Séries télévisées – Conversation avec Benjamin Fau

(c) Philippe Rey
(c) Philippe Rey

Qu’elles soient finies, annulées ou en cours de diffusion, les séries télévisées constituent à elles-seules un paysage incroyablement dense, d’une longévité historique riche de six décennies. Il est tellement de genres et de tons qu’il n’y aura jamais assez d’une vie pour tout explorer. Comme tout territoire qui se doit d’être visité pour qui veut tenter l’aventure, il est nécessaire d’avoir à portée de mains quelques outils susceptibles de pouvoir vous guider au mieux dans votre quête d’érudition et de divertissement. Dans la lignée des Téléfeuilletons de Jean-Jacques Jelot Blanc et Les Séries télé de Martin Winckler et Christophe Petit, Benjamin et Nils C.Ahl ont sorti, le 13 octobre dernier, la deuxième édition du Dictionnaire des séries télévisées aux éditions Philippe Rey. Une somme collective impressionnante de références, d’informations et de présentations critiques de tout ordre sur l’ensemble des séries ayant été diffusées en France. Soit une bible de plus de mille pages aussi bien idéale pour les curieux que les passionnés, écrites qui plus est avec un style qui ne manque pas d’humour. Il fallait au moins qu’on se pose un peu en compagnie d’un des comparses afin de sonder quelque peu son travail et l’interroger sur son propre regard de sériephile.

À quel âge êtes-vous tombé dans la marmite des séries ?
Je ne suis pas forcément le sériephile le plus précoce que vous pourriez trouver car je n’ai pas eu la télévision avant l’âge de 10 ans… J’ai donc raté une bonne partie des années 80 (j’ai rattrapé mon retard ensuite). Mais, comme beaucoup d’enfants, je lisais énormément de bandes dessinées, et notamment dans des hebdomadaires (Spirou, Tintin etc.) donc sous une forme finalement très proche des fictions télé : soit en séries proprement dites (avec des personnages récurrents – d’ailleurs le format du gag en une page est vraiment très proche des gags des shortcoms d’aujourd’hui), soit en feuilleton (on pourrait même dire que chaque album d’un héros formait l’équivalent d’une saison de série). Je pense que le virus vient de là. Les images se sont animées ensuite, c’est tout.

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(c) Max la menace NBC/CBS

Que regardiez-vous étant petit ? Quelles étaient les séries pour lesquelles vous étiez disposé à repousser le moment des devoirs ?
Dans mes souvenirs, je ne manquais pas un épisode de Max la Menace quand la série a été rediffusée sur La Cinq à la fin des années 80. Bon ce n’était pas un chef-d’œuvre, certes… Ensuite, j’ai enregistré l’intégrale (ou presque) des épisodes de Chapeau Melon et Bottes de cuir sur je ne sais combien de VHS. Et plus tard, au lycée, comme je n’avais ni le câble ni Canal +, c’était des amis qui me passaient leurs VHS de Seinfeld et de Spin City. Ouaip, j’ai dû bâcler quelques devoirs pour tout ça…

Comment en êtes-vous arrivé à écrire sur les séries ?
À force d’en parler avec Nils, à une époque où on travaillait ensemble. L’envie d’en parler est venue en même temps que l’idée du dictionnaire, qui était une forme qui nous excitait beaucoup – même si « exciter » et « dictionnaire » dans la même phrase, ça peut paraître étrange… Nils vient plutôt de la cinéphilie, et sa référence, c’était les dictionnaires des films de Tulard ou Lourcelles. Moi, je venais plutôt de la critique rock, et je pensais au Dictionnaire du Rock dirigé par Assayas. On s’est vraiment mis au travail quand on a eu la chance de trouver un éditeur qui croyait suffisamment dans le projet pour nous donner un budget, notamment pour rémunérer les contributeurs. Et après on a travaillé, on a creusé, on a découvert énormément de choses, et on s’est très vite que finalement c’était une bonne idée…

Qu’est-ce qui vous plait dans ce genre ?
Je réponds vraiment uniquement en mon nom là-dessus, et je pense que si vous interrogiez dix personnes, vous auriez dix réponses différentes. Ce qui m’attire le plus dans la forme, c’est de pouvoir développer des personnages, des intrigues ou même un univers dans une temporalité beaucoup plus longue qu’un film. La série et le feuilleton sont des formes de fiction à la fois extrêmement codifiées et potentiellement extrêmement riche – il faut juste que l’auteur parvienne à être suffisamment créatif pour tirer parti des contraintes, sans se laisser étouffer. Ce sont des arts du récit, comme les Mille et une nuits, L’Odyssée, Les Contes de Canterbury, Le Manuscrit trouvé à Saragosse, comme La Comédie Humaine ou comme A la Recherche du Temps Perdu. C’est peut-être excessif, mais je me suis toujours dit que le cinéma se rapprochait de la nouvelle, en littérature, tandis que la série se rapprochait du roman (sans même parler du roman-feuilleton ou des cycles romanesques). Et – mais c’est là un goût personnel, absolument pas un jugement de valeur – je préfère lire un roman qu’une nouvelle.

Regarder des séries est extrêmement chronophage. Comment vous organisez-vous ? Faites-vous des listes ? Un planning de visionnage ?
C’est très compliqué – surtout quand on ne regarde pas les mêmes séries que son conjoint, ou pas en même temps ! Pendant les quatre ans de travail sur la première édition, puis les deux ans qu’ont nécessité la mise à jour, on avait évidemment une liste (sa constitution a d’ailleurs été un travail à part entière) et on se partageait le travail. Hors période de travail, c’est beaucoup plus détendu. Je mélange en fait les pratiques : je regarde certaines séries au plus tôt après leur première diffusion (le matin au petit déjeuner, le soir quand je peux etc.) et je binge-watch certaines autres pendant les week-ends ou les vacances. Il n’y a pas de règle, c’est à l’envie. Pour le dictionnaire, évidemment, c’était beaucoup plus systématique et soutenu.

Une série s’inscrit et trouve généralement ses marques dans le temps. Au bout de combien d’épisodes forgez-vous votre opinion sur une œuvre ?
C’est variable selon le genre de la série, en fait. Il n’y a pas vraiment de règle ici non plus. On est tous d’accord qu’on ne peut pas émettre un avis définitif au vu du seul pilote d’une série. Et beaucoup de séries perdent de leur éclat à leur deuxième saison – ou, au contraire, prennent leur envol ! D’un autre côté, il y a également certaines séries qui respectent scrupuleusement leur format et leurs cahiers des charges sans s’en écarter… Ce n’est pas la peine de regarder trente épisodes de Diane, femme flic, de SODA ou même de The Big Bang Theory et de Game of Thrones pour se faire une idée juste de la série. Il y a un ton, un système d’écriture, un humour (ou pas), un univers, un traitement, qui ne changent pas. Par contre, si on juge Fringe, Lost ou 24 sur leurs seuls pilotes ou même leurs seules premières saisons, on risque de se planter. Récemment, de nombreuses séries ont brillé en première saison et n’ont pas réussi à continuer sur le même rythme ou avec la même invention: Broadchurch, True Detective, UNREAL, Mr. Robot… Dans l’idéal, il ne faudrait parler que des séries terminées. Et évidemment, il faut toujours en regarder plusieurs épisodes – et pas seulement en début et en fin de saisons.

(c) Daria - MTV
(c) Daria – MTV

Je ne veux pas être prescripteur : les gens qui vous expliquent à longueur de journée ce qu’il faut avoir lu, vu ou écouté, ce n’est pas mon truc. Je préfère en discuter.

Dans l’ouvrage qui vient de paraître, vous précisez qu’avec votre comparse et co-auteur Nils C.Ahl, afin de vous fixer une limite et un cadre qui soient cohérents, vous avez exclu de votre corpus les séries d’animation. Néanmoins, quelles sont celles que vous recommanderiez chaudement autour de vous ?
Beaucoup, et ça a été un crève-cœur de ne pas en parler du tout dans le Dictionnaire. Mais c’était impossible, pour des raisons évidentes de place – ou alors il aurait fallu faire une sélection drastique et on cassait alors l’idée d’« intégrale », on devenait prescripteurs de nos « séries d’animation préférées », ce qu’on ne voulait pas. Pourtant, Les Simpsons et South Park, au moins, font partie intégrante de l’histoire de la télévision. Et personnellement, je mets très, très haut au panthéon des fictions Daria, Futurama, le Batman de 1992, Avatar : le dernier maître de l’air, Cowboy-Bebop, le premier Dragon Ball de 86-89, L’Attaque des Titans… Il faudrait un autre ouvrage pour en parler, en fait.

Avec ses 4200 entrées, ce dictionnaire donne un aperçu de toutes les séries diffusées en France. Comment s’est opéré le travail de recensement et sur combien de temps ?
Le principe, c’était de parler de toutes les séries diffusées en France donc on a commencé par rassembler toutes les données existantes : livres sur le sujet (ils sont tous dans la bibliographie en fin de dictionnaire), sites internet, articles, données de l’INA par exemple, et puis, bien entendu, les journaux de programme TV. Et puis on a tout mis dans de gros tableaux Excel. La liste a continué de croître sans cesse depuis sa première version : avec les nouvelles séries diffusées mais aussi d’autres qui étaient passées au travers de notre tamis. On a également la chance d’avoir des lecteurs adorables qui nous ont signalé des oublis, désormais corrigés dans la deuxième édition. Globalement, et de manière assez étonnante, c’est avec les années 80 qu’on a eu le plus de mal pour trouver des infos et de la matière. Surtout le début des années 80 et un grand nombre de « petits » feuilletons de 6-10 épisodes produits assez discrètement en France.

On a souvent lu, dit et entendu que regarder des séries en France était mal vu. Avec cette démocratisation qui passe aussi bien par les éditions DVD, la VOD que les sites de streaming, pensez-vous encore que le genre de la téléfiction est déconsidéré ?
Plus maintenant et plus du tout auprès du public. C’est assez récent : il y a quinze ans, on n’imaginait pas parler de séries télé le matin à la machine à café du boulot ou encore à un premier rendez-vous. Maintenant, si, c’est complètement entré dans les mœurs et la série est devenu un produit culturel populaire au même titre que le cinéma. Par contre, du côté des diffuseurs, il reste encore beaucoup de travail et la France est nettement en retard. Au sein des chaînes, les rapports entre les responsables de la fiction et les créateurs de série sont encore souvent compliqués. La série est souvent vue, y compris dans le milieu artistique, comme le petit frère un peu malade du cinéma: on y gagne moins d’argent, on y travaille plus vite, c’est sans doute pour ça. Et dans les médias traditionnels, les séries sont prises en charge soit par les journalistes télé, soit par des journalistes cinéma, mais n’ont pas d’autonomie éditoriale. Ça aussi, ça commence à changer, mais tout doucement. Il reste compliqué de trouver une fenêtre d’expression sur les séries dans les médias, même en 2016…

Quels arguments pourriez-vous fournir à quelqu’un qui affirme ne pas s’intéresser, ou vouloir s’intéresser aux séries ?
Aucun, je n’aime pas convertir les gens. Je pense que je laisserais plutôt trainer des DVD ou des fichiers de séries qui pourraient, à mon avis, et connaissant la personne, l’intéresser. Et que j’évoquerais devant lui telle ou telle bonne série au gré de la conversation, en la reliant à un sujet qui l’intéresse. Mais même après 1200 pages en double colonne et petite police, je ne me sens pas comme un croisé. La série est une forme fictionnelle comme une autre : il se trouve que je l’aime et que j’ai écrit un Dictionnaire pour en parler. Mais je ne veux pas être prescripteur : les gens qui vous expliquent à longueur de journée ce qu’il faut avoir lu, vu ou écouté, ce n’est pas mon truc. Je préfère en discuter.

Hormis Arte ou Canal Plus qui diffusent des séries nordiques et européennes, l’offre que le spectateur a sa disposition est essentiellement américaine. Que pourriez-vous conseiller comme séries étrangères qui méritent amplement le détour ?
Ces dernières années, en plus des séries nordiques qu’on connaît bien désormais (trop bien ?), il y a pas mal de choses intéressantes qui ont été produites en Belgique et en Amérique du Sud. France 2 a diffusé récemment La Trêve, et il y a eu également Ennemi Public, deux séries belges sombres mais formidables chacune à sa façon. Il y a aussi l’Italie qu’on découvre avec bien entendu Gomorra mais également 1992, un excellent thriller politique beaucoup trop peu remarqué ici. En 2017, Canal + diffusera El Marginal, une très grande série venue d’Argentine. Il est même possible qu’on assiste à une vague du polar sud-américain, tout comme il y a eu une vague du polar scandinave… Mais je joue les Élisabeth Tessier, là, alors je m’arrête !

Vous êtes également musicien. Quel serait l’artiste ou le groupe de musique qui mériterait de voir sa vie et sa carrière étalées sur plusieurs saisons ?
Je n’aime pas trop les biopics, à moins qu’ils soient étroitement reliés à l’évolution du monde et de la société, donc je ne sais pas trop quoi répondre. Elvis Presley, ce serait passionnant, notamment pour l’Amérique des années 50-60, mais il faudrait se détacher de l’imagerie qui l’entoure. Beaucoup d’autres pourraient faire une bonne grosse minisérie, mais pas forcément plus : John Lennon, Jimi Hendrix, les Sex Pistols, Brian Wilson… La vie d’un musicien, même très connu, ce n’est pas forcément passionnant : l’essentiel de son temps, il le passe à jouer de la musique et à attendre de jouer de la musique. Bon courage pour écrire un scénario à partir de ça. En fait, il faudrait mieux écrire une série sur un groupe qui ne connaît jamais le succès, mais continue à jouer de la musique envers et contre tout. Un groupe différent par saison, une époque différente aussi. Là, on aurait beaucoup de choses à raconter, de possibilités dramatiques… D’ailleurs, excusez-moi, il faut que j’écourte cette interview pour prendre des notes…

Quelle est la série qui a changé votre façon de voir le monde ? Et pourquoi ?
Aucune. Ou toutes, ensemble. C’est l’ensemble de notre culture qui modèle notre vision du monde, pas un fragment de notre culture pris indépendamment. Enfin, il me semble. Il y a des gens qui ont influencé ma vie ou ma façon de voir le monde, mais pas des œuvres.

Quel est le classique auquel vous n’adhérez pas malgré toutes les louanges qu’il récolte ?
The Walking Dead. J’ai essayé, je comprends même pourquoi on trouve des qualités à la série, mais elle me tombe des yeux. C’est subjectif, mais ça arrive. Heureusement. Sinon, la critique culturelle serait une science exacte. Et qu’est-ce que ce serait chiant…

Toby Ziegler, A la Maison Blanche (c) NBC/ Warner Bros
Toby Ziegler, A la Maison Blanche (c) NBC/ Warner Bros

Si vous pouviez être un personnage de série, vous seriez…
Toby Ziegler de A la Maison-Blanche. J’ai encore un peu trop de cheveux mais le temps travaille à corriger cela.

Quelle est la série actuelle qui vous stimule le plus et qui vous fait compter de désespoir les jours qui passent entre chaque épisode ?
J’attends la suite (et fin) de Game of Thrones avec impatience et j’ai tendance à regarder chaque épisode le plus tôt possible…Idem pour Doctor Who. Ce sont des séries objectivement réussies et qui, subjectivement, appartiennent à des genres que j’aime particulièrement. The Leftovers et Black Mirror, tenez, eux aussi je m’impatiente entre deux saisons (l’intervalle est fort long, ça n’arrange pas). Récemment, les deux premiers épisodes de Westworld m’ont sérieusement accroché, mais ce sont que deux épisodes, alors je me méfie encore un peu. Mais il y a tellement de séries, et de séries de qualité, qu’on peut très bien attendre le prochain épisode ou la prochaine saison de sa série préférée en regardant plein d’autres séries !

Vous avez un coup de blues. Vous rentrez chez vous mais, désespoir, vous n’avez plus de tablette de chocolat. Que regardez-vous pour vous consoler ?
À la Maison-Blanche, sans hésiter. C’est drôle, humain, intelligent, il y a de tout, et tout ce qu’il faut pour me remettre d’équerre. Mais de toute façon j’ai toujours du chocolat.

Quelle est la série que vous recommandez le plus autour de vous ?
Ça dépend des gens, mais en général j’en arrive à conseiller The Wire, Six Feet Under, Les Sopranos, la version anglaise de The Office, A la Maison-Blanche… Récemment, Fargo, The Leftovers et Black Mirror.

Quelle est la série sur laquelle vous êtes intarissable ?
The Wire, sans conteste, parce qu’on peut en parler pendant des heures sans jamais, à mon avis, en épuiser toute la substantifique moelle. C’est comme du Dickens, du Steinbeck ou du Zola. Je peux parler également très longtemps de Doctor Who, y compris désormais les épisodes « classiques », et de Kaamelott. Si, si, Kaamelott, il y a beaucoup de choses à en dire – et en plus c’est hilarant.

Sans spoiler, vous préférez la fin de Lost ou celle des Soprano ?
Celle des Soprano, mais je ne sais pas comment l’expliquer sans spoiler. Disons que vouloir tout boucler et tout expliquer peut conduire à décevoir, à mécontenter, ou à souligner d’autant plus fortement les éventuels plotholes. Et puis quel besoin avons-nous d’avoir à tout prix une « fin » ou une « explication » ? La fin des Soprano, c’est un peu comme un magicien qui finit son tour et quitte la salle sans l’expliquer… Ça garde la magie intacte.

C’est la fin du monde. Vous avez la possibilité d’envoyer dans l’espace l’intégralité d’une série pour laisser un souvenir et une trace notable de l’Humanité. Laquelle choisissez-vous ?
Ça dépend. Si je veux transmettre une image positive de l’humanité, j’envoie A la Maison-Blanche. Si je veux transmettre une image honnête, j’envoie The Wire. Si je n’arrive pas à choisir, j’envoie Six Feet Under.

(c) Philippe Rey
(c) Philippe Rey

Dictionnaire des séries télévisées, 2ème édition, ouvrage collectif supervisé par Benjamin Fau et Nils C.Ahl

Paru le 13 octobre 2016 aux éditions Philippe Rey.
1116 pages, 34.90 €

Plus d’informations sur le site de l’éditeur

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