Game of Thrones (saison 6) – Tout doit disparaître

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(c) HBO

Les phénomènes de mode m’ont toujours intrigués. Vous pouvez prendre à peu près n’importe quoi ou à peu près n’importe qui, du moment qu’à peu près n’importe quoi ou qu’à peu près n’importe qui possède une exposition médiatique sortant le grand jeu, il y a de très fortes chances pour que le public réponde massivement en nombre. Mais ce qui demeure fascinant n’est pas tant le principe de réactions en chaine qui caractérise toutes sortes de modes -ce moment particulier où l’on ne sait plus très bien si les gens trouvent le sujet médiatisé proprement intéressant ou si, justement, tout le monde s’intéresse à ce sujet pour être à la page -mais lorsque le soufflet retombe. Inévitablement. Et ce qui est encore plus intéressant, lorsque le soufflet est retombé, c’est de voir ou lire des personnes raillant aujourd’hui la même chose qu’ils portaient aux nues hier.

Vous me direz que se démoder est dans l’ordre naturel des choses. Et puis, mine de rien, six saisons, c’est long pour une série, a fortiori pour une série aussi peuplée que ne l’est Game of Thrones. Ce n’est pas que la fiction de David Benioff et DB Weiss n’ait plus la côte – en termes d’audiences, elle est même exponentielle et je ne parle pas, bien sûr, de tous les produits dérivés possibles et inimaginables qui trônent toujours sur nos étals (ceux là prendront la poussière en temps voulus) – mais il semble qu’elle ne possède plus la même aura. Je parle là d’une réception critique et publique relativement tiède qui boudent le show pour des reproches que l’on pouvait déjà formuler lors des toutes premières saisons : lenteur, arythmie, manque d’évolution et de régularité. A vouloir voir les choses en grand, GOT s’est longtemps éparpillée en intrigues élaguées, faisant deux pas en avant pour aussitôt rebrousser chemin, tout en nous faisant croire que le surplace n’est qu’illusion. Qu’il était voulu, réfléchi, orchestré pour qu’en réalité nous acceptions de penser que les choses avancent toujours à petits pas. Dans la vraie vie, c’est sûrement vrai mais en fiction, dans ce registre qu’est l’aventure, on se doit de hâter un tantinet les évènements; un personnage comme celui de Daenerys – qui passe plus de trois saisons à se diriger vers Westeros pour revendiquer le Trône de Fer – serait presque révélateur de la pachydermie souvent agaçante caractérisant la série. D’où, ci et là, une moquerie justifiée envers un blockbuster qui a davantage pris ses aises que son réel envol. HBO, qui actuellement connait une nouvelle période de transition avec le départ de Michael Lombardo, a tellement surinvesti dans son bébé qu’il est normal qu’elle époussette les retombées du buzz qu’elle a savamment orchestré. Ajoutez à cela une fin programmée pour 2018, Game of Thrones tiendrait presque de l’histoire ancienne.

(c) HBO
(c) HBO

Et puis, un beau jour…l’écrivain George RR Martin a pris une petite pause bien méritée sur sa célèbre saga. Sa pause s’est transformée en vacances et ses vacances se sont elles-mêmes transformées en congés sabbatiques. Le plus drôle c’est que l’auteur continuait toujours d’écrire, parfois même des prequels à l’univers de son épopée fétiche, mais se contentait tout bonnement de se faire désirer; le nouveau volume étant sans cesse repoussé. Au lieu de s’en retrouver paralysés, Benioff et Weiss s’en sont émancipés. Quitte à s’éloigner voire trahir l’histoire originale. Quitte à précipiter les choses. Quitte à bâcler des intrigues qui s’engluaient dans des territoires dont on avait déjà oubliés les intérêts. Quitte, même, à faire table rase en bout de piste. L’amorce de rythme, déjà présente dans la saison précédente, se fait encore plus sentir dans cette sixième saison qui démarre très fort avant d’accuser le coup, pour mieux repartir dans une mécanique de narration où tout est à peu près prévisible dans les grandes lignes. Délaisser son côté poseur pour devenir un feuilleton où les coutures sont plus visibles, certes, mais plus efficaces, voilà le dernier tour de passe-passe qu’a réussi la série. Plus d’humour, moins de sérieux. Plus d’action, moins de palabres. On ne lui demande pas d’être telle qu’on nous l’a vendue ou ce que l’on a voulu voir en elle. On lui demande d’être un divertissement. Pas plus, pas moins. Les mauvaises langues auraient le droit d’avancer qu’il était temps. Et elles auraient raison. Tout comme comme elles auraient tort de ne pas reconnaître l’évolution tacite du show depuis deux ans; show dont, pourtant, je n’aurais jamais cru pouvoir un jour dire davantage de bien qu’aujourd’hui. Un show dont ne je n’attends rien de plus que ce qu’il m’offre mieux désormais: du bon temps. A l’instar de son traditionnel épisode neuf en point d’orgue, GOT n’a jamais été une grande série – et ne le sera sans doute jamais- mais elle est capable d’offrir de très grands moments. N’est-ce pas suffisant ?

Game of Thrones (HBO, USA, depuis 2011 – toujours en production)

 Saison 6 en dix épisodes diffusés du 24 avril au 26 juin 2016

Le site officiel de la série

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2 réflexions sur « Game of Thrones (saison 6) – Tout doit disparaître »

  1. Quelques considérations en vrac en complément à cet excellent résumé :

    – ce qui est particulièrement marqué dans le retour de buzz que commence à essuyer la série, ça m’a frappé en lisant les commentaires chez Pierre cette semaine, c’est que les gens reprochent à cette saison des défauts réels… qui étaient encore plus prononcés dans les précédentes (notamment les 4 et 5). Non seulement on a – c’est un quasi miracle – plein de scènes à 3 voire 4 personnages, mais il y a eu un vrai effort de fait quant au rythme, c’est tout de même triste de se voir reprocher maintenant la lenteur de l’intrigue alors qu’en saison 5, Brienne a passé 9 épisodes consécutifs à attendre en face d’une fenêtre qu’une lumière s’allume 😮 (marche aussi avec la saison d’avant où Stannis ne fait rien du tout à part aller à la banque)

    – c’est quand même un comble qu’il ait fallu que Martin parte en pré-retraite pour qu’enfin, Weiss et Benioff s’autorisent à réellement adapter. Ce mecs doivent vraiment être les showrunners les plus mous, faibles et soumis de la télé US.

    – ils tombent tout de même dans les mêmes écueils narratifs que Martin lui-même ; sous couvert de « tu l’avais pas vu venir celle-là » et de « bras armé de la fatalité », ils sont vraiment des spécialistes incontestés du « je ne sais pas comment boucler cette intrigue, tuons tout le monde ». En fait, Game of Thrones est un hommage permanent et vibrant aux séries de Shonda Rhimes.

    – peut-être parce que je n’attends vraiment plus rien, j’ai trouvé que cette saison était la plus chouette depuis longtemps.

    – ça va quand même être compliqué d’en faire encore deux dernières après l’élagage sauvage qu’a constitué cette saison 6. Je sens qu’on n’a pas fini de se plaindre de la lenteur…

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    1. Réponses également en vrac 🙂 :

      – La lenteur de l’intrigue était déjà un argument en défaveur de la saison 5…
      Bizarrement, ce ne fut pas mon impression – déjà à l’époque. Je trouvais justement que la série prenait ENFIN le temps de se rassembler pour aller de l’avant. Tu parles de Brienne: oui, d’un côté, c’est sûr qu’avec ce seul exemple il y a presque de quoi rire. Mais, de l’autre, on peut prendre tout l’arc autour du duo Tyrion/ Jorah ou, mieux, celui où Jon Snow tentant de convaincre les Sauvageons de ne plus s’éparpiller à faire guéguerre partout. D’une manière générale, on avait trois/quatre épisodes qui arrivaient à se suivre et qui faisaient progresser les intrigues de manière plus compacte, avec cette sensation d’assister beaucoup moins au Grand Zapping du Royaume des Sept.

      – Ce qui est cool, et je suis on ne peut plus d’accord avec toi, c’est la question du rythme qui faisait cruellement défaut à la série. Là, faut être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître le changement de cap. Et puis je n’en ai pas parlé dans l’article mais la mise en scène ne s’en porte que mieux. Même un épisode aussi prévisible que l’épisode 9 de cette année est d’une intensité monstrueuse…c’est quand même admirable en soi que d’arriver à te maintenir en haleine alors que tout s’enchaîne logiquement de la façon dont cela se devait de l’être, non ?

      – La saison coupée en deux fois sept épisodes n’est qu’un prétexte pour presser le jus jusqu’à la dernière goutte; là, je ne t’apprends rien. Mais j’ai presque envie de me dire que ça va obliger les rejetons de Shonda Rhimes à tendre davantage leur récit. Quitte à ce qu’HBO nous vende l’allongement de durée des épisodes (les derniers, on avoisinait quand même les 75 min) comme un évènement en soi 🙂

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