Remercier Robert Zemeckis…

Il n’est pas de ceux que l’on cite. Célèbre mais pas célébré. Connu mais pas reconnu. Ne me demandez pas pourquoi, ni même pourquoi maintenant, mais j’ai décidé de rendre hommage à un bonhomme qui, certes, s’enlise depuis une longue décennie sur des projets à l’aura peu heureuse mais qui peut se targuer également d’avoir réalisé quatre films qui comptent parmi les plus populaires de tous les temps. Pourquoi ? Allez, probablement parce que, précisément, ces quatre films comptant parmi les plus populaires de tous les temps excusent absolument toutes les erreurs de sa prolixe carrière. Autant de raisons qui font que, malgré tout, si son nom ne vous évoque rien directement, vous connaissez tous Robert Zemeckis d’une manière ou d’une autre. Dont acte.

roger-rabbitJ’ai cinq ans. Peut-être six. Ou peut-être cinq ans et demi, je ne sais plus. Toujours est-il que je suis petit. Suffisamment petit pour qu’on m’octroie le droit d’avoir un rehausseur de siège pour que mon champ de vision ne soit pas obstrué par le haut du fauteuil de cinéma devant moi. Ma marraine m’a accompagné voir un film qui, je le sais aujourd’hui, a été mon premier vrai choc cinématographique. Mais de cela, à l’époque, je ne m’en préoccupe pas encore. Ce que je sais c’est que je suis de sortie. Que je vais voir un film. Et que rien que le simple fait d’être présent dans une salle de cinéma m’enthousiasme au plus haut point. Dans quelques instants, je vais découvrir le logo des Maroon Cartoons et le dessin animé Qu’est-ce qui se mijote ? qui sert de préambule à Qui veut la peau de Roger Rabbit ? A l’époque je ne sais pas ce qui m’attend. Je suis complètement abasourdi de voir ce lapin se prendre autant de choses et d’objets lourds sur la tête. Mais ce qui va le plus m’impressionner – et me fasciner comme des millions de spectateurs en cette année 1988- c’est de voir que de vraies personnes conversent et déambulent en compagnie de personnages dessinés. Que le tout a l’air vrai, réel, cohérent, crédible. Plus que l’histoire (dont je lirais au fur et à mesure de mes mille milliards de visionnages à venir toutes les subtilités et les nuances), c’est la magie qui s’opère à l’écran qui me happe et m’hypnotise. Je suis tellement subjugué que lorsque sort la cassette VHS du film, j’en suis à placer mon lecteur de cassette audio Fisher Price derrière l’écran pour enregistrer l’intégralité du film en version française. C’est vous dire si je connais par sur le bout des doigts les dialogues de ce film incroyable que j’aime, sans nostalgie aucune, revoir avec un bonheur monstre tant son charme sur moi opère toujours.

retour-vers-le-futur-2Plus tard, chez un copain de classe de CE2, je tombe sur une VHS intitulée Retour vers le futur 2. Une fois encore, je ne me pose pas de questions. Je ne sais pas de quoi cela parle mais je suis intrigué. Je n’ai même pas la jugeote de demander au dit copain si, par hasard, il n’aurait pas le premier volet de ce film dont je trouve le titre on ne peut plus cool dans sa vidéothèque. Je fais donc connaissance avec Marty McFly et Doc Brown en pleine transition et j’embarque immédiatement avec eux sans me sentir égaré dans tout le flux d’informations ou de références au premier opus. Ce que je sais, c’est que j’adore la DeLorean même si je ne sais pas conduire. J’adore le Hover Board même si je n’ai jamais fait de skateboard de ma vie; d’ailleurs je dis à ma mère étonnée que c’est ce cadeau que je veux pour Noël. Je frissonne devant Biff Tannen et son trio de sbires pourtant peu futés. Je me dis que Doc Brown a une sacrée chevelure et que Marty est le type de copain que j’aimerais beaucoup avoir dans la vie. Bref, j’adore tout de la première à la dernière minute parce que Retour vers le futur deuxième du nom, en plus de parfaitement s’imbriquer dans un récit déjà parfaitement agencé, fonctionne parfaitement en tant que tel. Par chance, Retour vers le futur 3 passe dans la foulée sur Canal Plus – à l’époque où l’on attendait une année ENTIÈRE avant qu’un film en salles puisse être diffusé sur un petit écran (et sur une chaine privée qui plus est)- et je demande à un autre copain de classe (heureusement qu’ils sont là les copains) de me l’enregistrer. Je le regarde deux fois de suite dans le même week-end. Et comme les astres s’alignent judicieusement bien, je reçois pour mon anniversaire la cassette VHS du premier Retour vers le futur que je découvre, enfin et en toute logique, en dernier. Je ne vous raconte pas la tête que je fais lorsque je constate que l’actrice qui joue Jennifer n’est pas la même.

Qu’importe. Marty a beau avoir suscité chez moi une carrière de skateboardeur riche de deux semaines, je dois beaucoup à Retour vers le futur. Énormément. Non seulement la trilogie fait partie de mes films de chevet que je peux, inlassablement et indéfiniment regarder avec un plaisir intact, mais je la considère en toute objectivité comme la meilleure trilogie du monde jamais réalisée. Loin, loin, très loin devant celle du Parrain ou d’Indiana Jones (non, non, arrêtez de rigoler, le quatrième n’existe pas) ou de n’importe quelle œuvre Kieslowskienne. Comprenne qui pourra.

forrest-gump

Les années passent. Je grandis. Je n’ai pas encore de poils au menton mais je ne dénigre pas mes amis d’enfance sous prétexte que j’ai découvert d’autres personnages et d’autres univers. Roger Rabbit, Eddie Valiant, Marty et Doc sont toujours là, fidèles, mettant à rude épreuve mon magnétoscope qui se demande s’il n’existe pas, dans un monde parallèle, d’autres bandes magnétiques à se mettre sous la dent.

C’est à peu près à ce moment là que le dit appareil et moi-même découvrons Forrest Gump. On peut dire ce qu’on veut de ce film. D’ailleurs, on a peu près tout dit et souvent n’importe quoi. J’ai même lu un jour que Forrest Gump était explicitement réactionnaire tant le parcours de Forrest et de Jenny prônait d’un côté la vertu du rêve américain et de l’autre le fait de payer pour ses outrages aux bonnes mœurs. Quel ramassis d’idioties digne du plus parfait sinistre cynique. Il faut vraiment en vouloir au monde entier pour en vouloir à un film pareil. Je le concède volontiers: Forrest Gump regorge de bons sentiments. Parfois même jusqu’à en déborder du cadre de l’écran. Mais il est riche d’une sensibilité à la fois pure et innocente qui fait mouche à chaque fois. Si l’expression « Cours Forrest, cours » est passée dans le langage courant au point d’en éclipser quasiment tout le reste de l’histoire, on en oublie, entre deux moqueries, que le film recèle des scènes surprenantes et d’une poésie absolue. Simples en apparence mais d’une émotion brute, instantanée et presque audacieuse. Je ne parle pas des nombreuses morts auxquelles va être confronté Forrest (je me retiens de dévoiler des éléments de l’intrigue au cas où un ermite quelconque viendrait à avoir une connexion Internet et tomberait sur ces lignes) mais de ces scènes où l’on découvre au fur et à mesure à quel point Forrest est un personnage qui passe la totalité du film à combattre une solitude qu’il n’a pas choisit; je vous laisse le loisir de revoir ce classique instantané des années 90 pour comprendre de quoi je parle.

seul-au-mondeEn ce sens, il n’est guère étonnant que les retrouvailles entre Zemeckis et Tom Hanks se placent sous le sceau d’une relecture du Robinson Crusoé de Daniel Defoe. Il fallait au moins deux poids lourds de l’industrie hollywoodienne pour imposer une histoire dans laquelle le spectaculaire est rapidement bazardé dès son introduction pour ensuite laisser le récit avancer à hauteur d’homme. Véritable one man show taillé sur mesure pour et par Tom Hanks (qui, de mémoire, n’a jamais été aussi bon dans un rôle aussi périlleux), Seul au monde synthétise de manière tacite tout le sel de la filmographie de Zemeckis: une maitrise hors pair des prouesses techniques, un choix de casting toujours pertinent et surtout cette faculté, humble mais tangible, d’immerger le public au plus près de l’univers où évolue(nt) le(s) personnage(s). Vous me direz qu’il n’y a rien de plus simple que de résumer l’intrigue de Seul au monde: un homme réchappe à un accident d’avion, il trouve refuge sur une île et apprend à survivre en attendant qu’on le retrouve. Formulé de la sorte, c’est sûr qu’il n’y a pas de quoi en faire, précisément, toute une histoire. Et pourtant je vous mets au défi de me répondre que vous ne vous êtes pas laissé avoir sur chaque petite victoire accomplie par Chuck Noland. Des victoires à la fois anodines mais extraordinaires telles que réussir à faire du feu, pêcher du poisson ou construire un radeau dans le but de quitter ce décor à la fois paradisiaque mais cauchemardesque. Et puis, entre nous, même si le talent de Tom Hanks pèse évidemment dans la balance, n’est-il pas incroyable de parvenir à vous émouvoir de la perte d’un ballon de football américain ?

Donc, pour la somme de ces films prodigieux, magiques et hautement enthousiastes, pour ces personnages faisant mondialement partie de l’imaginaire culturel et pour lesquels chacun d’entre nous réussit à tisser une relation qui lui est miraculeusement propre et unique, un beau et grand MERCI à vous m’sieur Zemeckis.

(c) photos: Universal, 20th Century Fox, Dreamworks Pictures

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