Journal de bulles #4

BullesFausse « petite » semaine qui, du coup, arrive en milieu de semaine. Moi qui voulait instaurer un rendez-vous hebdomadaire (tel que le créneau du lundi par exemple, je laisse celui du dimanche à l’illustre Golb pour son succulent Golbeur en séries), je tâcherais d’être un tantinet plus organisé pour vous donner de quoi lire et vous évader au fil des cases. Bonne(s) lecture(s).

Les Dalton – Le Premier Mort (Olivier Visonneau/ Jesus Alonso, EP éditions, 29 juin 2016)

les-daltonVenue de la part d’une maison d’éditions qui nous était totalement inconnue, Les Dalton réussit avec habilité et humilité l’alliage entre le documentaire et la biographie. De cette relecture d’un mythe historique du Grand Ouest, Visonneau et Alonso tire une épopée familiale digne de la tragédie grecque. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les frères Dalton n’ont pas toujours été les criminels dont notre imaginaire, en partie d’ailleurs grâce à Morris et Goscinny, s’est nourri. Ce premier tome décide donc de superposer les strates du temps pour revenir à une époque où les Dalton aspiraient à autre chose que piller des banques et tuer les pauvres ères qui se présenteraient sur leur chemin. Avec sobriété, honnêteté et conviction, le duo aux commandes de cette saga fraternelle privilégie les instants clés, se penche sur la psychologie variable entre les quatre hommes et multiplie les points de vue autour d’un destin dont on sait d’avance le tracé. Avec une prédilection pour les saisons mortifères (l’hiver et l’automne), Alonso choisit donc une tonalité funeste, non exempte de contrastes et de relief, pour servir avec grandeur une narration à hauteur d’hommes poussés par une ambition sans bornes. Une très bonne surprise.

Sweet Tooth, tome 2 (Jeff Lemire, Urban Comics, 8 juillet 2016)

sweet-tooth-tome-2On attendait beaucoup de la suite de cette histoire signée et dessinée par Jeff Lemire, dont le premier volet nous avait fortement tapé dans l’œil. On attendait beaucoup mais certainement pas un volume de cette ampleur et de cette grandeur ébouriffante. En plus de poser un à un les jalons de son terrible récit – avec un suspense et une utilisation de la violence aussi radicale qu’éprouvante- Lemire fait tournoyer le lecteur dans une mise en page spectaculaire, originale, superposant les sens de lecture et le découpage de l’action avec une acuité exceptionnelle. Les tribulations du jeune Gus et de ses camarades répondent parfaitement au code du récit de survie auquel, à travers la littérature, le cinéma ou les séries, nous sommes désormais habitué. Au travers de la pénibilité d’une errance jusqu’au boutiste pour trouver à la fois un possible refuge et une explication possible à la pandémie, Lemire dessine un constat radical (et terriblement pessimiste) sur l’Humanité. En clair: dans ce monde ravagé et dévasté, les adultes sont soit des brutes, des fous, des lâches, des sournois, des pervers, des hypocrites, des dérangés qui ferait passer Hannibal Lecter pour un joyeux drille, voire le tout réuni. Loin d’être des victimes, les enfants se frayent dans ce contexte une voie nécessairement semée d’embûches où même une possible et lumineuse issue n’est jamais totalement à l’abri d’un drapé de ténèbres. C’est passionnant, souvent dérangeant mais émouvant. En permanence. Là où le premier volet séduisait tout en montrant quelques limites, ce nouveau volume pousse plus loin la profondeur psychologique de ses personnages sans jamais jouer la surenchère. Alors que la conclusion arrivera début décembre, je ne saurais que trop vous recommander de vous plonger dans ce chef-d’œuvre de finesse brut où la poésie se bat pour fleurir sous une dureté sans nom.

Seuls, tomes 1 à 7 (Bruno Gazotti/Fabien Vehlmann, Dupuis, depuis 2006)

seuls-dupuisÉnorme succès commercial de la maison Dupuis (plus d’un million d’albums vendus, au bas mot), série phare du journal Spirou, je ne m’étais pas encore véritablement penché sur cette adaptation qui lorgne malicieusement en direction de Sa majesté des mouches. J’avais bien lu le tome 1 mais je ne m’étais pas jeté à corps perdu dans la suite des aventures de ces cinq enfants qui, un beau matin, se réveille dans un monde dénué d’adultes. Résultat, j’ai du m’avaler les sept tomes en deux jours (neuf sont publiés au total, un dixième arrive d’ici la mi-novembre et une adaptation cinématographique sortira dans le courant de février). Non seulement cela se lit très bien mais l’écriture de Velhmann est solide, efficace, et soignée. Gazzotti, dont le travail est réputé depuis la série Soda, insuffle le format parfait pour le dynamisme inhérent à cette série d’aventures.

D’un point de départ qui pourrait être un rêve de gosse (Chouette, plus d’adultes pour me sermonner, je vais pouvoir m’en donner à cœur joie), Gazzotti et Vehlmann tissent une épopée palpitante, cauchemardesque, glânant tout ce qui fait le sel de ce schéma fantastique (le mystère, l’ambiance y sont saisissants). En abordant des thématiques « classiques », de manière claire et concise (la solidarité, l’écoute, l’entente, l’organisation), les deux auteurs relancent les enjeux  en permanence avec un vrai sens du feuilleton. Tant et si bien que, même à hauteur d’adultes, Seuls demeure, sans nul doute, la série de BD jeunesse la plus accomplie du moment mais également l’une des meilleures en court. Tout court.

(c) photos: EP éditions, Urban Comics, Dupuis

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