25 ans, 50 séries – Épisode 5: 2010/2015

The Americans (FX, 2013/toujours en production – 4 saisons, 52 épisodes)

the-americansLa série que personne ne regarde, à part les critiques et une poignée de blogueurs sériephiles avertis. Lancée au moment où Homeland était au cœur de la majorité des conversations, The Americans a probablement pâti du contexte de son lancement et du genre auquel on a voulu trop vite la ranger. Fausse série d’espionnage, The Americans est davantage un drame intimiste porté par deux acteurs merveilleusement funambules (Matthew Rhys et Keri « Felicity toujours aussi sexy en diable » Russell) qui tiennent l’équilibre émotionnel de la série pratiquement à eux-seuls. Dans un pays capable d’élire un ancien acteur tel que Ronald Reagan comme président, comment ne pas lire, au travers de la série développée par Joe Weisberg, une parabole sur l’apparence et l’image déguisée que l’on renvoie quotidiennement aux autres ? Outre cette lecture qui justifie à elle-seule tout l’attirail de déguisement de nos deux espions, The Americans livre (non sans suspense) surtout une réflexion pointue, poignante et pertinente sur le couple -cette symbiose précaire entre deux êtres qui se connaissent par cœur mais qui continuent de se découvrir- doublée d’une désacralisation totale du modèle familial si cher à nos amis d’outre-Atlantique.

Ah, au fait, vous ai-je déjà dit que j’aimais beaucoup Keri Russell ?
Oui ?
Alors enchaînons.

BoJack Horseman (Netflix, 2014/toujours en production – 3 saisons, 36 épisodes)

bojack-horsemanLa plus grande et la plus belle réussite du mastodonte Netflix n’est pas une série carcérale féminine et orangée, ni celle autour d’un Président corrompu qui manigance en voix off dans sa Maison Blanche, mais une série centrée sur un cheval dépressif, alcoolique et nombriliste. Lancée dans le courant de l’été 2014, BoJack Horseman s’est rapidement émancipée du registre de l’animation pure pour emprunter les chemins du feuilleton. Finis les épisodes autonomes avec un début, un milieu, une fin. Dans BJH, le temps est en permanence implosé puisqu’il est au coeur des préoccupations de tous les personnages. Un drame plus qu’un cartoon en quelque sorte, dans lequel chacun des protagonistes s’interrogent sur sa vie sociale, amoureuse, professionnelle avec, au centre des préoccupations, cette recherche d’un bonheur qu’ils n’arrivent pas à définir. Une série surprenante donc, capable de maîtriser son récit sur plus de quatre décennies, de lancer des vannes intergalactiques capables de rembarrer n’importe lequel des comédiens de stand up, gérant ses running gag avec un timing parfait et, surtout, susceptible de vous émouvoir au moment où vous y attendrez le moins. Une série dont la poésie mélancolique se révèle avec une grâce insoupçonnée.

hand-389120_960_720On en a parlé:

BoJack Horseman – Drame chevaleresque

 

Hannibal (NBC, 2013/2015 – 3 saisons, 39 épisodes)

hannibalSur le papier, Hannibal avait tout du projet casse-gueule. Tout. Sans parler du fait qu’elle mettait de nouveau en scène une figure monstre de la littérature policière, usée quasiment ad nauseam sur le grand écran, la série promettait de devenir un projet de plus à ajouter dans le tiroir de toutes les annulations décidées par NBC (ce qu’elle a été) et d’être un projet supplémentaire à inscrire également sur la liste de toutes les séries avortées auxquelles Brian Fuller avait participé (Dead like me, Pushing daisies). Mais ça, c’était sur le papier. Parce qu’Hannibal étonne par la teneur des ambitions qu’elle vise (et atteint, le plus souvent) à l’écran. La plus grande qualité de la série est assurément son parti pris esthétique, original et fortement souligné, dans lequel Bryan Fuller semble avoir dicté un impérial cahier des charges. Dans Hannibal, l’image se doit d’être glacée, irréelle sans paraître artificielle, et composée uniquement par des teintes automnales. De fait, cette dimension plastique donne un relief et une profondeur inattendus, conférant à de nombreuses scènes une élégance troublante. Il suffit de regarder le pilote pour constater que la direction artistique est portée à un niveau qui n’avait plus été atteint sur une chaîne de network depuis… Twin Peaks. Même si l’esthétisme primait trop sur la psychologie des personnages – et, du coup, nous faisait parfois décrocher – Hannibal s’est révélée de plus en plus prenante au fur et à mesure des épisodes, mettant l’accent sur l’incroyable duel psychologique et platonique entre Lecter et Graham. Dérangeante à plus d’un titre, s’octroyant la réussite d’imprimer sur pellicule la beauté du malaise et du macabre et de rendre concret le plus onirique de tous les cauchemars, Hannibal demeure, de loin, l’une des expériences télévisuelles les plus exigeantes de ce dernier quart de siècle.

Justified (FX, 2010/2015 – 6 saisons, 78 épisodes)

justifiedNe croyez pas ceux qui vous disent que le western est mort avec Sergio Leone: il suffit de regarder Justified pour les convaincre du contraire. Le point de départ de cette série atypique ? Une « bavure » comme on dit dans le milieu. Un prétexte pour ainsi dire. Une astuce brillante de mise en scène qui renvoie le Marshall Raylan Givens dans son Kentucky natal, celui là même qu’il avait fui, où il est sommé de laisser son arme à feu sagement rangée tout en ayant à charge de s’occuper de la criminalité locale. Si les premiers épisodes sont plus ou moins autonomes, les suivants dessinent une topographie étonnamment cohérente du lieu de l’action et dressent en parallèle le portrait d’une Amérique rurale totalement abandonnée. En somme, à Harlan, le choix est simple : soit tu deviens mineur, soit tu deviens hors-la-loi.

Si les guerres de clans et autres magouilles de criminels n’est pas nouveau sur le petit et grand écran, la série développée par Graham Yost puise dans son œuvre matricielle (les romans d’Elmore Leonard) pour y ajouter un supplément d’humour, d’ironie et de distanciation. Articulée autour de deux des antagonistes les plus cools de tous les temps (Raylan Givens donc et Boyd Crowder), Justified met constamment en scène des histoires étalées sur une saison, avec, souvent, des échos temporels inattendus de l’une à l’autre, où les personnages sont capables de se tailler civilement le bout de gras pendant des heures avant de se tirer dessus. Extrêmement bien dialoguée, terriblement drôle, elle se bonifie et se densifie au fil des saisons (la deuxième étant, de loin, la plus grandiose) avec un art de la nonchalance si élégant que ce n’en est même plus du génie. Mais de la classe, tout simplement.

The Leftovers (HBO, 2014/2017 – 3 saisons, 30 épisodes)

the-leftoversSurvivre à Lost, était-ce possible ? Damon Lindelof y répond en prenant le point de vue inverse, c’est-à-dire en choisissant le regard de ceux qui restent et non de ceux qui ont disparu. De ce choix logique dans l’oeuvre du scénariste, Lindelof a de nouveau raconté une histoire extraordinaire à taille humaine. Avec, toutefois, ce petit plus totalement déstabilisant qui joue énormément dans le pouvoir de fascination (ou de rejet d’ailleurs) qu’exerce la série. Autant, avec son lot de péripéties, de rebondissements et d’interactions narratives, Lost est devenue une ode au vivre ensemble et à l’aventure humaine, autant The Leftovers désarçonne par son ambiance chargée du poids de la culpabilité d’être vivant. Flirtant avec le mystère, la magie et la folie, The Leftovers est une série bouleversante qui se concentre  sur le réalisme cru des émotions et des sentiments. Sabordant les frontières entre le rêve et le réel, emplie d’un chagrin palpable mais portée par une envie crue de croquer ce qu’il reste encore de joyeux, The Leftovers est un petit miracle de sensibilité vive et tourmentée. Elle s’achève l’année prochaine et, autant vous dire que si elle continue sur sa lancée (la saison deux confinant au chef-d’oeuvre), elle possède d’ores et déjà sa petite place douillette dans mon Panthéon personnel.

hand-389120_960_720On en a parlé

Ce qu’il advient

 

Mr Robot (USA Network, 2015/toujours en production – 2 saisons, 22 épisodes)

Mr_Robot_TV_Series-978107021-largeLa lutte des classes, un sujet désuet ? Que nenni cher lecteur ! Sous les traits d’un hacker motivé par l’envie de changer le monde pour une meilleure répartition des richesses, Mr Robot interroge, trouble, fascine, séduit et déstabilise comme peu de jeunes séries parviennent à le faire. Loin d’être absconse et faussement complexe, la fiction développée par Sam Esmail (devenu, depuis la saison deux, seul maître à bord de la mise en scène) tisse une peinture incroyablement moderne sur un sujet intemporel. Le tout avec une virtuosité artistique ébouriffante. Une immense série, à la fois palpitante et pertinente, pessimiste et cynique, qui ne raconte rien d’autre que des hommes et des femmes cherchant encore un sens concret dans tout cet amas de réseau numérique qu’est devenu notre monde.

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Hacker vaillant

Rectify (Sundance TV, 2013/2016 – 4 saisons, 30 épisodes)

Lecteur, pour une fois, je vais me taire. Au sujet de Rectify, j’ai déjà énormément glosé. Si tu cherches un peu sur ce blog (allez je t’aide, clique donc ), tu verras vite pourquoi il est essentiel de regarder ce chef-d’oeuvre de finesse et d’écriture. L’immense série de Ray McKinnon s’achève le mois prochain et, quand bien même il est déjà incroyable qu’elle ait durée aussi longtemps, autant te dire que je suis déjà en deuil. Cher lecteur donc, je te laisse donc le choix et l’immense privilège de découvrir la série qui va te rappeler pourquoi il est à la fois beau et douloureux d’être en vie. Ci-dessous, tu as tout simplement un aperçu de ce qu’émane le show avec ce qui est, ni plus ni moins, rien d’autre que le plus beau générique du monde (*).

Treme (HBO, 2010/2013 – 4 saisons, 36 épisodes)

tremeLe destin faisant parfois bien les choses, ce classement purement et volontairement subjectif s’achève alphabétiquement en musique. Mais Treme, c’est un peu plus que cela. Treme, c’est de la musique mais aussi des ruelles, des lieux, des bars, des restaurants, des odeurs et des saveurs. Et des gens. Des gens partout. Des gens qui chantent, des gens qui jouent d’un instrument, des gens qui s’aiment, des gens qui se quittent, des gens qui se retrouvent et des gens qui partent. Treme, c’est l’histoire éternelle des hommes et des femmes qui ont des problèmes d’hommes et de femmes…et un petit ouragan nommé Katrina en plus à gérer sur leurs épaules. Avec Treme, David Simon n’a pas cherché à transposer The Wire à la Nouvelle-Orléans. Si elle ne possède pas les dimensions pamphlétaires de son grand œuvre basée à Baltimore, Simon, ici solidement épaulé d’Eric Overmyer, a cependant conservé les marottes de ce qui fait l’unicité de sa voix à la télévision: une empathie forte envers les gens, une colère saine contre l’injustice et la corruption ainsi qu’une charge lourde portée sur l’inefficacité criante de la politique économique actuelle.

Farouchement et férocement anti Bush à ses débuts, Treme a fini par puiser dans l’immensité chorale de ses personnages (tous attachants et vrais, y compris les crapules) pour mieux faire entendre tout ce qu’elle avait à dire et à raconter. Ironiquement, il ne se passe pas grand chose, Treme ne jouant pas sur les mêmes registres feuilletonesques qu’un Lost ou qu’un Mr Robot. Toutefois, tout en écartant d’un revers de note le condensé de toute série addictive qui se respecte (twists, rebondissements, cliffhangers), Treme a pris le temps de nous considérer comme un habitant à part entière de ce quartier haut en couleurs. Et si la dernière demi-saison est totalement dispensable, toutes les personnes ayant côtoyé DJ Davis, Janette Desautel, Toni Bernette, Big Chief Lambreaux ou encore le truculent Antoine Batiste songent toujours, à un moment donné, de revenir dans ce quartier qui, durant plus de trois années, fut un substitut vibrant, bouillonnant, coloré et vivant à notre maison.

hand-389120_960_720On en a parlé:

Treme – Coda

 

(*): Avec celui de Carnivàle nous sommes d’accord.

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