25 ans, 50 séries – Épisode 2: 1995/2000

Le Caméléon (The Pretender, NBC, 1996/2000 – 4 saisons, 86 épisodes)

Le CaméléonPopulaire au sein de la fameuse « Trilogie du samedi » programmée sur M6 (chaine devant laquelle, décidément, j’ai passé beaucoup d’heures), surfant sur la mode conspirationniste lancée par The X-Files et s’inspirant des modèles du Fugitif et de Code Quantum, Le Caméléon joue sur plusieurs facettes, à l’instar de Jarod son personnage principal. Petit génie ravi à ses parents dans sa prime enfance pour être exploité par Le Centre, terrible et obscur lieu d’expérimentations diverses et variées, Jarod, devenu adulte, s’enfuit pour partir à la piste de son passé et découvre, entre deux entraides à son prochain, le plaisir des gourmandises sucrées (oui, oui). Le Centre – ce terrible et obscur lieu d’expérimentations diverses et variées souvenez-vous- missionne alors trois personnes pour ramener le fils prodige au bercail: Sydney (le mentor), Broots (l’informaticien) et l’impayable Mrs Parker. Fausse série mythologique, authentique soap familial, modèle de divertissement, Le Caméléon demeure surtout – et contre toute attente- très douée pour développer des situations comiques; les réparties de Mrs Parker, lointaine cousine d’une Emma Peel, y sont pour beaucoup dans le sel et le charme que prodigue ce show. Qui, et cela vous fera sûrement un coup de l’apprendre, fêtera ses vingt ans en septembre prochain.

Dawson (Dawson’s Creek, WB, 1998/2003 – 6 saisons, 128 épisodes)

DawsonŒuvre iconique de la WB, fer de lance de plusieurs autres teen drama (Felicity, Buffy, Gilmore Girls et dans une certaine mesure Smallville), Dawson est avant tout une série sur la nostalgie d’une adolescence transcendée. Fantasmée, rêvée, souhaitée, désirée et obligée d’être vécue pour pouvoir grandir. Car, même si le cadre est paradisiaque, grandir dans la petite ville balnéaire de Capeside n’est pas une sinécure. Il n’y a rien à faire, ou presque, à part attendre la fin de sa scolarité. Sincère dans sa peinture des sentiments, extrêmement bien dialoguée, agaçante parfois, transgressive souvent et crédible la plupart du temps, la série met d’abord en scène quatre personnages forts (La crique de Dawson, en anglais dans le texte, souligne bien l’importance du groupe ainsi que celle de la notion d’amitié), aisément identifiables – et donc mémorables- par leur discours hautement fleuri qui les oblige à vouloir sortir tout le dictionnaire. Alors certes, cette logorrhée existentielle, effaçant l’action au profit d’une parole permanente, a été mille fois caricaturée et raillée. Mais pour moi, elle fut un moyen de mettre des mots sur ce que je ressentais, surtout lorsque c’était Pacey Witter qui maniait le discours; Joshua Jackson, il faut le reconnaître, est tellement à l’aise dans son rôle de comique sensible que, lorsque je me remémore à l’occasion mes années lycée (ce qui arrive de moins en moins), j’ai toujours une pensée pour lui.

Felicity (WB, 1998/2002 – 4 saisons, 84 épisodes)

FelicityLoin des chausses-trappes, des faux semblants, des intrigues à tiroirs et des concepts pensés pour allécher le chaland (qui, plus tard, feront de son patronyme l’équivalent d’une marque à elle-seule), la toute première série de l’ami JJ Abrams fut une comédie modeste, sensible, toute simple et assez réussie…du moins pendant ses deux premières saisons. Pleinement consciente de ses clichés romantiques, charmante et divertissante, Felicity s’est voulu plus adulte que Dawson (lancée quasiment en même temps) pour la simple et bonne raison que son action se déroulait à l’université. En un sens, elle le fut: les études supérieures incarnent l’ultime période de transition avant l’âge adulte et l’on voyait clairement, en dehors de leur scolarité respective, les personnages tenter de trouver une raison d’être en dehors des murs du campus. Petits boulots, accrochages sentimentaux et ruptures chaotiques berçent le quotidien de Felicity Porter qui n’a d’yeux que pour Ben, le coup de foudre qui littéralement redonne à sa vie un nouveau départ. Avec les années, j’ai tendance à mettre radicalement de côté sa quatrième et étrange dernière saison, qui dériva dans un trip spatio-temporel à la Capra sans aucune direction ni maîtrise, pour ne retenir que les soliloques existentiels que livrait Felicity à son dictaphone, en fin d’épisode. C’est peu de dire que, pour moi, Keri Russell fut une révélation. Preuve en est que son seul nom au générique de The Americans justifia plus tard ma décision de regarder la série. Mais de cela, on en reparlera dans un prochain épisode.

Futurama (Fox puis Comedy Central, 1999/2013 – 8 saisons, 140 épisodes)

FuturamaEntre Futurama et Les Simpson, on m’a plusieurs fois demandé quelle était celle que je préférais le plus. Au début, je trouvais que la question n’avait pas lieu d’être: Les Simpson était Les Simpson et Futurama Futurama. Point. En réalité, je ne savais jamais quoi répondre. Après réflexion, je me demande si mon hésitation quant à trancher entre les deux ne tient pas au simple fait que Futurama reproduit (à merveille, évidemment) tout simplement ce qui fait la grandeur du génie de Matt Groening: des héros totalement idiots mais pleinement attachants, un ton comique ébouriffant, des constructions narratives d’une déconcertante complexité à l’intérieur desquelles les scénaristes, avec maestria, empruntent des dédales pour in fine toujours revenir sur leurs pas. Garantissant tout un boulevard de gags et de piques satiriques à l’égard de notre société, impressionnante leçon d’imagination à chaque épisode, Futurama est une série d’animation doucereusement cynique puisqu’elle ne dit, ni plus ni moins, que si les années et les siècles défilent à toute vitesse, l’Homme, lui, progresse à pas d’escargots. Autant vous dire que, pour moi, cela se boit comme un bon vieux Slurm.

Oz (HBO, 1997/2003 – 6 saisons, 56 épisodes)

OzUne épreuve n’est pas toujours facile à surmonter. Parce qu’il ne faudrait pas croire que regarder des séries se résument toujours à s’asseoir tranquillement dans son canapé. Regarder Oz n’est pas donné à tout le monde. Comprendre par là que les âmes sensibles (même celles qui ont le cœur bien accroché) peuvent aisément être traumatisées par ne serait-ce que le pilote de cette fiction hors norme, résolument atypique dans le paysage télévisuel moderne. Tant est si bien qu’à ma connaissance je ne peux trouver aucun équivalent au chef-d’œuvre de Tom Fontana. Regarder Oz, c’est avoir une idée de ce que cela donnerait si on nous forçait à manger une enclume: on sait pertinemment que c’est lourd (parfois très lourd mais c’est quasiment un euphémisme) mais, une fois à l’intérieur, on est déterminé à aller jusqu’au bout de notre peine. Violente, oui elle l’est, mais de manière tellement intelligente. Fascinante dans sa dextérité à passer d’un personnage à l’autre, dans sa radicalité et dans son absence de compromis, Oz n’est pas qu’une série carcérale, c’est un énorme poing frontalement adressée dans la face de l’Amérique. C’est probablement la série la plus pessimiste et la plus lucide sur l’espèce humaine. Chaque saison, condensée de 8 à 16 épisodes toujours intenses, brasse tellement de thématiques diverses et variées (sociales, sexuelles, spirituelles, philosophiques…) qu’elle demeure l’une des plus accomplies. Tout bonnement.

The Practice (ABC, 1997/2004 – 8 saisons, 168 épisodes)

The_Practice_Bobby_Donnell_AssociesBobby Donnell, Lindsay, Jimmy Berlutti ! Dieu ce que j’aimais cette série. Sans The Practice, je pense que je n’aurais jamais réussi à rédiger mes devoirs et autres dissertations avec d’autres mots de vocabulaires que « Hmmm », « Peut-être que » ou « En tant que moi-même, je pense que ». Avant d’être une excellente série judiciaire – The Good Wife lui doit énormément- The Practice est un véritable éloge de la dialectique, du discours, de l’argumentation et de la force influente que l’on peut cacher derrière chaque parole. Effrénée, toute en nerfs à vif et portée par des personnages toujours à deux doigts de fermer le cabinet, la série de David E.Kelley démontre tout le génie de cet ancien golden boy renommé. Avocat de formation devenu scénariste prolixe (La loi de Los Angeles, Docteur Doogie, Ally McBeal, Un drôle de shérif), E.Kelley fit avec The Practice un témoignage sans concession du système judiciaire américain doublé d’une peinture urbaine désespérée. Avec Urgences, elle demeure à mes yeux la deuxième plus grande série des années 90.

Profiler (NBC, 1996/2000 – 4 saisons, 84 épisodes)

ProfilerÉtrange série que celle-ci, également découverte au sein de la « Trilogie du samedi », ne serait-ce parce qu’elle plaça en prime time une certaine forme de morbidité, d’ambiance glauque et de romance malade entre un tueur en série et un agent du FBI. Lancée sur la NBC, la fiction de Cynthia Saunders (qui, à ma connaissance, n’a plus rien produit par la suite) raconte l’histoire d’une poursuite sans fin, d’une obsession mutuelle entre deux personnes possédant des objectifs radicalement opposés car liées par une relation funeste irréversible. Ponctuée d’épisodes autonomes qui illustraient les talents de Sam Waters (la fameuse profiler), Profiler regorgeait de récits troublants, de scènes sombres et effrayantes. Il n’est pas impossible que l’ensemble ait mal vieilli, tout comme il est certain qu’elle a posé, sur les épaules de The Mentalist et d’Hannibal, son aura résolument atypique.

Les Soprano (HBO, 1999/2007 – 6 saisons, 86 épisodes)

Les_Soprano_1Un monument. Un roc… que dis-je un roc, une péninsule ! Sur ce chef-d’œuvre des temps modernes, tout a été dit, redit, écrit, réécrit, digéré pour être une fois de plus analysé. Les Soprano est une série qui attire tous les superlatifs possibles et inimaginables que la Terre ait jamais portée. A raison. C’est une saga qui passionne, choque, trouble, fascine, tourmente et parfois même (souvent même) émeut. Car tout est projeté dans ce tableau familial tragique et terriblement pessimiste: les obsessions, les doutes, la violence, le sexe, la trahison, le pouvoir, la débauche, la déchéance, l’adultère, la politique, l’économie, la satire, la foi, l’errance, l’amour…Tout. En une décennie de diffusion, Les Soprano mit la barre tellement haut qu’elle attira plus de spectateurs que pour n’importe quelle série du câble. Encore aujourd’hui, la conclusion du grand œuvre de David Chase suscite colère, étonnement et questionnement, sans réel point final absolu. La télévision ne s’en jamais remis. HBO surtout.

South Park (Comedy Central, 1997 – 19 saisons, 263 épisodes)

South ParkJamais la vulgarité ne fut aussi bien érigée comme pareil étendard de lucidité sur notre monde. A croire que la petite ville fictive du Colorado se fait l’écho corrosif (mais c’est une évidence que de le formuler) de la logistique absurde de nos mœurs et de la politique en générale. Affreux, sales, méchants, tous les personnages de la série développée par Trey Parker et Matt Stone ont – depuis près de deux décennies- largement dépassé Les Simpson dans le registre de l’impertinence et de l’humour scatophile. Vilipendant tout sans faire n’importe quoi, South Park est plus qu’une série d’animation menée, et malmenée, par deux sales gosses qui se réjouissent de leurs méfaits. C’est la série la plus foutraque, la plus saccagée et la plus atteinte de tout le PAF de l’animation. La preuve même que l’anarchie est plus qu’essentielle ou évidente: c’est un succès.

Spin City (ABC, 1996/2002 – 6 saisons, 145 épisodes)

SpinCityMême s’il m’est difficile d’être objectif face à Michael « Marty McFly » J.Fox (bon, j’avoue que sa dernière série en date était un accident industriel des plus mémorables), Spin City demeure une excellente sitcom pour les deux raisons qui suivent. 1) En tant que comédie pure, elle remplit à merveille tous les cahiers des charges : des vannes timées à la seconde près, un décor restreint parfaitement exploité, des seconds rôles aussi solides que ne l’est la star (Paul, Carter, Stuart) et des running gags à la pelle (Dieu que Rags sera une source de fous rires inépuisable). 2) Caricature à peine difforme du monde politique, la série de Bill Lawrence (scénariste de plusieurs épisodes de Friends mais futur géniteur de Scrubs) rappelle en sourdine que nous sommes tous tristement dirigés par des bras cassés. Preuve en est que l’une des plus énormes bourdes du maire de New York débouchera sur le départ de Mike Flaherty (du, en coulisses, aux raisons de santé de Michael J.Fox) en toute cohérence. Et émotion.

Les Stubbs (The PJ’s, Fox puis WB, 1999/2001 – 3 saisons, 48 épisodes)

The PJ'sÉtonnante petite série comique qui utilisa le stop motion pour narrer, sur quatre saisons, le quotidien forcément perturbé d’une petite cité de Detroit. Excellemment doublée, prodigieuse démonstration de savoir-faire en matière d’animation -et originale, de surcroît- Les Stubbs pâtirent malheureusement d’un budget démesuré pour une audience déclinante. Avec le recul, et avec pareille équation, il ne pouvait en être autrement. On ne reprochera donc nullement la Fox d’avoir stoppé une production aussi courageuse car, durant sa courte existence, elle fut une réussite. Les décors étaient une merveille à observer, les personnages nombreux et incroyablement drôles, et les histoires s’enchaînaient sans temps morts. Indisponible en France, parfois visibles (mais dans une piètre qualité) sur Youtube, Les Stubbs demeurent, à tous points de vues mais surtout du mien, une rareté qu’on se doit de redécouvrir.

That ’70s show (Fox, 1998/2006- 8 saisons, 200 épisodes)

That70sshowQuand bien même elle n’eut rien de concret à dire d’une décennie qui traversa, pêle-mêle, le choc pétrolier, le Watergate, le mouvement hippie ou l’agonie bourbière du Viêt-Nam (et cela seulement sur le territoire américain), That’70s show utilisa à bon escient le contexte culturel de cette époque. Inventive dans sa mise en scène lorsqu’elle voulait sortir du rang imposé par la sitcom (caméra fixe, décor unique), parfaitement rythmée et interprétée, That’ 70s show est un réservoir de répliques qui font mouche et de gags désopilants. C’est bien simple, de la famille Forman à Hyde en passant par les Pinciotti à Fez, chacun des personnages possède en lui suffisamment de matière et de potentiel comique pour une sitcom à lui-seul. Personnellement, j’ai toujours eu un faible pour Leo, second rôle essentiel dans le paysage de Point Place, ne serait-ce que parce qu’il réussissait toujours à m’étonner sur la base d’un registre faussement limité (le hippie défoncé). Et depuis, j’ai toujours voulu me payer une petite visite dans le Wisconsin…

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