai réécouté Da questa parte dal mare il y a de cela deux jours à peine. Avec le même plaisir qu’à la première écoute. En me surprenant encore d’avoir des frissons sur certaines de ses chansons alors que j’en connais par coeur les contours et les enchainements. Je regarde vite fait sur Internet et les titres d’articles rédigés à l’emporte-pièce viennent me confirmer douloureusement la vérité. Gianmaria Testa n’est plus. Je ne comprends pas ce qui se passe. Je ne contrôle rien. Je suis encore au travail, les gens viennent me trouver mais je réponds par bribes évasives. Je ne suis plus là. Je n’ai pas envie de l’être. Les larmes me montent. Bon sang, vite, il faut vite que je m’isole. C’est idiot de pleurer un chanteur. Et pourtant je pleure. Je pleure parce que je sais. Je sais ce que je viens de perdre. De nouveau. La dernière partie qui me rattachait à un autre être cher, disparu il y a quatre ans, qui m’avait tant fait découvrir de choses. Dont ce chanteur. Mon chanteur.

Une connaissance à qui je l’avais fait découvrir récemment m’a dit qu’il ne faisait pas de la chanson mais de la poésie. Peut-être. Je n’en sais rien. La vérité c’est qu’on se fichait de savoir parler italien pour apprécier Gianmaria Testa. Il n’y avait qu’à écouter sa voix pour se laisser porter. Cela ne demandait pas d’efforts. Écouter sa discographie est même l’une des expériences les plus aisées, et les plus gratifiantes, de tout mélomane qui se respecte. Cette accessibilité à entrer dans un univers composé de voyages, de rêves à atteindre, de paysans écrasés sous le soleil, de gares isolées, de latitudes à explorer dégageait non seulement une magie incroyable, précieuse, instantanée mais ouvrait des portes à des oreilles qui  l’avaient à peine entendu. Il ne donnait pas de mine pourtant, cet ancien chef de gare, avec ses binocles rondelettes et sa moustache frisottante à gratouiller entre deux trains des accords de chansons. Et pourtant quiconque l’a entendu, ou vu sur scène, sait. C’était un chanteur discret qui n’avait pas besoin de grand chose pour abattre les murs de votre quotidien et vous embarquer vers un ailleurs que l’on espère meilleur. On a beaucoup dit de lui qu’il était le chanteur des migrants. Comme si cela pouvait le résumer et le synthétiser. La nuance, c’est que Gianmaria Testa rappelait en sourdine que nous étions tous des voyageurs dans l’âme. Que l’on quitte notre sol pour des raisons politiques, familiales, sentimentales, professionnelles ou, simplement, par envie. Par pur défi.

Hier, après avoir séché mes larmes et passé quelques uns de ses disques pour une bonne milliardème fois, j’ai réalisé en souriant que Gianmaria Testa était mort un jour de printemps. Juste après l’hiver et juste avant l’été. Une saison de transit en somme.

Jeoffroy Vincent

La discographie de Gianmaria Testa en écoute ici

Trois disques pour découvrir Gianmaria Testa

Montgolfières (Le chant du monde/ Harmonia Mundi, 1995)
Altre Latitudini (Le chant du monde/ Harmonia Mundi, 2003)
Da questa parte del mare (Le chant du monde/ Harmonia Mundi, 2006)

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