Ah, au fait, et Westworld ?

mondwestEn 1973, le film Mondwest écrit et réalisé par Michael Crichton, ancien urgentiste qui payait ses études de médecine en écrivant des romans et depuis devenu l’écrivain que l’on connait, mettait en scène un parc d’attractions ayant pour thème le Grand Ouest dans lequel des personnes fortunées venaient se divertir en cherchant des sensations fortes. Mine de rien, avec une économie de moyens et une ambiance particulièrement réussie, le film disait beaucoup de choses. Non seulement, à l’instar des œuvres de Sam Peckimpah ou de Sergio Leone, il participait à l’époque au chant du cygne d’un genre cinématographique autrefois populaire sur quatre décennies mais il s’incluait également, modestement mais avec pertinence, au cœur du foyer SF cher à Philip K.Dick ou Isaac Asimov.

Bien avant Jurassic Park, qui repose exactement sur les mêmes thèmes, Mondwest fonctionnait efficacement parce qu’il ne débordait pas du rail principal de ce qui alimentait son suspense et son propos: le dérèglement de ces robots utilisés pour stimuler les visiteurs qui échappent, de fait, au contrôle de leurs créateurs. En cela, la morale de Mondwest ne cachait rien d’autre qu’une simple mise en garde contre l’ambition et la volonté de l’Homme à vouloir dompter une Nature, ou un ordre naturel des choses, qui s’effarouche toujours si on tente d’avoir le dernier mot. Il y avait là la matrice simple d’une bonne série. Et, s’il y eut une tentative entamée en 1980 de transposition du film de Crichton sur le petit écran, il n’est guère étonnant qu’HBO se soit emparée de cette histoire pour tenter d’en forger une réussite supplémentaire à son palmarès.

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Le problème… c’est que cela ne fonctionne pas. Ou peu. Ou pas assez. Ou peut-être pas de la manière dont on voudrait. Ce n’est pas que, comme la plupart de toutes les grosses machines produites par HBO, Westworld ne soit pas à la hauteur du buzz qui l’accompagne; je ne suis plus ce petit garçon qui s’enflammait devant la réussite d’une bande annonce et qui jugeait devant la qualité du dit montage de l’éventuelle qualité du film à venir. Si elle déçoit, c’est parce que la série développée par Jonathan Nolan et Lisa Joy regorge de possibilités et de perspectives mais, pour on ne sait quelles raisons, demeure sur le seuil d’un territoire terriblement riche sans avoir le courage de s’y aventurer. Pleinement.

ww3Le réveil d’un monde, ou d’une civilisation (fusse-t-elle androïde), face à sa propre conscience et identité est traité sommairement, si ce n’est grossièrement. Si l’on pense beaucoup au Frankenstein de Mary Shelley, œuvre littéraire phare dans laquelle un être humain défie les lois de la nature pour répondre à un sentiment de colère et d’impuissance face au cycle de la vie, Robert Ford, le créateur et fondateur du parc, et par là-même l’équivalent de Victor Frankenstein, n’est rien d’autre qu’un artiste démiurge qui fait mumuse avec ses jouets. Campé ici par Anthony Hopkins (qui fait le job, ni plus ni moins), Ford anticipe donc tous les coups de son scénario écrit à très grande échelle. En dehors de cela, de cette posture de visionnaire qu’on lui attribue et pour laquelle même ses employés le sacralisent, le personnage ne possède aucune profondeur. Et comme on ne caste désormais plus Hopkins pour interpréter autre chose que des figures inquiétantes, le spectateur n’est nullement dupe de la fausse ambiguïté qui l’entoure. De même, on a beau régulièrement assister aux coulisses du parc, les scènes autour des équipes techniques manquent cruellement d’autres enjeux que ceux de la maîtrise de la narration puis de la reprise de la maitrise de la narration: l’allégorie de tout auteur qui relancerait la machine de son récit est caduque au bout de deux épisodes. Quant aux jeux de pouvoir au sujet de la récupération financière de l’attraction, elle n’a d’intérêt de que celui de faire faussement le lien entre deux scènes et passionne évidemment moins que la révolte (un tantinet ronflante) des hôtes qui se prépare sur scène.

La série pêche également par absence d’empathie, ici totalement remisée au placard. Le personnage de Dolores (Evan Rachel Wood) a beau demeurer volontairement le noyau émotionnel vers lequel convergent toutes les storylines, le reste de la série semble n’être qu’un prétexte pour satisfaire les fantasmes obscènes des scénaristes/spectateurs. A aucun moment, la violence et les innombrables et luxueusement inutiles scènes de sexe servent le récit qui nous est raconté. Ou, si tel est le cas, cela manque cruellement de subtilité: le fait d’autoriser les visiteurs à exprimer leurs plus bas instincts n’excuse ni ne justifie la répétition d’un érotisme lourdingue qui, sans être prude pour autant, finit par devenir carrément dérangeant.

L’unique réussite, somme toute relative parce que sous-exploitée, demeure cette quête des personnages (fictifs et réels) vers un sens quant à leur présence en ces lieux totalement montés de toutes pièces et pour lesquels on se déplace en masse pour chercher une forme de vérité. Cela aurait pu facilement alimenter un suspense passionnant pendant deux ou trois saisons. Histoire de non seulement nous tenir en haleine mais aussi de perdurer une forme de charme un peu troublant autour de cette question simple mais oh combien existentielle… qui sommes-nous ? Visiteurs ou hôtes, Westworld touche alors du bout des doigts ce qui aurait du être son seul et unique sujet: la problématique d’un monde au-delà du monde, sa découverte et l’envie, ou non, de s’en affranchir.

serveimageWestworld (USA, 2016, HBO – 1 saison, 10 épisodes)

Série télévisée américaine créée par Jonathan Nolan et Lisa Joy. Diffusée du 2 octobre au 4 décembre 2016.

Le site officiel

(c) photos: HBO/ MGM

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