Les séries télévisées et moi

J’ai toujours regardé des séries. Toujours. Depuis que je suis en âge de tenir sur un canapé. J’ai la chance d’avoir grandi dans un environnement où l’on ne déjugeait pas la télévision. Si mes parents mettaient le holà sur le Club Dorothée, ils nous laissaient, ma sœur et moi, regarder à peu près ce que l’on voulait à partir du moment que l’on faisait nos devoirs avant de passer à table. On ne regardait pas uniquement la télévision, on avait la chance d’avoir un jardin et d’en profiter les jours de beaux temps mais, entre deux lectures de la Bibliothèque Rose et Verte, quelques uns de mes meilleurs souvenirs d’enfance sont liées à des séries. Par exemple, je me souviens que je pressais le pas frénétiquement après la sortie de l’école primaire, abandonnant mes camarades incrédules à la boulangerie du coin et à leurs précieux bonbons, parce qu’il ne fallait pas, sous aucun prétexte, que je rate Code Quantum sur M6. Je jetais mon pauvre cartable à l’entrée de la maison, je descendais les escaliers avec frénésie et j’allumais le poste pour suivre les pérégrinations spatio-temporelles de Sam Beckett et de Al. Comme si c’étaient mes copains. Ce n’est qu’ensuite que je faisais mes devoirs. C’était le marché tracté avec mes parents (qui, eux aussi, regardait le petit écran du coin de l’œil) et je le respectais.

Mes copains Sam et Al.
Mes copains Sam et Al.

Tel un inconscient qui ignore encore à quel point les dimanches matins sont précieux, je me souviens de m’être levé volontairement  afin d’être à l’heure pour Continentales, merveilleuse et regrettée émission de France 3 (FR3 à l’époque) qui diffusait, excusez du peu, Batman, La Quatrième Dimension ou Chapeau melon et bottes de cuir en VOST. En fin de programme, Alex Taylor revenait sur le champ lexical utilisé dans l’épisode diffusé. Quand j’y repense, je n’avais revu ce type d’initiative ailleurs; c’est-à-dire sur une chaine publique. C’était fabuleux à l’époque: je n’avais pas conscience du haut niveau de mépris qu’avait la France pour le genre de la téléfiction. Je ne me posais pas plus de questions que cela: comme notre famille possédait un magnétoscope, peu importait une programmation du petit matin ou en troisième, ou quatrième partie pour les insomniaques juste bons à regarder de la VF puisque tout pouvait s’enregistrer. Je regardais, j’étais curieux et, plus que tout, je prenais du bon temps.

the-x-files-12Il y eut l’époque où M6 dénicha la poule aux oeufs d’or en diffusant Aux frontières du réel… euh pardon, The X-Files. Peu de personnes s’en rappellent mais c’est la série phare de Chris Carter qui a donné naissance à la fameuse « Trilogie du samedi » et non l’inverse. Avant de totalement rater son retour cette année, il faut bien avoir en tête que The X-Files occupa une place à part durant (au moins) les trois premières saisons de sa projection: c’était une série au budget modeste, aux acteurs inconnus, catalogué dans un genre plus ou moins obscur pour le grand public mais qui connut une exposition médiatique sans précédents. Pour moi, et je pense pour beaucoup de personnes, il y a clairement un avant et après The X-Files. La chose n’est pas que générationnelle. Elle fut certainement éphémère mais elle n’en demeure pas moins radicale: le succès d’X-Files, et ma propre passion envers le show fut tel qu’M6, surfant sur une manne des plus juteuses, acquit autant de séries fantastiques qu’elle pouvait en diffuser: Le Caméléon, Dark Skies, Profiler, John Doe, Buffy, Alias… J’avoue, entre deux saisons des aventures de Mulder et Scully, j’ai même regardé The Sentinel. Et déjà, à l’époque de ma frêle adolescence, c’était très mauvais. Mais qu’importe : c’étaient de nouveaux univers, de nouveaux horizons et, malgré tous leurs défauts (relatifs et respectifs), toutes ces séries possédaient des personnages qui donnaient l’envie de revenir la semaine suivante. C’était le principal et le but, avoué, revendiqué, recherché, de toute série qui se respecte. Avec le recul, il n’est pas impossible qu’Urgences et Friends aient connu un destin similaire si The X-Files n’avait pas explosé en première partie de soirée.

geneseriesEn parallèle survint ce qui fut une révélation. Un point d’ancrage important. Essentiel. Existentiel même : la découverte de Générations Séries. Une découverte qui, comme beaucoup de choses dans mon parcours d’Hobbit culturel, arriva presque par hasard. Forcément, lorsque Claire Danes vous interpelle du regard de la sorte, il est difficile d’y rester indifférent. J’avais quinze ans précisément lorsque je parcourus les pages de mon premier numéro de ce magazine étonnamment précurseur, varié, riche, exigeant, foisonnant de rubriques, d’articles fouillés, détaillés, pensés, réfléchis, structurés, argumentés et terriblement faciles à lire. Sans ce précieux magazine, en passant par les classiques à des oeuvres plus contemporaines, je serais probablement passé à côté de multiples bijoux diffusés sur Série Club et ailleurs: Homicide, Oz, The Practice, The Corner, Northern Exposure, The PJ’s et tant tant d’autres séries que j’oublie. Dans ce magazine, j’ai appris à regarder une série. A la ressentir davantage, à mettre en mots toutes les émotions par lesquelles je passais lorsque je regardais un épisode. Sans ce magazine, je n’aurais pas forcément eu le même amour des mots et je ne serais pas ce que je suis en train de faire aujourd’hui. Je lui dois beaucoup. Et s’ils me lisent, un grand salut du cœur à Christophe Petit, Benjamin Campion, Martin Winckler, David Hugé et toute l’équipe qui prenait le temps de partager patiemment ce qui, aujourd’hui, s’est démocratisé de manière peut-être plus anarchique.

Aujourd’hui, je continue de regarder des séries. Beaucoup mais moins qu’avant, ou moins que je voudrais parfois. Quoiqu’il en soit, elles sont toujours là. Je suis toujours à l’affût de la prochaine histoire qui me fera voyager le cœur et l’esprit en dehors de mon canapé. Contrairement à ce que colporte John Landgraf, directeur de la chaine FX, c’est pour cela que je pense qu’il n’y aura jamais trop de séries. Jamais. Si l’on doit vraiment se plaindre de quelque chose, c’est probablement de ne jamais avoir assez de temps libre. C’est tout. Sinon, il suffit juste de faire son choix. Et d’ouvrir les yeux.

Télévisionnisé par
Jeoffroy Vincent

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s