Ah, au fait, et La La Land ?

la-la-land-afficheDisons-le tout net d’entrée pour couper court à tout suspense et faire taire les mauvaises langues qui penseraient précisément que j’allais en dire du mal: c’est bien. C’est même très très bien.

Les voix dissonantes étant tout bonnement inaudibles au vu du brouhaha enthousiaste et dithyrambique qui contamine une importante partie de la critique mondiale, il est vrai que La La Land est l’exemple type du film sur lequel tout le monde s’enflamme au risque de décevoir – ou d’irriter – à la hauteur des clameurs phénoménales qui l’entourent. Ajoutez à cela une pluie de récompenses au derniers Golden Globes ainsi qu’une liste démesurée de nominations aux Oscars, laissant peu de chance aux autres concurrents de se faire une place dans la course à la statuette, et vous auriez toute les raisons du monde de snober l’évènement cinématographique de l’hiver.

Sauf que La La Land n’est pas n’importe quel film. Pour la simple et excellente raison qu’il n’est pas réalisé par n’importe qui. Damien Chazelle, nouveau chouchou du jour sur qui personne ne voulait miser un kopeck hier, était déjà l’auteur de Whiplash, morceau de bravoure cinématographique acerbe et brutal autour de la réussite artistique. Dans l’univers hollywoodien tel qu’on le connait aujourd’hui, où franchises et remakes ont pignon sur boulevard, qu’un tel projet existe n’est ni le fait d’une nostalgie désuète ou d’une rétrograde aberration mais bel et bien au fil d’une œuvre qui se confirme; celles et ceux qui ont déjà vu Miles Teller saigner et suer sur ses cymbales possèdent déjà une petite idée de la manière dont Chazelle regarde ces êtres prêts à brûler leurs ailes pour toucher les cieux.

Il ne pleut jamais dans La La Land. De fait on aurait donc tort de croire qu’il s’agit là d’un bon feel good movie à l’ancienne d’où l’on ressort le cœur chantant et l’esprit léger. Et si tout le monde se presse dans les salles obscures pour voir de quel phénomène le favori aux Oscars retourne, ce n’était pourtant pas gagné d’avance, Chazelle s’étant fait gentiment fermé plusieurs fois la porte au nez lorsqu’il venait pitcher une histoire d’amour sous fond de comédie musicale. On connait, précisément, par cœur le couplet de l’artiste brillant qui doit s’asseoir sur ses rêves et manger de la vache enragée avant d’être enfin reconnu pour son talent. Le septième art fourmille d’anecdotes et de variantes autour de projets refusés et d’auteurs floués par une industrie qui pense, envers et contre tout, rentabilité et pérennisation commerciale. Impossible donc, après avoir vu le nouveau film de Damien Chazelle, de ne pas songer à tout ce contexte qui pèse énormément dans la balance narrative.

– Tu vois cette fenêtre ? C’est là qu’ils ont tourné la scène de Casablanca où Bogart et Ingrid Bergman sont accoudés à la fenêtre
– Et toi… c’est qui ton Bogart ?

la-la-land-3Le rêve comme moteur existentiel des personnages, le tout transcendé par le cinéma. Comment résister à pareil dynamisme émotionnel qui, sur l’écran, traverse plusieurs territoires familiers avant de nous laisser, à la fin, réaliser pleinement quel était la véritable lecture de la partition ? Parce qu’il faut bien comprendre une chose: présenter uniquement le film comme une comédie musicale, ou un hommage vibrant aux comédies musicales, c’est fausser la donne d’une histoire qui jongle autant avec notre imaginaire de spectateur que celui de nos deux héros. La La Land n’est pas un pastiche. Ni une démonstration virtuose d’un prodige de 32 ans qui connait ses classiques et qui s’évertue à nous le montrer impunément en CinemaScope. Si La La Land s’autorise quelques parties chantées, oniriques comme des envolées littérales au-dessus du sol, c’est parce que la magie du septième art peut se l’autoriser. C’est parce que la romance entre Mia et Sebastian (Emma Stone et Ryan Gosling, toujours aussi parfaitement assortis ces deux là) se nourrit d’abord de la culture cinématographique chez l’une et de la culture musicale chez l’autre, avant même de se nourrir du quotidien, de sa routine et de ses désillusions.

Tout au long de son récit, Chazelle superpose finement les différents niveaux de lecture du mot « projection » jusqu’à ce magnifique épilogue qui replace l’entièreté de l’histoire, et donc de la forme du film, dans une ultime et déchirante  perspective. Ainsi, La La Land a beau s’achever sur un sourire, échangé à quelques mètres d’intervalles, la distance parcourue et ressentie par le couple -et le spectateur- tient autant sur le passage du temps que sur les fêlures provoquées par les quelques notes mélancoliques jouées sur un piano en sous-sol. C’est, de loin, le moment le plus sublime, le plus poignant, contenu à l’intérieur de ce bijou cruellement lumineux.

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