Et pour quelques séries de plus (pour plus tard)

Oui, je sais, vous êtes en train de vous dire «  Attends parce que Fargo a repris, The Leftovers est sur le point de s’achever, Better Call Saul également, je suis à la bourre sur The Americans et puis sur Legion, et je n’ai toujours pas commencé la saison 4 de Vikings alors que tout le monde me parle déjà du retour du Bureau des légendes auquel je n’ai même pas jeté un coup d’œil.  Et toi, tu débarques gentiment avec ton article et ta petite sélection qui vont tranquillement prouver à mon cercle d’amis que je suis quelqu’un qui préfère passer du temps devant un écran plutôt que de sortir prendre l’air » et vous auriez raison. Sauf que, au vu des séries mentionnées ci-dessous qui méritaient vraiment d’être (re)mises en lumière, vous allez aussi avoir raison de me remercier plus tard. On se dit donc… à plus tard 😉

Beau Séjour (2017, Belgique, Een- 1 saison, 10 épisodes)

Une fois de plus, on peut saluer la politique éditoriale d’Arte. Car en plus de diffuser tous les jeudi en première partie de soirée des séries européennes souvent de premier choix, la chaîne franco-allemande a eu un joli flair en acquérant les droits de cette fiction en provenance de la Belgique, auréolé chez nous d’un joli prix du Public au Festival Séries Mania de 2016. En dépit d’un budget qui doit affleurer celui la moitié d’un épisode de Game of Thrones pour toute une saison, Beau Séjour prend à bras le corps ses ambitions artistiques et enchaine les épisodes avec une haute notion de l’élégance visuelle, sans oublier que derrière l’emballage tout le contenu doit être à la hauteur. Et ça l’est, diablement. Tout est exemplaire dans cette anthologie de dix épisodes: son point de départ (Kato, une jeune adolescente, se réveille dans une chambre d’hôtel et mène l’enquête sur son propre assassinat) qui tient ses promesses en conjuguant le fantastique avec une intrigue policière particulièrement retorse, aussi nébuleuse que morbide, dans laquelle je défie quiconque de deviner le coupable avant la dernière demi-heure (!). Comme tout drame policier qui se respecte, et au contraire des surestimés P’tit Quinquin ou Broadchurch, Beau Séjour est l’occasion de regarder une communauté (la campagne des Flandres, son ambiance maussade, humide et relativement précaire) et d’en sonder les failles et les fêlures, sans jamais poser sur elle ne serait-ce qu’un seul moment un regard moralisateur, caricatural ou exagérément maniéré. De la belle œuvre, à la fois fascinante, dérangeante et captivante, qui prouve qu’avec peu on peut faire beaucoup. Tandis qu’une saison 2 est à l’étude, espérons que cela donne des idées à nos programmateurs chéris d’aller, avec la même volonté et la même ambition, sur le même terrain.

En VOD et/ou en DVD sur Boutique Arte

Bloodline (2016, USA, Netflix- saison 2, 10 épisodes)

Le 26 mai prochain, la brillante série du trio Zelman, Kessler et Kessler revient pour une troisième et ultime saison. L’occasion, sans doute, pour la famille Rayburn de solder les comptes d’une addition particulièrement salée…et sanglante. On avait énormément chanté les louanges de la première saison de ce polar suffoquant diffusé sur Netflix, sans pour autant revenir sur la qualité de la deuxième année; écornée, il est vrai, par une majeure partie de la critique anglo-saxonne. Eh bien, malgré l’appréhension que pouvait susciter un départ malhabile avec l’arrivée peu finaude d’un nouveau personnage venu fouiner dans le linge pestilentiel des Rayburn (désormais, je le rappelle, complices d’un meurtre impardonnable*)- Bloodline a tenu haut la main le pari de son retour. Parce que les showrunners virtuoses de Damages maitrisent parfaitement les rouages de leur récit, et parce qu’ils sont désormais passés maîtres dans l’art d’appliquer une forme de sadisme mordant à chacun de leurs personnages, la saison 2 de ce polar solaire implacable a sondé au plus profond de la fratrie Rayburn toutes les écorchures possibles de leur faute qu’il partage douloureusement en commun. Avec une culpabilité pesant de tout son fort sur sur le poids de leur conscience, chaque membre de la famille Rayburn se fissure petit à petit jusqu’à s’en décomposer totalement. Et en oublier de fait les valeureux principes de leur bonne morale d’apparat. C’est terrifiant, doté d’un sens du rebondissement implacable et crédible, porté par une distribution absolument phénoménale (sérieusement, Kyle Chandler mériterait un nouvel Emmy pour sa composition de John) et réalisé avec autant de soin que le meilleur des épisodes de Breaking Bad. Regarder Bloodline se mesure à suivre beaucoup plus qu’une tragédie satirique sur une famille défaillante: c’est voir avec un plaisir complice une immense bombe à retardement où la vérité explose toujours sournoisement là où on ne l’attend pas. Ce qui est probablement le plus grand drame sous-estimé de ces dernières années va donc s’achever (et c’est préférable ainsi) avec une salve d’épisodes qu’on attend de pied ferme.

Saisons 1 et 2 disponibles sur Netflix.
Saison 1 disponible en DVD/Blu-ray.

Saison 3 disponible dès le 26 mai.

F is for Family (2015, USA, Netflix/ 1 saison, 6 épisodes)

Une famille dysfonctionnelle de plus dans le paysage de l’animation américaine ?
Vraiment ?
Et cela vaut le coup ?
Évidemment, amis lecteurs, et honnêtement, F is for Family est même ce que l’on appelle « une excellente surprise ».

S’il est avéré que les critiques françaises autour des séries d’animation demeurent quasiment anecdotiques (tandis que, paradoxalement, la production y est très prolifique), j’ai tout de même été assez étonné du silence général au sujet de la série développée par Bill Burr et Michael Price. Même les blogueurs avertis en ont peu fait mention. Il faut dire que, hormis Télérama je crois et, surtout, Les Inrocks avec leur papier plus qu’acerbe à son sujet, F is for Family a été complètement et tout bonnement ignorée; les critiques lui préférant, de loin et sûrement à raison, BoJack Horseman. Certes, dans les méandres du catalogue de Netflix et, de manière générale, au vu de l’offre exponentielle des séries actuelles, le spectateur est sommé de faire un choix. S’est-on dit qu’après Les Simpson, American Dad, Family Guy ou Bob’s Burger, on en avait fait probablement le tour des turbulences familiales avec une poignée de guest-stars en doublage vocal ? Probablement. Sûrement. Mais quand bien même vous en serez à penser cela actuellement, là, à la minute où vous lisez ces lignes, vous passeriez à côté de quelque chose. Pour la simple et bonne raison que F is for Family n’est pas une énième déclinaison de ses pairs cités ci-dessus. En six épisodes, F is for Family passe précisément de la satire animée telle qu’on la connait parfaitement à une vraie dramédie. D’accord, Les Simpson, American Dad ou Family Guy sont des monuments burlesques sous lesquels se cachent (surtout chez Les Simpson il est vrai) une réflexion très intelligente sur la façon dont notre monde tourne de manière absurde. Mais chacun de leur épisode est autonome. Chacun (ou à deux trois exceptions près) de leurs personnages est un concentré de bêtise à la fois géniale et désespérante. La famille Murphy n’est rien de tout cela. C’est une série qui se suit et qui voit son histoire prendre une véritable trame narrative. Et le fait de centrer l’action dans les années 70 n’a nullement le but déguisé d’angéliser une époque supposée être plus libre et meilleure; il suffit de voir la manière dont Frank Murphy subit les affres de son patron et d’observer comment évolue le mouvement de grève qui touche la compagnie aérienne dans laquelle il travaille. Non, vraiment, les Murphy sont à la fois tout ce qu’il y a de banal et de passionnants. Ils sont soumis à des problèmes on ne peut plus éculés (économiques, professionnels, familiaux, culturels, raciaux, j’en passe et des meilleures) mais leurs problèmes deviennent nos problèmes. C’est parfois cru, impertinent, mais jamais gratuit. Derrière l’apparat comique se cache une tonalité mélancolique qui fait ressortir la peur d’être passé à côté de sa vie, de se sentir inutile, raté, incompris, incapable ou méprisé. Alors, oui, je sais qu’à ce stade je n’ai encore pas mentionné la qualité de l’animation. Elle est à l’image du reste: une réussite, tout bonnement.

Saison 1 disponible chez Netflix.
Saison 2 disponible dès le 30 mai.

Homeland (2017, USA, FX/saison 6, 12 épisodes)

A l’issue de sa troisième saison – qui a vu la perte de Brody, son pilier central- nombreuses ont été les personnes qui se sont sans doute posé la question de poursuivre ou non Homeland, cette série phare des années 2010 et privilégiée du président de l’époque: Mr Barack Obama. Autre temps, autre mœurs ? Si Obama a renouvelé son poste pour un deuxième mandat, Homeland a également su s’émanciper de tous les éléments de crispation au plus fort de sa popularité: les pulsions borderline de Carrie (rendant de fait son rôle au sein de la CIA totalement invraisemblable), sa relation sentimentale avec Brody ou encore la relative ambiguïté du positionnement américain quant au regard géopolitique que livrait la série. Pourtant depuis sa quatrième saison, Homeland opère une mue assez pertinente, en tordant le bras à ceux qui voulaient ne voir en elle qu’une série d’auteurs turbulente et ceux qui attendaient patiemment, et précisément, le moment où la série d’Howard Gordon et Alex Ganza se révèlerait enfin être ce qu’elle était tacitement depuis le début : une fiction grand public diffusée sur le câble.

Passée une saison 5 hitchockienne plaisante mais somme toute assez conventionnelle, voilà Carrie de nouveau à New York pour un retour forcément symbolique. Ce qui est assez dingue, c’est de voir comment cette série, désormais installée, enchaine les épisodes avec une forme de jeune première. L’intrigue n’est qu’une suite de fausses pistes et de chausses-trappes plus ou moins attendus mais concoctés avec un punch et une conviction qu’on n’attendait pas. Ou plus. Tout tient la route. Tout est palpitant. Tout est bien conçu, même dans ses moments improbables qui malmènent quelque peu la recherche de crédibilité qu’Homeland a toujours cherché. Cerise sur le gâteau: Homeland devient enfin, grâce à Quinn, une série romantique sur deux êtres brisés, obsessifs, compulsifs, incapables d’avouer la réciprocité de leurs sentiments mais tissant, pourtant, une très belle relation platonique. Dans deux saisons, Homeland tirera sa révérence. Enfin diront certains. Ah bon ? Parce qu’elle existait encore? diront-d’autres. Si je demeure quelque peu dubitatif sur la nécessité d’ajouter deux années de plus (une serait suffisant, je vous laisse le soin de comprendre pourquoi), Homeland aura tout de même réussi à livrer là sa meilleure cuvée d’épisodes. Rien que pour ça, elle mérite une seconde chance.

Saison 6 disponible sur MyCANAL.
Saisons 1 à 5 disponible sur Netflix et en DVD/Blu-ray.

* J’essaie d’en divulguer le moins possible dans le cas où certaines personnes voudraient rattraper les deux premières saisons dans la foulée.

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